LE MAGAZINE -  À la rencontre de notre oncle d’Amérique…

International / 18.09.2018

LE MAGAZINE - À la rencontre de notre oncle d’Amérique…

Par Franco Raimondi

On a tous un oncle d’Amérique riche et très chanceux qui, un jour, se souviendra de nous au moment de son testament. Les éleveurs américains ont trouvé le leur. Il s’appelle Uncle Mo (Indian Charlie), le jeune étalon miracle que personne en Europe, sauf les vrais mordus du galop stars and stripes, ne connaît. Il est tête de liste à la vente de Keeneland, avec 61 lots adjugés après sept sessions, pour un chiffre d’affaires de 21,9 millions de dollars. D’ici la fin de la saison, il fera tomber le record de l’époque après crise (depuis 2008) de toutes les ventes aux États-Unis. Les statistiques de Storm Cat (Storm Bird), la plus extraordinaire machine à sous de ce siècle, sont encore loin (32 vendus pour 49,38 millions en 2005), mais avec encore cinq yearlings à vendre à Keeneland Septembre et quelques autres proposés dans des ventes secondaires, il peut dépasser Tapit. En 2016, ce dernier avait atteint un chiffre d’affaires de 27,05 millions pour 43 sujets adjugés aux États-Unis. Cette année, Uncle Mo compte 74 yearlings vendus sur les rings américains, pour un chiffre d’affaires de 26,09 millions et un prix moyen de 352.689 $.

Un seul gagnant en Europe. Chez nous, en Europe, Uncle Mo est presque un inconnu. Son premier yearling sera proposé dans le book 1 de Tattersalls. Il s’agit d’une pouliche issue d'As Good as Gold (Oasis Dream), une demi-sœur du lauréat du Prix Guillaume d’Ornano (Gr2) et placé de Gr1 Eminent (Frankel). Il a eu deux poulains vendus aux breeze up en 2017, et une pouliche cette année. En Europe, il compte un gagnant de quatre courses, le 3ans Corrosive, un bon élément de handicap entraîné en Angleterre par Hugo Palmer. En France, il n’a jamais eu de partant, mais dans la base de données de France Galop, on a trouvé deux yearlings, assimilés aux "FR", élevés par The Allen Stable.

Les étalons leaders aux ventes américaines de yearlings

Année Étalon Père Saillie Présentés  Vendus C.A. Prix moyen
2018 Uncle Mo Indian Charlie 75.000 98 74 26.099.000 352.689
2017 Scat Daddy Johannesburg 35.000 94 69 22.090.000 320.145
2016 Tapit Pulpit 150.000 54 43 27.050.000 629.070
2015 Tapit Pulpit 125.000 57 41 23.970.000 584.634
2014 Tapit Pulpit 125.000 57 40 24.445.000 611.125
2013 Tapit Pulpit 80.000 60 46 18.400.000 400.000
2012 Tapit Pulpit 50.000 73 58 15.149.000 261.190
2011 Bernardini A.P. Indy 75.000 62 48 16.715.000 348.229
2010 A.P. Indy Seattle Slew 300.000 28 19 10.350.000 544.737
2009 Medaglia d'Oro El Prado 40.000 77 68 16.125.106 237.134
2008 A.P. Indy Seattle Slew 300.000 35 30 17.440.000 581.333
2007 Unbridled's Song Unbridled 125.000 81 63 26.661.000 423.190

Un 2ans d’exception. D’après plusieurs analystes américains, Uncle Mo était le meilleur 2ans américain depuis des décennies. Il a gagné les Champagne Stakes (Gr1) et la Breeders’ Cup Juvenile. Il avait la tête d’un futur gagnant de Kentucky Derby mais, dans la dernière préparatoire, le Wood Memorial (Gr1), il a été battu et tout de suite après la course, on lui a diagnostiqué une très rare infection du foie. Il a été traité mais a perdu plus de trente kilos et, à la veille du Kentucky Derby, son propriétaire, Mike Repole, et son entraîneur ont déclaré forfait. Uncle Mo a été revu en piste à trois reprises, il a même gagné le Kelso Handicap (Gr2) mais à la fin de sa saison de 3ans, il a été retiré à Ashford Stud, l’antenne américaine de Coolmore, à un tarif de 35.000 $. C’était en 2011.

Nyquist, lauréat du Kentucky Derby. Les premiers yearlings d'Uncle Mo ont connu une belle réussite aux ventes, avec 67 sujets sur 94 adjugés pour un chiffre d’affaires de 7,1 millions. C’est en piste qu’ils ont fait encore mieux. Nyquist, champion des 2ans et lauréat de la Breeders’ Cup Juvenile, a vengé son père dans le Kentucky Derby 2016. Uncle Mo a dominé le classement des First season sire aux États-Unis en 2015, avec 28 gagnants sur 73 partants et 165 produits. Il a devancé Scat Daddy (Johannesburg) dans celui des pères de 2ans. La saison suivante, avec deux générations en piste seulement, il a fini troisième dans le classement général des étalons.

Un prix qui joue les montagnes russes. Comme presque tous les étalons, après la première saison, Uncle Mo a connu une perte de popularité. Il est passé à 92 produits avant de remonter petit à petit. Il a cette année 159 juniors, dont 74 achetés aux ventes de yearlings pour un chiffre d’affaires de 16,8 millions. Son tarif a été remonté de 25.000 $ à 150.000 $ en 2017, avant de baisser encore à 125.000 $ en 2018. Ses yearlings sont au nombre de 203, fruit de 253 saillies et il a sailli encore plus de 200 poulinières en 2017. Ses problèmes au foie n’ont pas empêché Uncle Mo de faire la navette en Australie, où il a officié quatre saisons avec 341 produits enregistrés. Les derniers Uncle Mo australiens viennent de prendre 2ans. Ils sont au nombre de 133, dont 42 ont trouvé preneurs aux ventes de yearlings mais pour des prix plus calmes qu’aux États-Unis (61.000  AUS$ de prix moyen).

Un étalon de dirt également bon sur le gazon. Uncle Mo, version australienne, a donné un seul gagnant de Groupe, Man from Uncle, lauréat de Gr2 sur 1.400m. Il ne s’agit pas d’un détail. D’après les Européens, c’est un étalon de dirt, mais il n’y a pas une vraie preuve statistique. En plus de Man from Uncle, notre Oncle d’Amérique a produit dix-neuf lauréats de Groupe et parmi eux quatre ont décroché leur titre sur le gazon, dont Mo Town, qui a remporté l'Hollywood Derby (Gr1), et une pouliche, Miss Mo Mentum, qui s’est imposée dans un Gr3 sur la P.S.F. C’est-à-dire que 30 % de ses gagnants de Groupe ont réussi sur une surface autre que le dirt. C’est beaucoup si l’on pense que le sable est toujours la première option aux États-Unis. Les Américains sont très heureux qu'on ne le voie que comme un étalon de dirt !