QATAR PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE (GR1) - Nature

Courses / 07.10.2018

QATAR PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE (GR1) - Nature

PARISLONGCHAMP, DIMANCHE 

Enable a remporté son deuxième Arc. Ni sa rentrée tardive, ni un contretemps survenu dans les semaines précédant la course, ni la formidable course de la 3ans Sea of Class ne l’ont empêchée de répondre présent à son rendez-vous avec l’histoire. Parce qu’Enable est une championne, tout simplement.

C’était impossible. Elle l’a fait.

Ce que nous avons vu aujourd’hui tient de la magie, peut-être même de la sorcellerie. Les fées se sont penchées sur le berceau d’Enable (Nathaniel). Elle est la pouliche qui défie les lois, qui rend l’impossible possible. Enable a gagné son second Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

En 2017, elle avait été la première pouliche à réaliser le doublé Oaks d’Epsom & Arc. Et donc la première pouliche à enchaîner victorieusement le classique anglais, puis les Oaks d’Irlande, suivies par les King George VI & Queen Elizabeth Stakes, puis les Yorkshire Oaks et enfin l’Arc…

Nous sommes en 2018, Enable faisait face à une mission qui n’a jamais été réalisée : gagner l’Arc après une blessure et en n’ayant qu’une seule course dans les jambes. Il s’agit de sa victoire dans les September Stakes (Gr3), qui plus est sur la P.S.F. ! Une seule course, une préparation contrariée et les 2.400m de la plus grande course du monde. Le doute était permis : sera-t-elle prête ? Pourra-t-elle aller jusqu’au bout de ce challenge ? Non, elle n’était pas prête. Oui, elle a relevé ce challenge. Oubliez les statistiques : Enable est hors normes.

Peut-elle remporter un troisième Qatar Prix de l’Arc de Triomphe ? Son entourage n’exclut pas de la garder à l’entraînement en 2019. Aucun cheval n’a remporté trois Arcs de Triomphe. Peut-être est-ce impossible. Mais n’oubliez pas : Enable réécrit l’histoire et les normes. Impossible n’est pas Enable.

John Gosden en équilibre

John Gosden et Frankie Dettori avaient les clés de l’Arc de ParisLongchamp. Ils ont gagné la dernière édition courue dans l’ancien Longchamp en 2015, avec Golden Horn (Cape Cross). Ils ont remporté le premier Arc couru à ParisLongchamp, avec Enable (Nathaniel). Le duo, aussi atypique que drôle et attachant, est inséparable. Frankie Dettori avait réalisé un numéro dans l’Arc de Golden Horn. En 2018, le numéro d’équilibriste a été réalisé par John Gosden, en suspension sur un fil si mince, si délicat.

Contre les règles. Gagner l’Arc avec une seule course dans les jambes et une rentrée sur la P.S.F., en septembre, dans un Gr3… Le scénario est inédit. Cela soulevait nombre de doutes… Et pourtant, John Gosden ne nous avait pas tout dit : « Elle a eu un contretemps entre Kempton et l’Arc : elle a eu de la température. Je n’en ai pas parlé, je n’ai pas embêté les gens avec cela. C’est mon travail de gérer de telles choses, ce n’était pas la peine d’en parler dans les journaux. J’ai juste dû la ralentir un peu. J’en ai parlé à Teddy Grimthorpe. Elle a manqué un galop et arriver sur l’Arc avec si peu de travail… c’est si dur. Mais il ne fallait pas la brusquer au dernier moment parce que si vous faites cela, vous n’avez plus de pouliche ! Son manque de préparation s’est vu dans les 100 derniers mètres, mais elle a mis son cœur sur la piste. Frankie a dit qu’elle n’était pas à son mieux, mais elle a fait le travail. Il l’a bien montée. Cela a été un test de tenue. Ils ont accéléré pendant toute la course et les derniers 100m ont montré qu’elle n’était pas vraiment à 100 %. Vous n’êtes pas censés gagner l’Arc avec une seule course sur la P.S.F. dans les jambes. C’est contre les règles. Mais elle a la classe pour le faire, simplement. Bravo à son propriétaire et éleveur. C’est phénoménal de faire cela avec une préparation contrariée, avec une blessure à la jambe et un contretemps. J’avais encore quelques cheveux sur la tête au début de l’année, mais je les ai perdus au fur et à mesure ! Elle est très forte. »

