Édouard de Rothschild : « Si des réunions sont transformées en P.M.H., cela donne une immense flexibilité. »

Institution / Ventes / 23.09.2018

Édouard de Rothschild : « Si des réunions sont transformées en P.M.H., cela donne une immense flexibilité. »

CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES COURSES HIPPIQUES

Dans notre édition précédente, nous avons publié les interventions de Cyril Linette, Édouard de Rothschild et Dominique de Bellaigue. Avec Olivier Delloye, ils ont répondu ce samedi à ParisLongchamp aux questions des élus des sociétés de course. Nous vous proposons quelques extraits des débats.

Frédéric Landon (Fontainebleau). – On entend parfois dire que vous voulez supprimer 25 % des réunions premium. Qu’en est-il réellement et qui sera concerné ?

Cyril Linette. – Le calendrier est aux mains des sociétés-mères. Ma proposition ne peut pas encore être dévoilée car elle est actuellement en train d’être chiffrée et débattue. Le 11 octobre, nous allons prendre une décision. Il faut certainement réaménager le programme des courses, avec des mini-meetings ou autre. Mais on ne pourra pas tout faire en même temps. On doit permettre au parieur d’avoir le temps de faire son papier. Mais rien n’est tranché (…)

Il n’y aura pas de nouveaux paris, mais il faut accepter de prendre des risques. On ne peut faire sans ça car les économies ne suffiront pas. De toute manière, les difficultés sont déjà-là.

Édouard de Rothschild. – Si des réunions PMU sont transformées en P.M.H., avec une rémunération identique, cela donne une immense flexibilité aux sociétés des courses locales. Cela permet de les replacer à des horaires attractifs pour le public. Courir à 11 h le jeudi ou à 14 h le dimanche, ce n’est pas la même chose si l’on veut attirer des spectateurs (…) Ce qui me soucie à l’extrême, c’est la pente prise par le pari hippique. J’entends ici et là que le PMU est une grosse machine qui génère encore beaucoup d’argent. Nous n’avons pas les moyens de ne pas avoir de stratégie à risque. Risque quantifié, certes, avec des analyses. Mais nous devons prendre des risques. C’est ça ou la mort.

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Il n’y aura pas de nouveaux paris, mais il faut accepter de prendre des risques. On ne peut faire sans ça car les économies ne suffiront pas. De toute manière les difficultés sont déjà-là.

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Christian Bellot (Agen). – Je partage le point de vue du président François Forcioli-Conti. La diminution de l’offre n’est pas logique d’un point de vue économique. Car cela va réduire la recette. On peut certainement le faire le dimanche, mais en semaine c’est délicat.

Cyril Linette. – C’est aussi une question de dilution des masses sur un trop grand nombre de courses. J’entends une lassitude des turfistes sur le surplus de courses, la perte de l’attractivité des paris. Je ne peux pas encore dévoiler les détails d’un plan qui est encore en travaux. Il y a des règles et il faut le présenter au conseil dans un premier temps. Quel intérêt, y compris du point de vue des enjeux, de faire courir à 20 h le dimanche soir ? Ou à l’étranger à certains horaires ? Les parieurs doivent redevenir nos ambassadeurs. Ce n’est plus le cas actuellement.

Olivier Delloye. – Ce mouvement est déjà en cours. Le nombre de réunions étrangères supports de paris a baissé.

Emmanuel Lagarde (Lignières-en-Berry). - Vous souhaitez créer une première ligue, avec 25 hippodromes, dont les bénéfices devront faire vivre l’ensemble des courses françaises. Je vous fais part de mes inquiétudes économiques, et en matière d’image aussi, car nous avons besoin de nos 250 hippodromes pour créer des vocations de bénévoles et de propriétaires. Les petits clubs de football ne vivent pas aussi bien que le PSG.

