San Paolo Agri Stud, Rocques… and roll !

International / 10.09.2018

San Paolo Agri Stud, Rocques… and roll !

Par Franco Raimondi

Roberto Di Paolo n’était pas encore né quand, le 29 mai 1988, Tisserand (Nadjar), le premier pur- sang de sa famille, a gagné le Derby italien (Gr1) en devançant le lauréat de l’Arc de Triomphe 1989, Carroll House (Lord Gayle). Le galop italien vivait un moment magique. Tisserand a ensuite croisé le chemin d’un autre gagnant d’Arc, Tony Bin (Kampala), dans le Gran Premio di Milano (Gr1), une course qu’il a remportée à 5ans. Les frères Dino et Massimo Di Paolo, l’oncle et le père de Roberto, ont développé ensuite le San Paolo Agri Stud que l’on trouve dans la colonne éleveur à côté de Rocques (Lawman), la lauréate invaincue du Prix d’Aumale (Gr3).

Jadis, en Italie, on achetait… Trente ans après, Roberto Di Paolo a pris sa licence d’entraîneur et s’occupe des chevaux de la famille dans un centre d’entraînement, mais aussi du haras familial, qui sont assez proches de Rome. Le jeune homme a découvert l’époque de Tisserand par les récits familiaux et au travers d’images un peu fanées. Tisserand était un produit de la Razza Dormello Olgiata. Il avait gagné en poulain prometteur le Premio Fiuggi, et les frères Di Paolo l’ont acheté pendant l’hiver pour un prix avoisinant les 140 millions de lires, à mi-chemin entre l’allocation au gagnant et celle du deuxième du Derby italien de l’époque. Trente ans après, un achat de ce niveau relève de la science-fiction pour une Italie déprimée.

Le système San Paolo. À l’époque, les courses italiennes se portaient très bien.  La formule magique était simple… Roberto Di Paolo en parle comme un jeune homme qui a bien étudié le sujet : « Le propriétaires avaient envie d’investir parce que les allocations étaient bonnes. Mon père et mon oncle se sont offert un rêve et, avec la chance du débutant, ils ont connu la réussite. Ensuite ils ont développé l’écurie et l’élevage, et d’autres bons chevaux sont arrivés, achetés aux ventes ou élevés. Nous avons gagné plusieurs Groupes en Italie. Nous avons même élevé un étalon maison, St Paul House (Machiavellian), lauréat de quatre sprints de Gr3. »

Se faire plaisir. C’est ensuite que le San Paolo Agri Stud a décidé d’ouvrir une antenne française, avec trois poulinières et leurs produits, au haras de Montaigu. L’élevage et le centre d’entraînement à côté de Rome fonctionnent encore, comme nous l’a confié Roberto Di Paolo : « C’est mon plaisir. Je me lève à 4 h 30 pour m’occuper de mes chevaux mais l’Italie n’offre pas une vraie démarche professionnelle. C’est plutôt quelque chose que l’on peut vivre en amateur. Nous nous sommes fait plaisir en printemps en faisant gagner sa première course à Coressos (Dalakhani) qui, à 7ans, avait connu tous les malheurs du monde, d’abord en France et ensuite en Italie. Il a pris sa retraite peu après et il est le chouchou de l’écurie. En Italie, c’est du pur amateurisme ! »

Le projet français. Et la France ? C’est avec une autre approche que Roberto Di Paolo regarde vers l’Hexagone : « J’ai toujours eu dans la tête le galop français, un système solide et compétitif. L’argent vient après. Oui, les allocations en France sont bonnes, mais c’est surtout l’accueil des propriétaires, le plaisir d’aller aux courses, le goût de jouer dans la ligue des grands qui nous a poussés à démarrer cette expérience française quand le système italien a commencé à s’effondrer. »

Histoire d’une vente. Le succès de Rocques coïncide avec la cinquième année de produits "FR". Sa mère, Regina Mundi (Montjeu), a conclu sa carrière en France dans le Prix de Pomone (Gr2) alors qu’elle était entraînée par Ottavio, le frère de Roberto, et elle est partie au haras avec une place black type dans son C.V. Roberto Di Paolo nous a dit : « Elle méritait bien son entrée au haras. En piste, elle était bonne mais je pense que son palmarès ne reflétait pas sa classe. Rocques est son deuxième produit et sa deuxième gagnante. Quand nous l’avons passée à Deauville, nous l’avons défendue avant de la vendre à l’amiable, via Nicolas de Watrigant, parce que nous savions que l’acheteur était Gérard Augustin-Normand et qu’elle irait chez un très bon entraîneur comme Fabrice Chappet. Maintenant nous espérons que son demi-frère par Acclamation (Royal Applause) puisse suivre le même chemin. »

Une cure pour l’Italie. Le San Paolo Agri Stud continue avec l’élevage et les courses en Italie, même si la politique a beaucoup changé. Roberto Di Paolo a les idées très claires : « Quand je pense à l’état des courses en Italie, je suis en colère. Mon pays a toutes les chances de reprendre la place qu’il mérite mais nous enchaînons les fautes depuis des années. Il y a une règle simple : moins de courses, moins d’hippodromes inutiles, plus d’allocations pour encourager les propriétaires à investir. La politique de gagne-pain tue les courses. En Italie, nous avons réduit le nombre de poulinières à sept. Nous avons aussi réduit les chevaux à l’entraînement. Il nous reste à la maison des poulinières black types comme Ruby Dancer (King’s Best) et Jasmine Joli (Cape Cross). C’est même un luxe pour les courses en Italie. Notre envie est d’investir encore et, si l’Italie ne répond pas, la France est notre port, il faut avoir un retour en plaisir en plus de l’argent. »