Andrea Marcialis : « S’il pleut, Way to Paris a un vrai carte à jouer dans l’Arc »

Courses / 27.09.2018

Andrea Marcialis : « S’il pleut, Way to Paris a un vrai carte à jouer dans l’Arc »

Installé depuis moins de deux années en France, Andrea Marcialis a déjà dépassé les 500.000 € de gains cette année. Un résultat remarquable pour celui qui a moins de 30 chevaux dans ses boxes. Surtout que dans 10 jours, il sera au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et du Qatar Prix Marcel Boussac (Grs1)…

Par Adrien Cugnasse

En avril 2016, Andrea Marcialis, alors âgé de 32ans, a sellé son premier partant en tant qu’entraîneur français. Poussé par sa famille, il avait alors décidé de tourner la page des courses italiennes. Depuis cette date, sa maîtrise de la langue de Molière a grandement progressé. Tout comme celle du programme français. Il s’apprête à écrire une autre page de son odyssée hippique en s’attaquant à deux monuments de la France hippique, l’Arc et le Marcel Boussac. Au sujet de son premier partant dans la grande course française, le Cantilien nous a confié : « Way to Paris (Champs Élysées) est un cheval de Gr2 en terrain léger. Mais lorsqu’il pleut, il a la pointure pour les Grs1. En terrain lourd, il progresse de 10 longueurs ! C’est pour cette raison que nous n’avons jamais tenté les États-Unis, surtout que là-bas, il faut partir très vite, ce qu’il ne sait pas faire. Cette année, il va prendre part au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Si tout se passe bien, il pourrait ensuite tenter sa chance dans le Hong Kong Vase (Gr1) ou dans le Prix du Conseil de Paris (Gr2). Dans tous les cas, nous prierons pour avoir de la pluie. Pour l’Arc, je pense que Cristian Demuro, qui l’a monté lors de ses six dernières sorties, aura d’autres engagements. Alors j’espère trouver un autre très bon jockey. Le cheval n’est pas facile, mais si la météo est de notre côté, il peut vraiment faire quelque chose. Je l’espère sincèrement pour son propriétaire, Paolo Ferrario, qui nous a toujours soutenus. Avec Way to Paris, il a un très bon cheval, cinq fois dans les quatre premiers en six sorties au niveau Groupe cette année ! »

Un cheval difficile. Souvent placé, en signant de belles fins de course comme dans le Grand Prix de Chantilly (Gr2), dans le Prix d'Hédouville ou dans le Prix Exbury (Grs3), Way to Paris n’a pour l’instant jamais gagné en France. Son entraîneur nous a expliqué : « C’est un cheval que nous avons fait vieillir. Nous l’avons attendu et nous sommes récompensés par le fait qu’il est bien mieux que l’année dernière. C’est à ce jour le sujet le plus compliqué que j’aie eu à entraîner. Le matin, il faut vraiment le respecter car il a beaucoup de caractère. Si on le braque, si on lui demande trop, il devient difficile à la piste le lendemain. C’est aussi un cheval très chaud et fort. Avec lui, on travaille avant tout le mental. Il faut donc le faire venir avec les courses. Et à Deauville, après deux mois sans compétition, il a mal couru. Surtout qu’en août il faisait chaud et il déteste cela. Dernièrement, à ParisLongchamp, il a un peu tiré et s’est classé quatrième du Qatar Prix Foy (Gr2), derrière trois gagnants de Gr1, Waldgeist (Galileo), Talismanic (Medaglia d'Oro) et Cloth of Stars (Sea the Stars). Dans l’absolu, suivre Waldgeist quand il accélère sur 2.400m, c’est difficile. Et ça l’est d’autant plus pour Way to Paris, dont la distance idéale doit se situer autour des 2.800m. Il a le niveau pour courir face à ces chevaux, mais il faut composer avec sa nature. C’est un sujet qu’on est obligé de faire courir derrière. On ne peut pas le faire partir fort, il sort d’ailleurs régulièrement mal des boîtes. Mais, très souvent, il signe de superbes fins de course, en refaisant beaucoup de terrain, comme lors du Grand Prix de Chantilly (Gr2). Dans le parcours, on doit le faire dormir à l’arrière-garde. Si vous le placez parmi les trois ou quatre premiers, il peut se mettre à tirer. Mon souhait, c’est qu’il pleuve pour l’Arc. Si tel est le cas, beaucoup de chevaux vont venir à l’extérieur et nous aurons une carte à jouer. »

