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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Plus de la moitié des jockeys ont au moins un problème mental

International / 11.10.2018

Plus de la moitié des jockeys ont au moins un problème mental

LE MAGAZINE

La Conférence internationale des autorités hippiques, qui s’est déroulée lundi 8 octobre au siège de France Galop, a consacré une partie de l’après-midi à un exposé sur la santé des jockeys, tout particulièrement sur le plan mental.

Physique et psychique. Le docteur Giles Warrington a rappelé un fait : les hommes ont grandi et ont pris de la masse… Et ont pris plus de masse que de taille. Or, le poids est la bataille première des jockeys, avec les risques que cela entraîne et notamment au niveau de la déshydratation. Le physique influe sur le psychique. Des études ont été menées en Irlande via des questionnaires anonymes. Soixante-quatorze amateurs et quarante-deux jockeys ont répondu. Les résultats sont inquiétants, comme l’a expliqué le docteur Warrington : « Plus de la moitié des jockeys ont au moins un problème mental. Un sur deux présente des symptômes de dépression et de stress permanent. Nous avons comparé avec les résultats d’une étude menée sur des athlètes d’élite en Australie et en Nouvelle-Zélande : les jockeys sont beaucoup plus touchés par la détresse psychologique [35,7 % des jockeys contre 16,5 % des athlètes australiens, ndlr], par la dépression [57 % pour les jockeys, 27,2 % pour les athlètes australiens et 21 % pour ceux de Nouvelle-Zélande], l’anxiété [21,4 % chez les jockeys, 7,1 % chez les athlètes australiens] et la phobie sociale [38,1 % pour les jockeys, 14,7 % pour les athlètes australiens]. La question est : comment en est-on arrivé là ? »

Pour les jockeys, les problèmes identifiés sont :

-le poids : déshydratation, mauvaises habitudes alimentaires, conséquences sur le mental :

- les blessures : blessures sérieuses, peur de se reblesser, rééducation ;

- la charge de travail : beaucoup d’heures, peu de vacances, saisons de courses longues ;

- la pression sociale : être jugé par les entraîneurs, les propriétaires et le public, abus sur les réseaux sociaux, pression ;

- manque de reconnaissance : les chevaux sont des athlètes, les jockeys ne sont pas considérés comme des athlètes d’élite ;

- instabilité: un jockey perd régulièrement, la carrière connaît des hauts et des bas.

Des problèmes encore plus criants pour les jeunes jockeys, lesquels doivent faire leurs preuves…

Ne pas être positif, être pragmatique. La parole a ensuite été donnée au docteur Ciara Losby. Elle travaille avec les jockeys après avoir été psychologue sportive au sein de l’équipe d’Irlande pour les Jeux Olympiques : « Je ne viens pas du milieu des courses. Je juge le cas de chaque jockey objectivement, sans avis prédéfinis. Certains facteurs sont propres à leur sport. Je leur dit : ne soyez pas positifs, soyez pragmatique. Que peut-il arriver de mieux ? Que peut-il arriver de pire ? Qu’est-ce qui a le plus de chance d’arriver ? » Le docteur Losby travaille sur des idées simples : être constant sans viser la perfection, éviter de se parler à soi-même car l’on ressasse d’avantage le négatif que le positif, rester concentrer sur l’instant, gérer sa nervosité, ne pas confondre l’échec et être un échec, mettre les choses en perspective, ou encore ne pas penser être l’objet de tous les regards, ce qui revient à se surestimer puisque les gens s’inquiètent d’eux-mêmes, pas des autres. Et se sociabiliser : la plupart des jockeys sont issus de familles venant des courses, mais il faut réussir à se détacher pour prendre du recul, et donc développer des activités en dehors.

Une première solution simple ? Le docteur Adrian Mc Godrick (Irish Horseracing Regulatory Board) a évoqué la question du salaire, intermittent et souvent bas. Il a particulièrement insisté sur les problèmes liés au poids avec une étude menée au Curragh, avant et après les courses. La déshydratation est extrêmement forte, particulièrement les jours de courses. L’hypoglycémie est aussi un problème majeur, avec ses conséquences : transpiration, fatigue, malaise, pâleur, sentiment de faiblesse, faim, battements cardiaques plus importants, confusion et problèmes cognitifs, convulsions, évanouissements et, dans les cas les plus extrêmes, le coma. Le manque de potassium a des conséquences physiques et psychologiques : dépression,  psychose, délires, confusion ou hallucinations.

Tout n’est pas négatif et le docteur Mc Godrick a indiqué que les techniques pour faire le poids se sont améliorées en l’espace de quinze ans, avec notamment l’appui des psychologues et physiologistes sportifs. Il a aussi souligné que les études montrent que le poids moyen d’un individu de 18 ans augmente d’une livre tous les trois ans. Et a lancé cet appel : « La seule conséquence d’une augmentation des poids de base serait des chronomètres moins rapides. Mais nous aurions des jockeys heureux et en bonne santé, qui ne montent pas déshydratés. C’est une option gagnante pour tous : propriétaires, entraîneurs, parieurs et jockeys. » Et il a rappelé que cette problématique doit être résolue par la filière, sans attendre que les gouvernements ou l’Europe s’en charge.

La Confidential Helpline de la PJA

L’Association des jockeys professionnels de Grande-Bretagne (P.J.A), a déjà communiqué sur la santé mentale des jockeys. Elle a tourné une série de vidéos dont une consacrée à la Confidential Helpline. Les jockeys peuvent appeler en cas de mauvaise passe. Dans cette vidéo, Tony McCoy et Daryl Jacob expliquent la nécessité de ne pas affronter seul les moments difficiles.

La vidéo est visible ici : https://youtu.be/wgIcjIX_ipk.