Les quatre grandes tendances de la saison de monte 2018

Élevage / 29.09.2018

Les quatre grandes tendances de la saison de monte 2018

Par Adrien Cugnasse

La saison de reproduction est désormais terminée depuis plusieurs semaines. Il est donc possible d’en tirer un bilan provisoire. L’étalon du haras de Cercy, Cokoriko, établit un nouveau record de France avec 234 saillies. Mais ce n’est pas le seul fait marquant de la saison 2018.

À ce jour, aucun étalon pur-sang anglais en France n’avait sailli 234 juments en une saison. Les seuls à avoir fait mieux sont à chercher du côté du concours hippique, où l’insémination artificielle est autorisée (688 juments pour Kannan en 2013). Le record de Cokoriko (Robin des Champs) n’est pas usurpé. C’est le fruit de la réussite de sa production en piste. Bien soutenu dès le départ, il avait sailli 128 juments et sa première génération, née en 2015, compte déjà quatre black types : Polirico (deuxième du Prix Stanley, Listed), Flying Startandco (Prix Finot, Listed), Étoile du Ficheaux (troisième du Prix Sagan, Gr3) et Lisa de Vassy (troisième du Prix Rose de Mai, Listed, donc un black type de plat).

Une évolution majeure. Le record de Cokoriko est l’illustration de la montée en puissance des étalons ayant couru sur les obstacles dans le parc étalon français. Cette année, 12 sauteurs ont dépassé les 40 saillies et ils représentent un total de 1.351 juments. C’est largement plus qu’en 2017 (10 sauteurs pour 937 saillies) et qu’en 2016 (10 sauteurs pour 904 saillies). Pour la saison 2018, ces 1.351 saillies représentent un chiffre d’affaires théorique de 5,9 millions d’euros. Même en enlevant les ristournes concédées aux éleveurs et les juments n’ayant pas pris, cela représente malgré tout une somme considérable. En 2016, ce chiffre d’affaires théorique était de 4,1 millions d’euros.

La filière obstacle (re)prend le pouvoir. En seulement trois années, les sauteurs ont donc vu leur nombre de saillies bondir de 49.45 % et, dans le même temps, leur chiffre d’affaires théorique a progressé de 41.64 %. La valeur des quelques entiers capables de briller à Auteuil, surtout s’ils ont une bonne généalogie, est donc considérable si l’on prend en compte l’argent qu’ils sont capables de générer une fois au haras. C’est une bonne nouvelle car cela ne peut qu’inciter un nombre plus important d’éleveurs de sauteurs à ne pas castrer certains poulains beaux et bien nés. Et c’est aussi un volume financier supplémentaire au sein de la filière obstacle, qui voit moins d’argent s’échapper vers le plat au moment des achats d’étalons.

Stabilisation des carnets des poids lourds du marché. La progression du parc français de ces dernières années s’était accompagnée d’une augmentation du nombre d’étalons saillissant 100 juments ou plus. En 2018, cette tendance semble s’être stabilisée avec 29 étalons à 100 saillies ou plus et 6 à 150 ou plus. Ces chiffres sont identiques à ceux de 2017. Mais la progression en l’espace d’une décennie est considérable. En 2008, seulement 17 étalons atteignaient le cap des 100 juments annuelles et aucun n’approchait la barre des 150. Parmi ces poids lourds du marché, la répartition est à peu près égale entre le plat (14 étalons) et l’obstacle (15 étalons, dont un certain nombre à double vocation).

ÉVOLUTION DU NOMBRE D’ÉTALONS SAILLISANT 100 JUMENTS OU PLUS PAR AN EN FRANCE

Saillies                 2018             2017           2016           2015             2014           2013                2012      2011         2010           2009           2008

150 et plus           6                   6                 6                 9                   2                 4                      2            0               1                 0                 0

100 et plus           29                 29               31               24                 16               17                    11          15             11               10               17

Un coup de jeune sur le parc français. En 2018, pas moins de 39 étalons ont sailli pour la première fois en France et il y a toujours beaucoup d’énergie ainsi que d’importants moyens de communication qui sont mobilisés autour de leurs débuts. Ces 39 nouveaux venus ont couvert 2.370 juments et 19 ont dépassé le cap des 60 juments. Cette année, la compétition était rude et, sans surprise, une quinzaine n’a pas atteint la barre des 40 juments, une donnée décisive pour le lancement de leur carrière.