Un effectif en pleine progression. « Venir en France, c’était un véritable challenge. Pour l’instant, les résultats nous donnent raison. Mais rien n’est jamais acquis. Je suis arrivé avec deux chevaux. En 2016, nous avons gagné cinq courses et 90.950 €. L’année suivante, mes pensionnaires ont remporté 14 courses et 292.064 € dans l’Hexagone. Cette année, au 27 septembre, nous avons déjà 14 victoires et 563.575 € de gains. Je n’entraîne vraiment en France que depuis un an et demi. À l’exception d’une sortie à Montier-en-Der, j’ai toujours privilégié les hippodromes de la région parisienne et de Deauville. Pour l’instant, cela semble fonctionner. J’ai déjà pris part à deux reprises au Shadwell Prix du Calvados (Gr2). En 2017, Bonita Fransisca (Pedro the Great) s’est classée troisième. Elle n’était battue que par deux pouliches de haut vol : Polydream (Oasis Dream) et Laurens (Siyouni). Ce n’est pas rien ! Cette année, Lagrandecatherine (Pedro the Great) a décroché la deuxième place, derrière Beyond Reason (Australia), double lauréate Groupe au cours du meeting. »

S’adapter sans attendre. « En arrivant en France, j’ai bien compris qu’il fallait s’adapter au plus vite. Si ma période d’adaptation durait trop longtemps, les choses allaient se compliquer. J’ai donc essayé d’analyser la manière de travailler des professionnels de référence : Freddy Head, André Fabre, Nicolas Clément, Alain de Royer Dupré… une foule de détails fait la différence entres eux et les autres. Parmi les choses les plus évidentes, il y a bien sûr le fait qu’ils travaillent beaucoup sur les Aigles, en particulier sur la Perth. Dès lors, je me suis dit que c’était là qu’il fallait que mes chevaux s’exercent tous les matins. C’est une piste qui monte. Elle peut être dure, mais j’ai pris mes repères. J’ai par ailleurs la chance d’avoir du bon personnel, cinq Françaises et un Italien. Ils me sont fidèles depuis mon arrivée en France et ils connaissent bien leurs chevaux. Je tiens par ailleurs à dire que j’ai la chance d’avoir de bonnes relations avec Cristian Demuro. Il vient travailler avec nous deux fois par semaine. Cela lui permet de parfaitement connaître les sujets qu’il est amené à monter en course. J’ai une grande confiance en lui. Mais j’ai la chance d’avoir pu gagner avec des jockeys de premier plan, comme Christophe Soumillon, Stéphane Pasquier ou Pierre-Charles Boudot. »

Suivre l’exemple de Demuro. « Mon père, Antonio Marcialis, entraîne un effectif de 65 chevaux à Milan. Mais ses six poulinières sont basées en France. Mais que l’on soit jockey ou entraîneur, si on est jeune et que l’on a de l’ambition, il faut partir à l’étranger. C’est pourtant loin d’être facile. Personne ne vous attend en France. Regardez Demuro. C’était une vedette en Italie où il montait huit courses par jour. Quand il a fait le choix de s’exiler, il a dû repartir de zéro, avec une monte par jour. Il ne connaissait personne. Mais il a le talent et la volonté de s’en sortir. Cela lui a permis de franchir rapidement toutes les étapes vers le haut niveau. Rapidement, il a trouvé un très bon agent, Bruno Barbereau, et, sous la casaque de Gérard Augustin-Normand, il a touché le graal, en s’imposant au niveau classique. J’essaye de m’inspirer de sa réussite. Le système français est remarquable, les allocations sont bonnes. Mais cela ne rend pas le métier facile pour autant. Venir de l’étranger sans un propriétaire avec soi, ce n’est pas possible. Celui qui entraîne et fait courir ses propres chevaux peut se retrouver en difficulté au bout de quelques mois seulement en France. C’est lié au niveau de compétition, qui est fort ici, mais également au fait que le coût de l’entraînement est élevé [un entraîneur public facture 1.500 € à ses propriétaires à Milan, ndlr]. En particulier en région parisienne où tout est cher. En arrivant en France, j’avais la confiance de deux propriétaires italiens. Rapidement, des Suisses [Akhal Teke Properties, ndlr] et un Américain [Montgomery Motto] les ont rejoints. J’ai eu la joie de recevoir un représentant de monsieur Gérard Augustin-Normand dans mes boxes. Tout cela motive pour avancer et nous améliorer. En ce moment, j’ai 26 pensionnaires. J’ai la chance d’avoir des propriétaires qui sont jeunes et qui connaissent bien les chevaux. »