La tactique Coolmore a bien failli réussir. Avec cinq chevaux dans l’Arc, Aidan O’Brien avait de nombreuses clés en main pour piéger Enable. Le maître de Ballydoyle avait échoué en 2017. Il a bien failli réussir en 2018, car Nelson (Frankel) a parfaitement rempli sa mission de leader. Cela a failli payer, surtout pour l’attentiste Sea of Class (Sea the Stars). John Gosden a commenté : « Aidan O’Brien a eu raison dans la tactique qu’il a employée : une course rythmée, un peloton étiré, et faire de cet Arc un vrai test de tenue. Et nous avons vu le résultat : la façon dont la course s’est courue l’a transformée en un test ultime pour Enable. Et les derniers 100m ont été une éternité pour moi-même, Frankie et la pouliche. »

Marcher la piste, une partie de la tactique. John Gosden, son fils et Frankie Dettori ont marché la piste de ParisLongchamp avant les courses de ce dimanche. Cela fait aussi partie de la tactique de course : en bon terrain à ParisLongchamp, mieux vaut en général ne pas être trop loin et le long de la corde. Mais il y a une autre raison pour marcher la piste : détendre un pilote nerveux comme un Italien ! John Gosden, en compagnie de son compère Dettori, a expliqué : « Avec Frankie, nous marchons toujours la piste ensemble car il devient très nerveux. Malheureusement, il n’avait pas de monte aujourd’hui dans les courses précédant l’Arc. Et je savais que s’il devait attendre sans rien faire, il se cognerait la tête contre les murs et rendrait tout le monde fou ! Donc nous sommes allés marcher la piste. Nous avons fait tout le tour complet, en partant des stalles, et mon fils a détruit ses belles nouvelles chaussures. Mais nous avons passé un bon moment ainsi. C’était le trentième Arc de Frankie, je crois qu’il devrait s’y faire ! »

Rester à l’entraînement en 2019 ? Pas sa décision. Lorsqu’on demande à John Gosden si Enable peut rester à l’entraînement en 2019, deux choses se passent… Il y a un jockey italien qui se tourne vers lui pour lui faire les yeux doux en suppliant : « Oh oui, s’il te plaît ! » Et un entraîneur pragmatique qui sait qu’il n’est pas le boss sur ce choix-là : « Une chose que j’ai apprise en travaillant avec le prince Khalid, c’est que la décision finale lui revient. Cela a été une année incroyablement difficile. Peut-être que l’année prochaine serait plus facile. Je l’ignore. Ce n’est pas totalement la même chose quand il s’agit d’une pouliche et d’un étalon à valeur commerciale. Mais c’est sa décision. Et je vais empêcher Frankie d’envoyer des sms et des emails et de déranger le bureau du prince Khalid ! »

Du soulagement. Frankie Dettori a avoué n’avoir jamais été aussi nerveux de sa vie avant un Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. John Gosden a expliqué avoir perdu durant toute l’année le reste de ses cheveux. Lorsqu’on lui demande ce qu’il ressent après ce second Arc signé Enable, qui est par ailleurs son troisième Arc, il répond : « Je ressens surtout un grand soulagement. La joie viendra après. Et je n’ai rien d’autre que de l’admiration pour la pouliche. Être capable de revenir de là d’où elle revient… Je vous promets qu’elle n’était qu’à 85 %. L’analyse finale, c’est que cette victoire revient à Enable et à son propriétaire et éleveur, le prince Khalid Abdullah qui a produit une pouliche telle qu’elle. Il est un supporter extrêmement important des courses françaises. Et il l’est depuis qu’il est un jeune homme. Il est ici aujourd’hui, pour voir cette pouliche gagner son deuxième Arc. Cette victoire, c’est juste pour et par lui, et par la pouliche. Et cela n’a rien à voir avec mon camarade à ma droite [Frankie Dettori, ndlr] ou moi-même... »

Cela n’a rien à voir avec eux… Et pourtant, malgré tout, John Gosden et Frankie Dettori ont remporté trois des quatre dernières éditions du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Et la ferveur, les applaudissements, l’explosion de joie dans ParisLongchamp au retour au rond, à la remise des trophées et lors du God save the Queen étaient aussi pour eux et grâce à eux.