Cette vague de jeunisme frappe de plein fouet les éleveurs avec sept débutants dans le club des 100 saillies et plus. La palme revient à Recorder (Galileo) qui, paré de son label royal, avait 152 noms sur son carnet de bal. Encore une fois, le haras de Montfort & Préaux prouve sa capacité à lancer de nouveaux reproducteurs sur le marché. Seuls quatre sires ayant démarré leur carrière avant 2014 sont encore au-delà des 100 saillies en plat (Wootton Bassett, Dream Ahead, Siyouni et Le Havre). La saison 2018 a par contre été difficile pour les étalons entrés au haras en 2017. Parmi les étalons représentés par leurs premiers yearlings sur le marché du plat, trois sont à 70 juments ou plus (Shalaa, Morandi et Dariyan). La nature a horreur du vide et, alors que certains ténors de l’obstacle français nous ont quittés ou fonctionnent sur un rythme moins soutenu, les jeunes sires tirent leur épingle du jeu. Parmi les 15 étalons orientés obstacle, ou à double fin, plus de la moitié (8) ont commencé à faire la monte en 2013 ou plus tard.

LES ÉTALONS FRANÇAIS AYANT SAILLI 80 JUMENTS

Étalon                                     Saillies 2018 (données Sire au 26/09/18)

Cokoriko                                 234

Dabirsim                                  185

Siyouni                                   178

Doctor Dino                            155

Recorder                                  152

Shalaa                                     151

Kapgarde                                 144

Almanzor                                140

Joshua Tree                             140

Pedro the Great                        138

Zarak                                       134

Olympic Glory                        132

Castle du Berlais                      130

Chœur du Nord                       130

No Risk At All                        130

Wootton Bassett                      130

Reliable Man                           126

Dream Ahead                          122

Free Port Lux                           117

Al Wukair                               116

Magneticjim                            115

Manatee                                  112

Buck’s Boum                          111

Spanish Moon                         111

Le Havre                                 110

Martaline                                 110

Charm Spirit                            109

Great Pretender                        105

It’s Gino                                  101

The Grey Gatsby                     99

Hunter’s light                           97

Toronado                                96

Saint des Saints                        95

Jeu St Eloi                               94

Birchwood                              93

Kamsin                                    92

Karaktar                                   92

Whitecliffsofdover                   92

Kap Rock                                90

Voiladenuo                             85

Myboycharlie                          82

Coastal Path                            81

Gris de Gris                              81

Morandi                                  81

Pastorius                                  81

La règle du jeu

Pour rédiger cet article, nous avons utilisé les données disponibles auprès du Sire au 26 septembre 2018. À cette date, les grandes structures, qui disposent d’un personnel administratif rodé, ont enregistré la grande majorité des saillies. D’ici au 31 décembre, on pourrait observer une évolution de l’ordre de 5 à 10 % du volume total de saillies (manque de personnel, faute de frappe, erreur informatique…). Plus on se rapproche de la fin de l’année, plus les chiffres sont fiables. Au cœur de l’été, près de 25 % des saillies d’étalons de pur-sang anglais n’étaient pas signalées auprès de la base de données du Sire. Pourtant, la réglementation impose de les déclarer dans les semaines suivant l’acte. Cela permet d’éviter une pratique heureusement relativement peu fréquente qui consiste à attendre les diagnostics de confirmation de gestation pour faire ses déclarations. En oubliant volontairement de signaler les juments n’ayant pas pris, l’étalonnier pouvait artificiellement faire gonfler le taux de fertilité d’un reproducteur. Dans certaines filières, comme le trot, des amendes très dissuasives ont été mises en place face aux dérives constatées. Le professionnalisme de la filière galop semble garantir une plus grande fiabilité des pratiques.