À LA UNE - Taylor Made Sales s’associe avec le haras de Gouffern pour s’attaquer au marché européen

Institution / Ventes / 10.09.2018

À LA UNE - Taylor Made Sales s’associe avec le haras de Gouffern pour s’attaquer au marché européen

Par Adrien Cugnasse

En 2017, Taylor Made Sales Agency a généré un chiffre d’affaires de 107 millions de dollars lors des ventes outre-Atlantique. Ce géant américain fait le pari d’une meilleure valorisation en Europe des yearlings nés pour le turf. En association avec le haras de Gouffern, quelques-uns de leurs yearlings devraient être vendus pour la première fois à Arqana en 2019, au côté de yearlings nés et élevés en Europe.

Taylor Made est un poids lourd de la filière américaine. La structure a été élue dix-huit fois consignataire de l’année ces deux dernières décennies. Un total de 335 gagnants de Groupe, dont 100 au niveau Gr1, sont passés entre ses mains. Le meilleur 3ans européen de cette année, Roaring Lion (Kitten’s Joy), a par exemple été préparé et vendu par Taylor Made. Ce gagnant des Coral Eclipse Stakes et des Juddmonte International Stakes (Grs1) vient s’ajouter à une longue liste de chevaux marquants sur le gazon (Dancing Brave, Acapulco…).

Quelques minutes avant le début du premier jour de la vente de septembre à Keeneland, Duncan Taylor, qui dirige Taylor Made Farm, a pris le temps de répondre à nos questions.

Jour de Galop. – Quel fut le point de départ de cette association ?

Duncan Taylor. – Nous travaillons de longue date avec Jean-Pierre de Gasté, en particulier dans le domaine des ventes amiables à destination du Moyen-Orient. Plus récemment, son fils Philippe de Gasté a travaillé dans plusieurs structures américaines, dont la nôtre, avant de revenir en France. Progressivement, une relation faite d’amitié et de confiance est née entre l’équipe de Taylor Made et celle du haras de Gouffern. Nous avons toujours eu pour objectif de servir au mieux les clients qui nous confient des chevaux pour l’élevage et la préparation aux ventes. Pour cela, à chaque vacation, il faut essayer de présenter le type de chevaux que les acheteurs présents ce jour-là recherchent. Le marché du pur-sang est chaque jour plus international. Nous avons décidé de tirer profit de ce contexte de globalisation pour diriger chaque yearling vers le pays et la vente où il sera le mieux valorisé. Certains sujets ne sont pas à leur avantage dans les vacations américaines. Je pense en particulier à ceux dont le pedigree laisse à penser qu’ils pourraient devenir des chevaux de gazon. Les proposer en Europe, où le turf règne en maître, fait donc sens. C’est le bon moment de lancer une telle opération car les chevaux américains connaissent un regain de performances et d’intérêt des deux côtés de la Manche. Un tel projet n’est possible qu’avec le concours de partenaires européens fiables et compétents, comme Jean-Pierre de Gasté et son équipe. Ils parlent français et connaissent parfaitement le marché local ainsi que ses acteurs. Cette synergie entre nos expériences ne peut qu’être bénéfique. Enfin, le fait de présenter un produit différent dans une vacation européenne ne peut être que positif.

Selon vous, peut-on dire que les chevaux de gazon sont sous-évalués dans les ventes américaines ?

Ce n’est pas systématique. Mais il faut bien admettre que la plupart des acheteurs américains, ceux qui constituent le cœur du marché, sont à la recherche de sujets pour le dirt. Ces derniers représentent entre 75 % et 80 % du total. Cette situation peut s’expliquer de différentes manières. Et notamment par le fait qu’il n’est pas aisé de préparer des jeunes chevaux pour le gazon aux États-Unis. D’une certaine façon, c’est une question de programme de courses et de structures d’entraînement. C’est d’ailleurs aussi pour ces raisons que les chevaux acquis à l’entraînement en Europe réussissent aussi bien sur le turf américain.

Cette année, vous êtes venu à Deauville pour la vente d’août de l’agence Arqana. Quel est votre sentiment sur le marché français ?

Les ventes françaises, et même européennes, sont en bonne santé. Le marché semble être réaliste. À Deauville, j’ai pu voir de très beaux chevaux, bien faits et bien présentés. Il semble par ailleurs primordial de présenter à Arqana des yearlings qui marchent très bien, avec de l’amplitude dans leur locomotion. C’est ce que les acheteurs européens recherchent. Nous avons élevé et vendu un cheval comme Roaring Lion. Il correspond à ce que les acheteurs présents à Deauville recherchent. C’est d’ailleurs un Européen, David Redvers, qui l’a acheté à Keeneland pour le compte de Qatar Racing.

À quel âge voulez-vous envoyer les chevaux en Europe ?

