LE MAGAZINE - Merano, le carrefour européen de l’obstacle

International / 30.09.2018

LE MAGAZINE - Merano, le carrefour européen de l’obstacle

Par Christopher Galmiche

Il y a un rendez-vous que Guillaume Macaire ne raterait pour rien au monde : il a lieu à Merano, fin septembre, avec en tête d’affiche le Gran Premio di Merano (Gr1). Pourquoi un tel attrait pour cet hippodrome au charme désuet, situé dans une ville thermale où l’on parle autant l’italien que l’allemand ? Nous avons enquêté…

Merano a toujours été un endroit lié au cheval et aux courses, qui ont lieu dans cette ville du Tyrol du Sud depuis la fin du XIXe siècle. À cette époque, le territoire dépendait des Habsbourg. C’est en 1935, sous Mussolini, que l’hippodrome actuel de Merano a vu le jour, avec une forte vocation pour les épreuves d’obstacle. Merano a tout de suite été l’Auteuil italien. Parallèlement à la création du Gran Premio a été créée la Loterie de Merano qui était la mieux dotée en Italie. L’essor du lieu s’est donc fait rapidement. Le Gran Premio di Merano a fait connaître la ville sur la scène internationale et nationale, réunissant à la fois des professionnels, des passionnés et des personnes qui ne venaient qu’une fois par an aux courses. Comme en France, une ville thermale et les courses allaient ainsi être liées pendant de nombreuses années.

La France marque d’emblée sa future domination. Le premier gagnant du Gran Premio était entraîné en France. Il s’agissait de Roi de Trèfle. Dès le départ, ce Gr1 a donc eu une renommée internationale et particulièrement française. Autre tricolore bien connu, Or Jack a remporté l’épreuve à trois reprises. The Champ s’était imposé après un périple depuis la Nouvelle-Zélande. Ces dernières années, le Gran Premio di Merano a su conserver son aspect de rencontre internationale avec des chevaux venant de France, d’Allemagne, d’Autriche, de Pologne, de République Tchèque et même d’Irlande ! C’est un fait rare car les entraîneurs d’obstacle anglais, irlandais et français restent souvent chez eux. En 1999, Kifti a été le premier allemand à s’imposer et, en 2004, Masini est devenu le premier tchèque à l’emporter. L’italien Sharstar a été la dernière vedette locale à briller dans ce Gran Premio, en 2008, à 4ans, et en 2009. Il est aussi le dernier cheval italien à avoir tenté sa chance à Auteuil, dans un Gr1, le Prix Maurice Gillois.

Des profils différents réunis désormais pour le Gran Premio. Depuis l’époque de Rigoureux, où l’allocation du Gran Premio est passée de 414.000 € à 250.000 €, la qualité d’ensemble, tout en restant bonne, a baissé. On s’en aperçoit en voyant les noms des chevaux qui ont fait l’arrivée entre la fin des années 90 et le début des années 2000 : Rigoureux, Zarkali, Ty Benjam, Or Jack, Grey Jack, Line Saj, Frappeuse… Bref, que des chevaux de Groupe à Paris. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment ce genre de profils qui vient courir le Gran Premio di Merano, mais plutôt des chevaux un ton en dessous, barrés dans les Groupes, à Auteuil notamment. Il y a quelques années, avec la difficulté pour payer les allocations, les professionnels étrangers ne voulaient plus de se déplacer. Mais depuis l’arrivée de Mario Pirone et de ses associés, la donne a changé et Merano a retrouvé sa place sur l’échiquier européen.

Cogne, l’inépuisable. Notre collègue et ami Franco Raimondi a fouillé dans sa mémoire pour retrouver le nom d’un gagnant inoubliable du Gran Premio, Cogne, qui vaut le détour : « Cogne est l’un des chevaux qui ont marqué l'histoire du Gran Premio di Merano. Il l'a couru une dizaine de fois, avec deux victoires (1967 et 1969, à 9ans et 11ans), trois deuxièmes places (1963, 1968 et 1971) et deux troisièmes places (1970 et 1972). Il a couru son dernier Gran Premio à 16ans, en 1974. Son jockey, Alessandro Mattei, n'avait pas voulu le monter parce qu’il craignait de le perdre en course. Il a couru comme un lion, quatrième dans une édition gagnée par Chivas Regal, qui était un vrai crack. Cogne est mort à 30ans dans le vieux haras où il était né, celui de la Scuderia Aurora, proche du lac de Garde, presque sur la route entre Milan et Merano. Devenu starter, Alessandro Mattei s'arrêtait chaque année sur le chemin, avant d'aller à Merano, pour rendre visite à "son" vieux champion. »

Christophe Pieux toujours le recordman. Seul jockey français à avoir reçu la Médaille d’or de la Jeunesse et des Sports, en 2003, quinze fois Cravache d’or en obstacle, Christophe Pieux est un homme de records. Plusieurs années après avoir raccroché les bottes, il a d’ailleurs conservé son record de victoires dans le Gran Premio puisqu’il en compte quatre : trois avec Or Jack et une avec Grey Jack. Ces deux champions ont défendu les couleurs Vuillard et l’entraînement Ortet. Côté entraîneurs justement, Guillaume Macaire compte désormais cinq succès, un de plus que Jacques Ortet, grâce à Tempo d’Or (2003), Rigoureux (2010, 2012) et Chercheur d’Or (2011).

Or Jack, la légende. Or Jack a été une véritable légende partout où il est passé. En France, il a enlevé trois Grands Prix de Pau (Gr3), un Grand Steeple-Chase d’Enghien (Gr2) et fini deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), à l'issue duquel il s’est fait priver de la victoire dans les tout derniers mètres par Vieux Beaufai. Mais en Italie, il a été un roi incontestable. Il détient le record du nombre de victoires dans le Gran Premio di Merano avec trois succès consécutifs (1994, 1995 et 1996). Il s’est aussi imposé dans la Grande Course de Haies de Merano et deux fois dans le Gran Steeple d’Europa (Grs1). Sans compter ses trois victoires dans le Grand Steeple-Chase de Milan (Gr1)…