Miser sur les jeunes chevaux. « Pour être compétitifs et tirer notre épingle du jeu, nous avons mis en place un système à cheval entre les deux pays. En Italie, où tout est moins cher, les chevaux sont débourrés, préentraînés et avancés dans le travail. Cela se ressent au niveau de la facture et les propriétaires apprécient. Mais pour les 2ans, c’est aussi un vrai plus en termes de compétitivité. En Italie, les hivers ne sont pas aussi rudes qu’en Picardie et ils débutent leur saison avec un réel avantage. D’une manière générale, nous entraînons et courons les bons en France à partir du mois de février. Ceux qui sont un ton en dessous font carrière en Italie. Nous avons l’ambition d’essayer de sortir des sujets de bon niveau et cela passe par l’investissement dans les jeunes chevaux. Cette année, j’ai acheté beaucoup de yearlings, environ 35, entre la France, l’Irlande et l’Angleterre. Ce n’est pas facile de trouver des bons sujets à des prix raisonnables. Mais parfois, on peut trouver des futurs black types pour des tarifs qui correspondent au budget de mes propriétaires. J’essaye de miser sur les physiques et sur des étalons qui sont jeunes ou ceux qui ne sont pas encore à la mode. French Fifteen (Turtle Bowl), Pedro the Great (Henrythenavigator), Myboycharlie (Danetime) et Olympic Glory (Choisir) m’ont porté chance. J’ai acheté Sestilio Jet (French Fifteen), lauréat du Criterium Nazionale (L) et deuxième du Premio Primi Passi (Gr3), pour 17.000 €, en octobre, à Arqana. Lors de la vente v.2, pour 18.000 €, j’ai trouvé Leonio (Myboycharlie), troisième du Prix Ronde de Nuit (L). À cette même vente, Bonita Fransisca (Pedro the Great) n’avait pas trouvé preneur pour 16.000 €. Elle s’est deux fois placée au niveau Groupe, ce fut le premier black type de son père. »

Lagrandecatherine, une vraie chance dans le Marcel Boussac. « Suite aux performances de Bonita Fransisca, j’ai continué à suivre les produits de Pedro the Great et c’est comme ça que j’ai trouvé Lagrandecatherine, pour Mario Genovese, dans une course à réclamer. Il a mis un bulletin à 35.500 €. C’est une belle histoire. Elle travaillait de mieux en mieux et au bout de deux semaines, elle s’est classée quatrième du Prix des Rêves d'Or - Jacques Bouchara (L), en finissant très bien. Très froide, Lagrandecatherine n’a jamais cessé de s’améliorer et elle progresse encore. Placée du Calvados, elle va se présenter dans le Qatar Prix Marcel Boussac - Criterium des Pouliches (Gr1) avec une réelle chance pour les places. Les 1.400m ligne droite du Groupe de Deauville ne sont pas faciles pour des pouliches de cet âge. Je pense qu’elle se sortira sans problème des 1.600m avec tournant du Boussac. Pour les acheteurs de la vente de l’Arc, c’est un superbe prospect qui permet d’être au départ d’un Gr1 le lendemain. Beaucoup de gens sont déjà venus la voir. Elle est nickel. »