Cyril Linette. – Nous n’avons pas donné de chiffres sur le nombre d’hippodromes. Je préfère comparer notre projet avec le rugby, lui aussi très rural. Ce sport a réussi à créer beaucoup de valeur en se réformant, en formant une élite, pour le bénéfice de l’ensemble de la filière. Je comprends vos inquiétudes. On n’est jamais sûr de réussir. Mais si on ne change rien, les choses vont empirer. Je suis convaincu que la province a une capacité de recrutement. Mais le problème vient de la conversion. Comment transformer le visiteur d’un dimanche, qui découvre, en parieur régulier ? Une visite sur un hippodrome, aussi beau soit-il, puis ce qu’on peut en voir dans les médias n’est pas assez incitatif pour franchir le pas. On se déplace voir du football car on a vu la Champions League à la télévision. L’expérience sur place est le prolongement du grand sport qu’on a pu voir sur son écran. Or, pour l’instant, l’expérience course dans les médias amène de la déception. Ensuite concernant la répartition du programme des courses et des fruits de la croissance que nous espérons, ce n’est pas mon expertise et ce n’est pas ma responsabilité.

Martine de Beauregard (Saumur). – Compte tenu des tensions à venir, ne pensez-vous pas que seul un grand capitaine d’industrie serait à même d’optimiser les coûts de l’institution ?

Édouard de Rothschild. – Qu’est Bertrand Meheut, le président du Conseil d'administration, si ce n’est un capitaine d’industrie ? Il l’a prouvé en menant des restructurations et remettant en ordre des entités.

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Les charges du PMU sont trop fortes. J’ai bien vu, comme vous, sur qui la décroissance des enjeux a pesé. Le PMU peut continuer à bien travailler avec des charges amoindries.

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Martine de Beauregard. – Les courses ont perdu 120 millions entre 2011 et 2018. Comment garantir le retour filière alors que les coûts de fonctionnement des sociétés-mères et du PMU, malgré des efforts, n’ont pas baissé dans les mêmes proportions ?

Cyril Linette. – Le PMU est engagé sur un plan d’économie de 30 millions d’euros sur l’année. L’idée est d’aller rapidement sur des économies pérennes à poursuivre l’année prochaine. Les charges du PMU sont trop fortes. J’ai bien vu, comme vous, sur qui la décroissance des enjeux a pesé. Le PMU peut continuer à bien travailler avec des charges amoindries. Si nous avons la chance de mener à bien l’entité opérationnelle [intégrant le métier d’opérateur de paris, mais aussi l’ensemble des fonctions marketing de l’Institution pour créer un marketing unique, le pôle media et l’ensemble des fonctions support. Les sociétés-mères seront ainsi plus fortement recentrées sur leurs missions régaliennes, ndlr] on peut espérer des économies plus importantes. Mais déjà, aux bornes du PMU, il y a des marges à récupérer.

Olivier Delloye. – Plusieurs plans d’économie ont été engagés. En 2012, France Galop avait 490 salariés. Nous allons finir l’année à 410. L’année prochaine, nous serons un peu en-dessous de 400. Tout cela s’opère à périmètre équivalent, voire supérieur. Nos services ont repris beaucoup d’activité des B.T.R. Les dépenses marketing ont diminué de deux millions d’euros, de manière pérenne. La masse salariale a baissé de trois millions d’euros. La rigueur est quotidienne. Mais nous allons rapidement atteindre les limites de l’exercice. Pour abaisser ce niveau de charge, il faut procéder à une réorganisation de la filière.

Patrick David (Plessé). – Cela fait six ans qu’on nous parle de la réforme du Quinté. Pourquoi est-ce si compliqué de faire évoluer ce jeu dont on nous dit qu’il est moribond ?

Cyril Linette. – Je n’étais pas là il y a six ans. Il est difficile de parler du passé, mais le processus de décision est un peu long. Peut-être que le développement informatique prend trop de temps, même si le PMU a progressé sur ce point. Je ne porte pas de jugement. En arrivant, j’ai décalé de deux mois cette réforme, sans état d’âme car ce n’est pas un sujet qu’on peut maîtriser au bout de quelques semaines.

Patrick David. – Tous les joueurs disent que le Quinté ne rapporte plus. Or c’est le jeu phare du PMU. Qu’est-ce qui cloche dans votre organisation pour avoir besoin d’autant de temps ?

