L’ÉDITORIAL - Quand la FDJ réussit avec une recette inventée… par les courses !

Courses / 17.09.2018

L’ÉDITORIAL - Quand la FDJ réussit avec une recette inventée… par les courses !

Par Adrien Cugnasse

C’est un comble ! De son côté, le PMU s’est égaré en voulant copier la FDJ, perdant son âme dans le hasard et le jeu compulsif… Et du sien, la FDJ copie avec succès le PMU, en lançant le Loto du patrimoine, pure reprise du Sweepstake hippique.

Le Loto du patrimoine, lancé par la Française des Jeux (FDJ) pour financer la restauration de monuments historiques, est un grand succès : plus de 2,5 millions de tickets à gratter ont été écoulés. Cette réussite est d’autant plus cruelle pour nous qu’il s’agit d’un pastiche du sweepstake hippique.

Petit rappel historique, extrait du livre Les heures mouvementées de la Société d’Encouragement (René Romanet-Riondet et Guy Thibault) : « Le sweepstake est une loterie où l’attribution des prix dépend à la fois d’un tirage et du résultat d’une course. Elle fut organisée avec un grand succès à partir de 1930 en Irlande, au profit des hôpitaux (…) » En France, le sweepstake fut utilisé au profit de la filière hippique : « La détresse des courses, au milieu de la crise économique [des années 1930, ndlr], est profonde. Entre 1931 et 1934, la baisse s’élève à 13,5 % pour les sommes offertes en prix par les sociétés parisiennes de galop (…) La situation des sociétés semble inextricable quand une manne salvatrice tombe inopinément sous la forme du sweepstake (…) Deux sweepstakes, ayant pour support le Grand Prix de Paris et le Prix de l’Arc de Triomphe, ont produit un bénéfice de près de 16 millions. »

Une cruelle réussite. Pourquoi qualifier la réussite du Loto du patrimoine de "cruelle" ? Parce que depuis plusieurs années, le PMU s’est égaré dans le hasard (numéro de la chance et boost ordre, notamment) et dans le jeu compulsif (la multiplication du nombre de réunions était aussi une réponse au Rapido de la FDJ). Dans un premier temps, cela a permis de doper le chiffre d’affaires. Mais aujourd’hui, cela écœure notre cœur de clientèle.

Donc si l’on résume : quand le PMU copie la FDJ, il échoue ; et quand la FDJ copie le PMU, elle réussit !

L’efficacité médiatique de la FDJ. Mais cela ne s’arrête pas là… Stéphane Pallez, la brillante PDG de la FDJ, a accompagné Emmanuel Macron vendredi dernier pour une visite officielle, où elle a « plaidé pour que nous instaurions un rendez-vous annuel (…) [car le Loto du patrimoine] est une cause transpartisane et rassembleuse. »

C’est surtout, on l’aura compris, un superbe coup médiatique pour la FDJ. Elle enfonce le clou déjà planté avec sa Fondation, qui « soutient des projets d’intérêt général à forte dimension ludique, collaborative ou (ré)créative favorisant l’égalité des chances et destinés à des publics vulnérables. » Amis citoyens, ouvrez grand vos oreilles : l’intérêt général, c’est la FDJ qui le défend… et pas le PMU.

Sauf qu'au moment où on regarde bien les choses, c’est faux. La contribution de la FDJ à notre société est moins vertueuse que celle du PMU. Soumis comme la FDJ aux prélèvements de l’État – qui servent à financer les services publics –, le PMU participe activement à l’aménagement du territoire et favorise l’embauche de catégories statistiquement défavorisées sur le marché du travail (les ruraux, les moins diplômés…). C’est un impact très positif, qui a pour seul défaut d’être quasiment invisible.

Bref, le supplément de respectabilité et de visibilité lié au Loto du patrimoine améliore l’image de la FDJ auprès du grand public et renforce sa position sur le plan politique.

Copions Hongkong plutôt que la FDJ ! Alors qu’attendons-nous ? Qu’attendons-nous pour renouer avec nos forces ? Qu’attendons-nous pour être nous-mêmes, et copier le Hongkong Jockey Club plutôt que la FDJ ? Le HKJC a tout compris, lui qui finance directement et à son nom des hôpitaux, des programmes d’éducation et de protection de l’environnement.