« Affaire Cherel » - Les révélations de Jour de Galop

Courses / 21.09.2018

« Affaire Cherel » - Les révélations de Jour de Galop

Depuis que « l’affaire Cherel » est née, tout le monde se pose des questions. JDG a enquêté.

La police a-t-elle agi de son propre fait ou sur dénonciation ?

La police a, à la fois, agi de son propre fait à la suite d’un cas de dopage en 2016 et s’est appuyée sur des témoignages dans l’univers hippique, émanant de plusieurs sources différentes. Elle a été encouragée à se saisir du cas de Guy Cherel par les différents rappels à l’ordre dont l’entraîneur d’obstacle a fait l’objet, de la part de France Galop, au cours des dernières années.

Qui a dénoncé l’entraîneur mansonnien ?

En amont, l’attention de la police aurait été attirée sur Guy Cherel par un confrère entraîneur. Par ailleurs, une association de parieurs n’y serait pas non plus étrangère. Tout comme d’anciens salariés ayant quitté l’écurie.

Quel a été le résultat de la perquisition ?

Les enquêteurs auraient perquisitionné à l’écurie et au domicile de Guy Cherel. Ils auraient saisi une dizaine de produits au domicile, dont certains leur étaient inconnus… Mais cela ne veut pas dire grand-chose, car les enquêteurs ne sont pas des spécialistes des produits destinés aux chevaux. Parmi eux, d’après l’une de nos sources, il y aurait par exemple un traitement homéopathique, de la Calmagine, qui n’est pas interdite, et de l’acide hyaluronique, souvent utilisé. Pour l’instant, nous n’avons eu vent d’aucun produit dopant, au sens propre du terme.

De quoi Guy Cherel et son vétérinaire pourraient-ils être accusés ?

Après la saisie des produits pour analyse au domicile de Guy Cherel, la qualification retenue serait celle de « transport et détention de produits dopants sans ordonnance ».

Pourquoi cette affaire est-elle sortie du cadre habituel des affaires de dopage dans les courses ?

Il existe, dans le sud de la France, un vétérinaire en conflit ouvert avec l’Institution des courses, en particulier avec la Fédération nationale. Il est agréé par la Fédération Sud-Est/Corse, qui aimerait s’en séparer depuis plusieurs mois… La police n’a rien trouvé de mieux que de le choisir comme expert. C’est étonnant parce que, étant agréé par la Fédération des courses, il est au bord du conflit d’intérêts, et parce qu’il est en bisbille avec l’Institution, ce qui peut laisser planer un doute sur son objectivité. De plus, outre la fédération, il s’est aussi accroché publiquement lors d’un colloque avec le patron du Laboratoire des courses hippiques, qui lui a conseillé d’arrêter de raconter n’importe quoi.

Qui va analyser les produits trouvés chez Guy Cherel ?

Les analyses ne devraient pas être réalisées par le Laboratoire des courses hippiques, malgré sa compétence et sa vraie indépendance, reconnue dans le monde entier (Hongkong, le Japon, etc. font appel à lui) : le docteur dont nous avons déjà parlé ainsi que l’association qui pourrait être à l’origine de l’enquête se méfieraient du « Labo des courses », qu’ils accuseraient de collusion avec l’Institution et avec les professionnels. C’est idiot car il ne peut y avoir aucune intervention pour truquer une analyse. Quand un cas est positif, le numéro d’échantillon est envoyé à la société mère concernée, qui instruit la suite du dossier.

Qui a prévenu la presse ?

Impossible de le savoir car les journalistes ne sont pas tenus de révéler leurs sources. Ni les policiers ni les juges ne sont censés le faire. Alors une autre personne jointe à l’enquête ? On sait que le vétérinaire dont nous venons de parler a échangé avec des journalistes. Mais cela ne veut pas dire qu’il les a prévenus.

L’affaire peut-elle s’étendre à d’autres entraîneurs ?

Certaines de nos sources évoquent d’autres noms, parmi les meilleurs entraîneurs d’obstacle français. Pourquoi ? Parce que la méconnaissance de notre univers prête le flanc à tous les fantasmes chez certains policiers. Mais il ne faut pas tout confondre : ce n’est pas parce qu’un entraîneur gagne beaucoup de courses qu’il dope. On peut penser qu’aucun autre entraîneur ne sera inquiété.

Quelles conséquences pour les courses ?

Tout cela est malsain et très regrettable pour l’image des courses car on sait quels amalgames sont faits par le grand public, dans des cas comme celui-ci. Mal gérer un délai de rémanence ou doper massivement, ce sont deux choses différentes. Mais comment le justifier auprès de personnes qui ne connaissent pas le sport hippique ?

Par ailleurs, n’oublions pas que Guy Cherel bénéficie de la présomption d’innocence. Et qu’à ce jour, les enquêteurs n’ont pas identifié les produits comme étant interdits. La police et la presse seraient-elles allées trop vite ?