Cyril Linette. – Nous sommes en train de changer tout le Comité de direction. Vous avez donc compris que je n’étais pas forcément satisfait de l’organisation. C’est assez clair. La réforme qu’on m’a proposée en mai, j’aurai été incapable de l’expliquer à un client ou à un titulaire. Je ne voyais pas la différence avec la formule précédente. Je suis allé voir nos clients en point de vente. Ils m’ont tous répondu la même chose, avec les problèmes d’espérance de gain, de tirelires… Or le projet qu’on me proposait ne corrigeait pas ces problèmes. J’ai donc pris un ou deux mois de plus pour approfondir mes connaissances avant d’aboutir à la conclusion que le projet ne correspond toujours pas aux remarques de nos clients. Je demande donc de changer plusieurs critères. On me répond que cela demande deux mois de travail. Il faut donc réduire les coûts mais aussi accélérer les processus. Nous travaillons pour répondre aux demandes des clients. On ne peut plus proposer une offre en contradiction avec leurs desiderata. Je ne peux pas croire que nous ne serions pas récompensés en les écoutant.

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Nous travaillons pour répondre aux demandes des clients. On ne peut plus proposer une offre en contradiction avec leurs desiderata. Je ne peux pas croire que nous ne serions pas récompensés en les écoutant.

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Claude Denis (Château-du-Loir). – Nous sommes un spectacle, comme le rugby ou le football. Mais les tribunes sont vides. On ne filme pas le public.

Cyril Linette. – Le spectacle est assez terne sur Equidia. Il est plus simple de créer un spectacle cohérent sur un nombre limité d’hippodrome sur 60. La clé, c’est de créer des évènements et si possible les moins artificiels possible. Utiliser les 10 ou 15 grands rendez-vous de province les plus marquants pour construire une image télévisuelle qui fonctionne. Dans toute offre, on doit miser sur la lisibilité et l’événementialisation. Or notre offre est illisible car identique tous les jours.

Gilles Jeziorski (Reims). –  Nos dotations sont en baisse. Les frais sont en hausse. La variable d’ajustement c’est le marketing. À Reims, nous avons réduit ce budget de 50 %. Un spectacle sans marketing, c’est un péché mortel. Dans le même temps, le PMU n’incite pas les gens à venir sur les hippodromes. Le vide des tribunes démotive tout le monde. J’espère que le plan d’économie va s’arrêter un jour pour passer à la relance et à la communication.

Cyril Linette. – Que diriez-vous si nous mettions en place un marketing commun annonçant les réunions importantes à travers la France ? Avec une charte, comme une ligue. En mutualisant les moyens pour être plus efficace et moins coûteux. Les points de vente ne présentent pas à leurs clients les courses et les hippodromes de leur région. Or c’est indispensable.

Édouard de Rothschild. – Il n’y pas de recette miracle. Mais il y une méthode à mettre en place, en améliorant l’agencement des choses.  

Cyril Linette. – Nous avons déjà beaucoup de réponses à nos problématiques. Il faut les exécuter, trancher et ne pas passer sa vie dans les réunions. Il faut avancer, quitte à prendre des risques. Les compromis permanents font perdre beaucoup de temps et beaucoup d’argent.

Joseph Rault (Dinan). – La Cour d’appel de Paris a condamné le PMU pour position dominante sur l’activité en ligne. Comment intégrer cette dimension juridique dans votre projet. Betclic a utilisé cette faille. D’autres peuvent le faire.

Cyril Linette. – C’est une excellente question. Mais je n’ai pas de réponse définitive. Si nous allons plus loin dans la construction d’une entité commune à notre filière, nous aurons des gages à donner en termes de concurrence. La décision de la Cour d’appel va faire l’objet d’une expertise. Cela peut durer plusieurs années. Le risque est de plusieurs centaines de milliers d’euros. Le PMU a une forte culture du monopole. Nous allons avoir du changement au niveau du juridique. Pierre Pagès va passer la main dans quelques semaines. Ce n’est pas une critique sur ce qui a été fait, mais comme pour le marketing, il faut aborder les choses différemment.