Alexis Badel : « Ma collaboration avec Henri-François Devin m’a permis de monter un nombre important de bons chevaux »

Courses / 26.09.2018

Alexis Badel : « Ma collaboration avec Henri-François Devin m’a permis de monter un nombre important de bons chevaux »

Alexis Badel a remporté son premier Gr1 avec Nonza dans le Darley Prix Jean Romanet (Gr1), le 19 août à Deauville. À 28 ans, le jeune homme semble plus fort que jamais et voit enfin sa patience récompensée, lui qui monte en course depuis treize ans. Il est revenu pour nous sur cette victoire, sa collaboration avec Henri-François Devin et ses expériences à l’étranger.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Nonza a gravi les échelons petit à petit en début d’année. Puis elle est passée directement du niveau Listed au plus haut niveau. Qu’est-ce qui vous a fait penser qu’elle pouvait devenir une jument de Gr1 ?

Alexis Badel. – J’ai monté Nonza (Zanzibari) assez tard dans sa carrière de course, puisque j’étais à l’étranger lors de ses premières sorties. Je l’ai découverte pour la première fois à Chantilly, et elle avait gagné une course D en montrant un gros changement de vitesse. Je pense qu’elle a toujours été estimée par son entourage, malgré le fait qu’elle ait construit sa carrière en progression. Lorsque j’ai gagné le Prix de la Pépinière (L) à Maisons-Laffitte, corde à gauche, avec elle, elle a montré une capacité d’accélération assez exceptionnelle. C’est là que nous nous sommes vraiment dit, avec Henri-François Devin, que Nonza avait ce changement de vitesse assez significatif des très bons chevaux. Nous n’avons donc pas hésité longtemps pour tenter le Darley Prix Jean Romanet, d’autant qu’elle était, et elle est toujours d’ailleurs, invaincue cette année.

C’est la grande forme pour vous. Vous avez encore gagné deux Groupes en Italie, dimanche dernier.

Je n’avais encore jamais gagné en Italie. J’avais fait le championnat des apprentis à Pise il y a un certain temps. Je m’étais remis en selle là-bas il y a deux ou trois ans, à Milan, dans un Gr1. Cela s’était bien passé, mais je n’avais pas fait l’arrivée. Grâce à mon agent [Helen Barbe, ndlr], je me suis retrouvé sur deux chevaux allemands dimanche dernier, pour le compte de Sarah Steinberg et Peter Schiergen. J’étais ravi d’y aller, d’autant plus qu’il n’y avait pas de grande réunion en France ce jour-là. Mon déplacement s’est soldé par deux gagnants. J’étais associé à des chevaux de classe, qui ont été avantagés par la longue ligne droite et qui ont pu s’exprimer.

Comment a commencé votre collaboration avec Henri-François Devin ? Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Le premier cheval que j’ai monté pour lui, c’était Physiocrate (Doctor Dino), dans une course pour débutantes. Nous avons gagné, donc ce fut un départ en fanfare. Elle a ensuite eu la carrière que tout le monde connaît, c’était une pouliche de très haut niveau [deuxième du Prix de Diane Longines en 2015, ndlr]. Nous avons ensuite continué à travailler ensemble. Henri-François Devin a maintenant une excellente réussite et il a aussi beaucoup plus de chevaux qu’à l’époque. Je suis ravi de travailler pour lui et son équipe. Je pense qu’il y a une belle complicité entre lui et moi. Nous pouvons discuter, cela me permet de bien connaître les chevaux et de prendre le maximum de bonnes décisions pour que tout se passe bien. J’espère que cela va durer le plus longtemps possible. Cette collaboration m’a permis de monter des chevaux de qualité, même si j’avais déjà remporté de belles victoires auparavant. J’ai désormais un nombre important de bons chevaux à monter et cela me donne l’occasion de m’exprimer davantage.

Comment jugez-vous votre évolution au fil des années ?

