SPÉCIAL KEENELAND - L’hypermarché de l'american luxe

International / 09.09.2018

SPÉCIAL KEENELAND - L’hypermarché de l'american luxe

« As-tu déjà vu la fille d’American Pharoah ? ». Si on vous pose cette question aux ventes en Europe, vous pouvez répondre : « Laquelle, celle d’Étreham ou celle des Monceaux ? ». Car c’est en effet à Deauville que l’on trouvait les deux seuls produits de l’étalon américain à vendre sur le Vieux Continent. La même question posée à Keeneland donne une tout autre réponse : « Lequel ? Il y a en 81 dans le catalogue… » Dimanche à 16 heures, après les scratchings, il restait encore de nombreux American Pharoah (Pionneerof the Nile) sur la liste. Cela montre toute la différence entre Keeneland September, avec ses treize sessions – dont cinq pour le book 1 – et ses 4.538 yearlings, et toutes les autres ventes du monde...

Par Franco Raimondi

L’an dernier, on a vendu pour 307 millions de dollars. Le marché de yearling 2017 aux États Unis a généré 466,74 millions de dollars de chiffre d’affaires pour 6.250 sujets vendus. Keeneland a pesé 65,8% du total, avec ses 307,84 millions échangés pour 2.555 lots. C’est Keenland Septembre qui décide de l’avenir d’un étalon, du budget des éleveurs, des pinhookers et de tous ce qui font le marché du pur-sang. La loi du marché est implacable, comme toujours aux États Unis quand on parle des dollars. La présidence de Donald Trump n’a pas amélioré les choses.

Quand le marché était monté à 556 millions. Keeneland Septembre est un miroir fidèle de l’état de l’économie américaine. La vente anticipe même les changements. Son sommet historique correspond à la vente 2006 avec 8.897 yearlings vendus pour 556,03 millions de dollars. On a touché le fond en 2010 avec 293,21 millions pour 6.941 lots. Bon an mal an, la reprise se confirme, mais on n’a pas encore retrouvé le niveau d’avant la crise. La question qui se pose est assez simple : l’élevage américain produit toujours beaucoup de yearlings millionnaires, mais ceux qui trouvent preneurs sont de moins en moins nombreux. L’année dernière, treize sujets ont atteint ce seuil. En 2006, ils étaient 32, dont douze achetés par Godolphin. En 2005 les millionnaires étaient encore plus nombreux. Combien ? 40 !

La crise des millionnaires. Il y a plusieurs explications à ce phénomène. La qualité de la production est un détail. Parmi les 989 yearlings en vente dans les cinq sessions du book 1, on trouve 54 produits de mères gagnantes de Gr1. De même, 98 sont le frère ou la sœur d’un lauréat de Gr1. On ne peut pas rêver mieux, surtout si l’on tient compte de la qualité des étalons. Les acheteurs qui peuvent sortir un million de dollars pour un yearling existent encore. Mais souvent, ils s’associent à plusieurs sur un lot et cela détruit un principe de base : la compétition. Si l’envie de s’offrir en solitaire un top yearling baisse, automatiquement le nombre de millionnaires décroît.

Ils ont investi 105 millions en saillies. Avec cet article, nous vous proposons la liste des étalons représentés dans la vente et qui ont officié à 100.000 € ou plus lors de leurs trois dernières saisons. Nous avons aussi rajouté Candy Ride (Ride the Rails) et Giant’s Causeway (Storm Cat). Pourquoi ? Parce que ce sont des top-étalons et que nous les aimons ! Les seize sires pris comme repère ont produit 1.846 yearlings, dont 907 figurent dans le catalogue de Keeneland Septembre et 556 sont dans le book 1. Les éleveurs ont déboursé 105,69 millions de dollars de saillies pour avoir 907 yearlings. En termes de statistique, les produits de ces seize étalons représentent 19,9 % du total et 56,2 % de ceux proposés dans le book 1. L’année dernière, toutes ventes américaines confondues, quatorze étalons ont généré un chiffre d’affaires de 179,7 millions de dollars (Empire Maker était au Japon et American Pharoah n’avait pas encore de yearlings). C’est 38,4 % du chiffre d’affaires. Alors que leurs yearlings représentaient 10,8 % du nombre de lots.

LES TOP-ÉTALONS DE KEENELAND 2018

Étalon  Père Tarif  2016 ($) Yearlings Lots Keeneland Somme saillies ($) Lots book 1
American Pharoah Pioneerof the Nile 200.000 160 81 16.200.000 66
Bernardini A.P. Indy 100.000 101 50 5.000.000 25
Candy Ride Ride the Rails 60.000 106 56 3.360.000 23
Curlin Smart Strike 100.000 130 56 5.600.000 41
Distorted Humor Forty Niner 100.000 75 35 3.500.000 20
Empire Maker Unbridleb 100.000 105 58 5.800.000 30
Giant's Causeway Storm Cat 85.000 34 19 1.615.000 10
Into Mischief Harlan's Holiday 45.000 176 87 3.915.000 39
Kitten's Joy El Prado 100.000 174 76 7.600.000 19
Malibu Moon A.P. Indy 95.000 90 50 4.750.000 25
Medaglia d'Oro El Prado 150.000 111 54 8.100.000 48
Pioneerof the Nile Empire Maker 125.000 89 55 6.875.000 38
Speightstown Gone West 100.000 97 43 4.300.000 27
Tapit Pupit 300.000 97 48 14.400.000 45
Uncle Mo Indian Charlie 75.000 203 105 7.875.000 67
War Front Danzig 200.000 98 34 6.800.000 33
1.846 907 105.690.000 556

Galileo et Frankel, un pour chacun. Les résultats en piste laissent à penser, comme l’a écrit dans ce journal Adrien Cugnasse, que nous sommes en train d’assister au retour en Europe du sang américain. Dans le même temps, les européens trouvent de plus en plus d’acheteurs au États-Unis, sur le marché des chevaux à l’entraînement mais aussi sur les rings de ventes de yearlings. Il reste très difficile de trouver à Keeneland des produits d'étalons européens. Le grand Galileo (Sadler’s Wells) a une pouliche par l’américaine Lady Shakespeare (Theatrical) et son fils Frankel une par Song to Remember (Storm). C’est peu mais c’est logique. Les produits des meilleurs sires américains sont aussi très rares en Europe. Chaque vendeur cherche le marché le plus propice pour présenter sa production. Si vous vendez du nougat dans une clinique dentaire, la faillite vous attend…