Jean-Philippe Boisgontier : « J’en ai profité au maximum »

Courses / 13.09.2018

Jean-Philippe Boisgontier : « J’en ai profité au maximum »

Sacré champion du monde Fegentri en 2003, Jean-Philippe Boisgontier fait partie depuis vingt ans du top 5 des amateurs. Il a décidé samedi dernier de mettre un terme à sa carrière de gentleman-rider, riche de 220 gagnants à travers le monde pour un total de 1.300 montes. Le directeur de la société TecRail est revenu pour nous sur les raisons de cette décision.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Vous avez pris la décision de mettre un terme à votre carrière d’amateur. Pourtant, vous avez obtenu de bons résultats cette année. Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter ?

Jean-Philippe Boisgontier. – J’ai tout simplement fait le tour de la question. Mon dernier challenge était de revenir à mon top-niveau après mon accident. Je voulais gagner une ou deux courses et monter dans le nouveau Longchamp. J’ai atteint mon objectif puisque je me suis imposé dès ma deuxième monte cette année avec Silver Casina, pour le compte de Patrick et François Monfort, des gens que j’apprécie beaucoup. J’ai ensuite gagné à Fontainebleau, et j’ai monté sur l’hippodrome de ParisLongchamp au mois de juillet. Je n’ai plus envie de parcourir toute la France. J’ai donc pris la décision d’arrêter samedi dernier, après avoir monté pour Pascal Bary à Évreux. Cela me trottait dans la tête depuis l’été, et le moment était venu.

Pourquoi ne pas avoir arrêté après votre accident ? Vous aviez fait une très mauvaise chute…

J’ai été hospitalisé pendant un mois suite à ma chute à Cagnes-sur-Mer, le 11 février 2017. J’ai eu des vertèbres fracturées, la mandibule cassée, une perte d’audition suite à une perforation du tympan… Cela m’a pris presque un an pour me retrouver en pleine possession de mes capacités. Mais je ne voulais pas être contraint d’arrêter. Les gens disaient que je ne remonterais plus, et je voulais prendre la décision moi-même, ne pas la subir. Je suis content d’en avoir la maîtrise. J’ai toujours des plaques et des vis dans le corps ; je suis aussi fort physiquement qu’avant ma chute, j’ai retrouvé toutes mes capacités, mais je n’ai plus envie de continuer. Mon seul regret est de n’avoir jamais gagné le Prix des Centaures à Longchamp…

Comment avez-vous fait pour retrouver la pleine possession de vos moyens après cela ?

Je me suis vraiment donné les moyens d’y arriver. J’ai fait beaucoup de rééducation et de sport. J’ai pu aller au Cers à Capbreton, grâce à ma licence de triathlon, une discipline que je pratique régulièrement depuis quatre ans. J’ai également fait beaucoup de musculation. C’était important pour moi de revenir au top physiquement.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de votre carrière de gentleman-rider ?

Toutes les victoires sont belles. J’ai monté sur les plus belles pistes. J’ai gagné pour de grandes casaques, telles que celles des Niarchos, Maktoum, Farès, Fougedoire, Sénéchal… mais aussi pour les meilleurs entraîneurs, comme André Fabre, Pascal Bary, Jean-Claude Rouget, Carlos Laffon-Parias, Jean de Roüalle, François Rohaut, Bernard Secly… Ce dernier m’avait d’ailleurs proposé de passer ma licence de jockey, à une époque. Mais j’avais refusé, car j’avais entamé des études d’ingénieur et rester amateur me paraissait un choix raisonnable.

Si je devais détacher un souvenir, cela serait ma victoire avec Johnny’s dans le Prix de France, à Auteuil, pour la casaque de Pierre Coveliers. Nous avions fêté cela le soir même dans son ancienne discothèque, le Grisy Apple’s ! Mon succès dans le Prix Georges Courtois avec Polities m’a également marqué ; j’avais gagné après lutte pour Jean-Claude Rouget.

Je me suis également imposé sur l’hippodrome de Killarney, en Irlande. Après la course, au restaurant, tous les Irlandais se sont mis à chanter la Marseillaise, c’était dingue ! Et évidemment, toutes les victoires pour mon père ont une saveur particulière, notamment en obstacle. C’est lui qui m’a appris à monter à cheval, ainsi qu’à ma sœur, Pauline.

Qu’est-ce que l’amateurisme vous a apporté ?

Tout. Humainement, l’amateurisme m’a apporté l’humilité par le biais des chevaux, car ils ont toujours quelque chose à vous apprendre. Les courses, c’est l’école de la vie. Cela nous forge le caractère… L’amateurisme apporte de la force mentale et fabrique des gens très entiers. Je garderai toujours des souvenirs d’amitié et de partage. J’ai eu la chance de pouvoir allier mon métier et ma passion. Si j’avais été vendeur de moquette, je n’aurais sans doute pas pu (rires) ! Être amateur, c’est une activité prenante. Si on veut le faire à fond, il faut suivre le programme, les engagements et s’entraîner, et cela prend du temps.

Quelle est votre vision de l’amateurisme actuel, par rapport à vos débuts ?

J’ai vu passer pas mal de générations différentes, puisque j’ai commencé à monter en course en 1996, à l’âge de 16 ans. Je montais alors avec Ludovic Maynard, Frédéric Spanu, Luis Urbano, Christophe Lemaire, Patrick Pailhes… j’ai ensuite monté avec Florent Guy, Édouard Monfort, Éric Selter ou encore David Bellocq, pour ne citer qu’eux. Le niveau des amateurs d’aujourd’hui est homogène, mais je trouve qu’il a parfois été meilleur. À l’époque, nous étions focalisés sur l’esthétisme, avec Cash Asmussen en exemple. Aujourd’hui, les amateurs sont moins chanceux car nous avons perdu des courses, surtout des épreuves de bon niveau. C’est dommage, car dans tous les sports, il faut des pyramides, et dans la pyramide des courses, il faut des bons chevaux. Ce sont eux qui font les bons cavaliers. La situation est plus fragile qu’il y a dix ans. Je regrette également de ne plus voir beaucoup de bons amateurs sur la durée, tels qu’Édouard Monfort, Christophe Guimard, ou encore Guilain Bertrand plus récemment.

Néanmoins, l’amateurisme en France a toujours été le plus fort au monde et continue de l’être. Notre club structure les jeunes et les aide à se construire. Je remercie le club pour cela et pour son soutien tout au long de ma carrière.

Comptez-vous malgré tout continuer à monter à l’entraînement ?

Oui, bien sûr. Je suis toujours passionné ! Je compte bien continuer à monter le matin, probablement chez mes amis Julien Phelippon, Christophe Aubert et Mikel Delzangles, durant les week-ends, en compagnie de ma femme, Mélissa. Elle faisait du concours complet avant notre rencontre, et me voyant évoluer dans l’amateurisme, elle a eu envie d’y goûter. Je n’ai pas eu besoin de la forcer ; maintenant, c’est elle que j’accompagne sur les hippodromes (rires) ! Nous avons notre casaque, et nous allons prendre un "bout" de cheval pour nous faire plaisir. Je continuerai à aller aux courses parce que j’aime ça et que cela fait partie de mon travail ! Par ailleurs, je continuerai à participer à la vie du Club des gentlemen-riders et cavalières, où je suis membre du Comité. Avec TecRail, je suis en train de diversifier mes activités professionnelles en dehors du milieu des courses, et cela va me demander du temps. Tout tombe à point nommé !