C’est un métier où il faut travailler dur, il faut faire en sorte de progresser et de se remettre en question. Cette victoire de Gr1 était nécessaire sur le papier, mais ça fait déjà un certain nombre d’années que je suis dans le peloton. Évidemment, j’ai pris plus de maturité. Le fait d’avoir monté à l’étranger, que ce soit à Hongkong ou ailleurs, m’a apporté beaucoup d’expérience et de confiance en soi. C’est bénéfique pour tous les jockeys, de manière générale. Aujourd’hui, j’ai élevé mon niveau.

Quel regard portent vos parents sur votre carrière ?

Je suis très fier de faire le même métier que mon père, pour qui j’ai beaucoup d’admiration. C’était un fabuleux jockey à son époque. Il a gagné beaucoup de grandes courses, donc je suis très honoré d’avoir pris la relève et d’avoir une maman entraîneur pour laquelle j’ai monté beaucoup de gagnants. Je pense qu’ils sont également très fiers de moi.

Lorsque vous étiez plus jeune, vous avez suivi une formation de cavalier classique, à l’inverse de beaucoup de jockeys qui ont été formés à l’école des courses de poneys. Pourquoi ?

Je n’ai jamais fait de courses de poneys. Ma mère était très à cheval sur l’équitation classique. Compte tenu de ma petite taille et de mon poids, elle avait à cœur que j’acquière des bases suffisamment fortes pour que je sois à l’aise, quelles que soient les circonstances. Cela a été une école formidable. J’ai aussi eu un instructeur fabuleux, qui s’appelle Sylvie Séailles. Elle était mon maître à penser ! Elle m’a beaucoup fait travailler mon assiette, c’était une perfectionniste. L’avantage d’avoir fait de l’équitation classique, c’est que j’ai des bases solides et que je comprends très bien les chevaux. Cela donne le goût de la difficulté et de l’humilité. C’est un apprentissage qui me servira toute ma vie.

Quels sont les souvenirs les plus intenses de votre carrière ?

Ma première victoire de Gr1 m’a évidemment marqué, d’autant plus que c’était également le premier Gr1 d'Henri-François Devin. Il y avait beaucoup de monde, mes amis et ma famille étaient présents. Mes victoires avec Cocktail Queen (Motivator) dans le Grand Prix de Deauville (Gr2) et avec Norse King (Norse Dancer) dans le Prix du Conseil de Paris (Gr2), pour ma mère, ont également été très intenses. J’ai aussi un excellent souvenir de la fois où mon père est venu me coiffer sur le poteau à Saint-Cloud. C’était le 25 juin 2006 et je montais pour madame Fabre. Je pensais faire mon premier gagnant et il est venu me battre d’une encolure ! C’est un souvenir assez fort, car c’était assez significatif. J’ai également un très bon souvenir d’avoir monté avec mon père et mon frère, même si nous n’avions rien fait ce jour-là.

Comptez-vous retourner à Hongkong cet hiver ?

Oui, je vais y retourner pour la troisième fois consécutive. Hongkong est un super endroit pour monter. C’est une très bonne expérience car les règles sont un peu différentes là-bas. Les jockeys n’ont pas d’agent, sauf la première année. Il faut s’habituer, c’est une vraie démarche intellectuelle car nous devons tout faire nous-mêmes : faire le papier, appeler les entraîneurs... C’est un exercice un peu différent de celui de la France, mais qui est très bénéfique. Les courses sont aussi très différentes à Hongkong ; il faut prendre sa place extrêmement rapidement, sans gêner les autres concurrents. De manière générale, il faut monter les chevaux pour eux quoi qu’il arrive, mais s’il fallait que je cite une chose que j’ai retenue à Hongkong, c’est qu’il faut bien partir. Ce sont les départs les plus rapides que je connaisse ! Les courses sont très rythmées là-bas, un peu comme aux États-Unis. À Hongkong, il y a beaucoup de sprint et il est interdit de se ranger à moins de deux longueurs entre deux concurrents. J’y ai fait sept gagnants la première année, et 14 l’année suivante. Cet hiver, mon objectif sera de dépasser largement ce score et de décrocher une victoire de Groupe pendant mon séjour. Et l’année prochaine, j’espère remporter le plus de classiques possibles !