Ces poulains nés au Kentucky rejoindront l’Europe après leur sevrage. Ils poursuivront leur croissance en Normandie. C’est une terre de très grande qualité pour élever des chevaux. C’est aussi en Normandie, au haras de Gouffern, qu’ils seront préparés en vue des ventes de yearlings. Nous ne pensons pas, en revanche, vendre des yearlings européens aux États-Unis car ils ne correspondent pas à ce que recherchent les acheteurs américains.

Président d’I.T.C et du haras de Gouffern & de La Genevraye, Jean-Pierre de Gasté nous a livré le point de vue français de cette association.

Jour de Galop. – Depuis quand travaillez-vous avec la famille Taylor ?

Jean-Pierre de Gasté. – Je connaissais déjà le père de Duncan Taylor alors qu’il était le manager de Gainesway Farm ! Par la suite, j’ai beaucoup travaillé avec le fils. Je me réjouis de ce partenariat avec Taylor Made qui va se concrétiser en 2019, à Deauville. Cela représente une grande nouveauté car c'est la première fois qu'un lot de yearlings va être présenté en direct aux ventes Arqana par un haras américain, et qui plus est, le plus grand consignataire au monde. Ce projet innovant devrait susciter de nouveaux intérêts pour les ventes de Deauville, notamment de la part d'acheteurs provenant des États-Unis. Beaucoup de chevaux américains ont des aptitudes pour le gazon, du fait de leurs origines et de leur modèle. Ils doivent en effet avoir des pieds adaptés pour aller sur le turf. C’est notamment le cas de toute la descendance d’El Prado (Sadler’s Wells), ce dernier étant le père de Kitten’s Joy et de Medaglia d’Oro. Kitten’s Joy est un étalon exceptionnel. Pourtant, ses produits ne rencontrent par le succès qu’ils méritent dans les ventes américaines. Taylor Made veut rendre service à sa clientèle en envoyant ce type de yearlings sur le continent européen.

Ce projet s’appuie-t-il sur des données chiffrées ?

Alexandra Saint-Martin, qui travaille à nos côtés depuis trois années, a produit une étude très complète sur les résultats des chevaux issus d’étalons américains dans les courses de Stakes en Europe et aux ventes de yearlings sélectionnées. Ces données, qui ont permis de confirmer des intuitions qui nous pouvions avoir, ont aidé à convaincre les dirigeants de Taylor Made. Les pinhookers européens, qui achètent beaucoup outre-Atlantique, ont bien compris cela. N’oublions pas la réussite exceptionnelle des chevaux américains en Europe il y a plusieurs décennies.

Ce projet s’intègre dans une nouvelle politique de développement pour le haras de Gouffern & de La Genevraye. Mon fils, Philippe, et Alexandra sont très actifs sur le marché de l’élevage. Nous avons également recruté une responsable des yearlings très expérimentée, Cathy Barry. Elle a travaillé des deux côtés de l’Atlantique pour Glennwood Farm, Moyns Park Stud, Silfield Bloodstock, Taylor Made Farm et Bansha House Stables. D’origine irlandaise, elle a aussi une expérience à l’entraînement, en Australie, chez Bob Thomsen. Cette association avec Taylor Made fait partie d’une série de dossiers en cours. Nous avons récemment dévoilé nos écuries de groupe. Autour d’Izeta Selimanjin, notre équipe travaille activement à faire émerger d’autres projets à brève échéance.  

Avez-vous une idée du nombre de chevaux que vous voulez commercialiser ?

En préambule, je tiens à préciser que nous ne voulons pas avoir que des chevaux américains. Ces derniers constitueront environ la moitié de notre offre. L’autre moitié sera donc réservée à des yearlings avec des origines européennes. Dans un premier temps, le nombre de chevaux à vendre sera relativement limité. Nous voulons commencer avec peu de sujets mais de très bonne qualité.

Que pensez-vous de la sélectivité des courses américaines ?

Compte-tenu de l’entraînement très dur que les chevaux doivent supporter là-bas, je suis persuadé que le système américain produit des chevaux intrinsèquement plus solides. Mais la médication est autorisée aux Etats-Unis, en particulier pour les problèmes de saignements ou d’articulations. Si bien qu’il faut une certaine expertise au moment de choisir quels chevaux sont aptes à courir en Europe, et être très sélectif sur la qualité des reproducteurs.

Éric Hoyeau : « En accord avec les efforts que nous menons depuis plusieurs années pour internationaliser les ventes de Deauville »

Éric Hoyeau, le président directeur général d’Arqana, a expliqué : « La création d’une nouvelle consignation à Deauville, par le haras de Gouffern et Taylor Made Sales Agency, vendeur historique sur la scène américaine, est tout à fait en accord avec les efforts que nous menons depuis plusieurs années pour internationaliser les ventes de Deauville dans le souci de proposer aux acheteurs une offre alliant qualité et diversité. Il est encourageant pour le marché français de voir que de plus en plus d’acteurs partagent cette ouverture et ce dynamisme. »