QATAR PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE J-19 - Enable, de l’enfer au paradis

Courses / 17.09.2018

QATAR PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE J-19 - Enable, de l’enfer au paradis

Par Franco Raimondi

Les parieurs qui ont placé leur argent à 3/1 sur le doublé d’Enable (Nathaniel) dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) il y a 352 jours, juste après le show de la pouliche à Chantilly, peuvent se réjouir. La championne s’alignera au départ du Gr1 à une cote fort probablement encore plus basse que celle de l’année dernière (1,9 au PMU, tout comme chez les "books"). L’offre est actuellement comprise dans une fourchette entre égalité et 1,25/1, mais elle peut encore se réduire. Il suffirait d’un petit détail, comme l’arrivée de la pluie, pour que sa cote baisse encore. La deuxième favorite, Sea of Class (Sea the Stars), est proposée à une cote moyenne de 5/1, mais en cas de terrain très souple, son entourage ne risquera pas la supplémentation. La célèbre Tattersalls Rule 4 sur les non-partants prévoit une déduction du 15 % quand un cheval à 5/1 est non-partant. En cas d’absence de Sea of Class, on peut donc imaginer Enable autour de 0,85/1, même un peu moins.

Frankie toujours fidèle. Pourtant, à mi-saison, quand Cracksman (Frankel) a gagné le Prix Ganay (Gr1) et que la championne a été arrêtée et opérée, ces tickets joués il y a près d’un an auraient pu terminer chiffonnés au fond d’une poche. Enable a perdu le rôle de favorite pendant plusieurs mois, alors que John Gosden et son entourage travaillaient dur pour la récupérer. Après le jeudi du meeting d’Ebor, quand Sea of Class et Lah Ti Dar (Dubawi) ont fait forte impression, Enable était encore un point d’interrogation. On sait ce qu'il s’est passé ensuite et ce lundi, autour de 13 h, alors qu’il était en train de descendre dans le métro de Londres, j’ai posé cette question à Lanfranco Dettori : « Monteras-tu Enable ou Cracksman dans l’Arc ? » Il a répondu en commençant par une insulte en argot milanais avant de me donner ce conseil : « Mon Dieu, j’ai un ami qui a perdu sa tête. Il faut que tu ailles voir un bon docteur… » Le pilote, remis de ses émotions, a ajouté : « Ce qui compte, c’est qu’elle reste en "une pièce". Les résultats des trials nous sont favorables. Le cheval le plus impressionnant que j’aie vu est Waldgeist (Galileo), mais il ne s’agit pas d’une surprise. Dans le Grand Prix de Saint-Cloud, il avait battu d’un rien Coronet (Dubawi). Toutefois, l’une des choses que j’ai apprises dans ce métier, c’est qu’André Fabre sort un cheval d’Arc lorsque le bon moment arrive. »

Les Fabre progressent le jour J. Je ne suis pas très pieux, mais j’ai une croyance : dans les courses, André Fabre est la personne qui ressemble le plus au bon Dieu… Il est capable de tous les miracles et, même quand on est sur le point de perdre la foi, il nous surprend. Pendant une longue période on a douté de Waldgeist. Les lads de Coolmore sont même sortis de l’association à un moment. Et pourtant, le poulain était gagnant de Gr1 à 2ans et malheureux deuxième du Qipco Prix du Jockey Club. Ce dimanche, dans le Qatar Prix Foy, il a amélioré son Racing Post rating à 121. Six des sept gagnants d’Arc du maître cantilien sont des 3ans. Le seul 4ans est Subotica (Pampabird), lauréat en 1992. D’après le Racing Post, il avait progressé de 119 affiché dans le Prix Foy à 127 le jour J. L’année dernière, Cloth of Stars (Sea the Stars) est passé de 117 dans le trial à 126 derrière Enable. Flintshire (Dansili) avait affiché une hausse de cinq points, de 119 à 124, en 2014, en se classant deuxième derrière Trêve. Si Waldgeist fait de même, il est à coup sûr dans les trois premiers et peut faire galoper Enable.

Waldgeist, les derniers 400m en 21’’90. Waldgeist est le nom qui a émergé des Qatar Arc Trials, passés aux archives sans les temps partiels. Avec l’aide de mon fidèle Geonaute, en vente pour 19,90 € chez Décathlon, j’ai quand même enregistré les chronos des derniers 400m. Waldgeist les a parcourus en 21’’90, en toute souplesse, alors que le quatrième, Way to Paris (Champs Élysées), a terminé en 21’’84 en redonnant confiance à son propriétaire, Paolo Ferrario. Le train de la course a été plutôt tranquille (1’32’’13 les premiers 1.400m), tout le contraire de celui du Qatar Prix Vermeille. Les pouliches ont passé les premiers 1.400 en 1’27’’72 et Kitesurf (Dubawi) a longtemps patienté avant de terminer les derniers 400m en 22’’64.

Le Niel, un bon chrono partiel et des petits ratings. Les 3ans du Qatar Prix Niel ont trottiné dans les premiers 1.400m (1’34’’09) et la course s’est jouée sur un démarrage, comme dans le Foy. Le Godolphin Brundtland (Dubawi) a résisté à la longue attaque de Hunting Horn (Camelot) avec 400m en 22’’02, soit 12 centièmes de plus que Waldgeist. Neufbosc (Mastercraftsman), très respecté par son jockey, a refait un petit peu de terrain en 21’’84. Il y a très peu de différence, au niveau des chronos, entre les chevaux d’âge et les 3ans, mais le Racing Post rating condamne les jeunes. Brundtland est pris à un très petit 116, avec une progression de 16 livres sur le rating qu’il avait décroché dans le Grand Prix de Clairefontaine (L). Kitesurf a aussi reçu le meilleur rating de sa carrière (114). Le mâle de 3ans proposé à la cote plus basse (entre 12 et 16/1) est le lauréat du St Leger Kew Gardens (Galileo), qui s’est amélioré à 121 après sa victoire de Doncaster. Mais cela ne suffit pas pour gagner le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

La météo sera décisive. Il ne reste plus qu’un possible trial, le Prix du Prince d’Orange (Gr3) qui est à l’affiche samedi à ParisLongchamp, et une incertitude, la météo. Les prévisions à trois semaines sont fiables comme un chronomètre chinois acheté sur la Canebière, mais d’ici au 7 octobre, en région parisienne, sont annoncés deux jours de possibles averses et deux de pluie. C’est peu pour avoir du terrain lourd, même si, depuis 1998, à huit reprises, le terrain était souple ou pire le jour de l’Arc. Mauvaise nouvelle pour ceux qui avait investi sur Cracksman…