Jean-Baptiste Andréani : « Il faut redéfinir une hiérarchie claire entre les hippodromes »

Courses / 17.09.2018

Jean-Baptiste Andréani : « Il faut redéfinir une hiérarchie claire entre les hippodromes »

À quelques jours du congrès de la Fédération nationale des courses hippiques (le 21 à ParisLongchamp), le "monsieur Régions" d’Édouard de Rothschild explique pourquoi la province ne doit pas être la grande perdante de la chasse aux coûts.

Jour de Galop. – Quels sont vos projets actuels pour les hippodromes en régions ?

Jean-Baptiste Andréani. – À l’heure où l’on parle beaucoup de rendre de la lisibilité à notre programme, notamment vis-à-vis des joueurs, la province a plus que jamais son rôle à jouer. Il faut redéfinir une hiérarchie claire, en classant les hippodromes du plus petit au plus grand. Chacun aura sa place dans la sélection. Et au sommet, on trouvera les hippodromes parisiens qui retrouveront leur rôle qui est d’accueillir les meilleurs chevaux – comme un grand stade parisien accueille les finales de son sport.

Les finales ?

Aujourd’hui, il y a 3.000 chevaux à l’entraînement à Paris et 7.000 en province. En organisant des petites courses sur les hippodromes parisiens, on pousse les gens à voyager et ça coûte une fortune à tout le monde, aux professionnels comme à l’Institution. Ce n’est pas logique. On ne devrait monter que pour les bonnes courses. Pas pour des réclamers.

Certes, mais tout cela est la conséquence de la décentralisation voulue par Jean-Luc Lagardère…

Ce n’est pas la faute de Lagardère ! Son idée de base était bonne. C’est nous qui nous sommes plantés en dévoyant l’esprit originel de la décentralisation, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, en allant trop loin dans les remboursements de déplacements, on a encouragé les entraîneurs à s’installer en province pour courir de plus en plus à Paris. Alors que l’esprit de départ était de rehausser le niveau des courses régionales en incitant les Parisiens à se déplacer. Ensuite, on a voulu mettre tout le monde sur un plan d’égalité, pour pouvoir répondre à l’explosion du nombre de courses supports d’enjeux PMU. Année après année, on a donc progressivement perdu l’idée de valoriser les meilleurs hippodromes dans chaque région.

Que proposez-vous ?

Il faut prendre des décisions. Et il faut les prendre maintenant si l’on veut que le jeu reparte. Nous devons changer notre modèle, dans l’intérêt de tous : des propriétaires comme des parieurs. Cyril Linette a raison ; les gens sont gavés. Il faut arrêter toutes ces courses à l’étranger qui sont un écran de fumée, et miser sur des courses françaises de qualité – qui peuvent avoir lieu à la fois à Paris et en régions. À condition que l’on ne garde, en premium, que les bonnes courses régionales. Qu’a-t-on fait ces dernières années ? Quand une société régionale allait mal, on la mettait sous perfusion en lui donnant quelques courses premium. Cela a coûté une fortune et n’a pas changé la donne.

Ne risquez-vous pas de fragiliser des petits hippodromes qui ont pu organiser, ces dernières années, une ou deux courses premium ?

Pas du tout ! Il est hors de question de fermer les petits hippodromes – sauf évidemment s’ils posent un problème de sécurité – car ils sont la vitrine des courses. Ils jouent un rôle essentiel, auprès des propriétaires, des élus locaux et bien sûr des éleveurs : on n’élève pas à Paris, sur le Champ de Mars ! Si on démobilise les éleveurs près de chez eux, ils n’élèveront plus. Nous devons donc renforcer nos bases, qui sont en régions. Et pour cela, Paris aussi doit faire des efforts.

Que voulez-vous dire ?

Je dis que si un hippodrome parisien doit fermer, il doit fermer. C’est une question de courage politique et d’avenir. Parfois, je suis un peu dégoûté de constater une disparition de l’intérêt général chez certains responsables parisiens. En province, nous ne sommes pas bêtes, nous sommes près de la terre, nous savons nous aussi analyser les choses. Certains – même parmi ceux qui se font passer pour des défenseurs de la province – sont dans la défense corps et âme de Paris. Continuez comme ça, et ce sera la mort sur le reste du territoire !

Hormis la "perfusion" dont vous parlez, quelles sont les voies pour aider les sociétés régionales ?

Je crois beaucoup en des rapprochements d’hippodromes géographiquement proches. Un peu comme les communautés de communes. Cela fonctionne très bien. C’est de la bonne gestion. Le tandem Nantes-Pornichet est très intéressant au niveau de la mutualisation des coûts. La fusion qui s’est opérée à Marseille et à Lyon entre les deux sociétés est également une grande réussite. Et il faut faire la même chose, en optimisant les déplacements des techniciens de la Fédération. On forme des spécialistes dans les régions : pourquoi encore choisir comme directeurs de réunion des Parisiens ? C’est absurde et cela coûte très cher à tout le monde.  

Enfin, je propose une idée nouvelle : il faudrait que les grandes sociétés puissent aider, localement, les petites sociétés qui vivent autour d’elles. Ce serait un fonds géré région par région, pour permettre aux sociétés qui ont des réunions premium d’aider celles qui n’ont que des réunions P.M.H. Je crois beaucoup en cette forme de solidarité de proximité.