Dancing Brave, Frankel… Enable

John Gosden a longtemps insisté sur un point : l’importance du prince Khalid Abdullah dans cette victoire. Les propriétaires et éleveurs sont souvent moins visibles, moins médiatisés… Mais ils sont la pierre angulaire de tout. Un jockey est comme un acteur. Un entraîneur, un réalisateur. Mais au cinéma, on oublie souvent celui qui est le scénariste. Aux courses, c’est l’éleveur et encore le propriétaire éleveur.

John Gosden a dit : « Le fait que le prince Khalid soit là et ait pu voir de ses yeux la victoire, c’est la quintessence. Ce n’est pas ma victoire. C’est la sienne et celle de la pouliche. C’est le point majeur de cette journée. Oubliez ce que Frankie a dit : il sera là pour un 31e, 32e ou 33e Arc. Aujourd’hui, tout tourne autour d’une pouliche et d’un propriétaire éleveur. Sans des gens comme lui, les courses sont mortes. Vous le savez en France, nous le savons en Angleterre et en Irlande. Et c’est la seule chose à souligner. »

Khalid Abdullah rejoint Marcel Boussac. C’est tellement dur de gagner un Qatar Prix de l’Arc de Triomphe… Enable offre une sixième victoire à Khalid Abdullah dans cette épreuve en tant que propriétaire. Il est donc à égalité avec Marcel Boussac. Le premier succès remonte à 1985, avec Rainbow Quest. Ont suivi Dancing Brave, en 1986, Rail Link, en 2006, Worforce, en 2010, et donc Enable, en 2017 et 2018.

Elle pourrait rester à l’entraînement en 2019. Teddy Grimthorpe, manager des intérêts de Khalid Abdullah, a expliqué : « Il ne faut pas sous-estimer le travail réalisé par John Gosden avec cette pouliche. Nous devons voir comment elle rentre de cette course, voire si elle recourt cette année… Nous ne le savons pas. Le prince Khalid prendra ensuite une décision quant à la suite de sa carrière. Et c’est une très belle décision à prendre. La plus belle qualité d’Enable est qu’elle a cette volonté de gagner. Elle adore courir. Elle n’est jamais mieux que sur un hippodrome. Elle est la quintessence du pur-sang. » Elle est la quintessence du pur-sang et d’un élevage : Enable est issue d’une souche développée par Juddmonte Farms depuis quatre générations. C’est exceptionnel.

On ne classe pas ses amis. Dancing Brave a longtemps été considéré comme le meilleur cheval de tous les temps par les handicapeurs internationaux, avant que son rating ne soit réévalué et qu’il se retrouve battu par un certain Frankel (Galileo), représentant et élève de Juddmonte. Lorsqu’on demande à Teddy Grimthorpe ce que représente Enable pour le prince Khalid Abdullah, il explique : « Nous avons eu la chance d’avoir tant de chevaux fantastiques dans le passé. Comme le dit André Fabre : je ne fais pas de classement entre mes amis… Mais nous sommes tellement contents d’avoir une pouliche comme elle. C’est tellement important pour le prince Khalid et tous ceux qui travaillent avec lui. C’est un jour fantastique. »

Enable a – avant cet Arc – un rating de 128. Peu importe qu’elle rejoigne Frankel ou Dancing Brave dans l’esprit des handicapeurs internationaux : elle est double gagnante de Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et ce qu’elle a réalisé à chaque fois la place là-haut, dans les étoiles… C’est grâce à elle, c’est grâce à l’acteur Dettori, grâce au réalisateur Gosden, et grâce à un compositeur de génie nommé Khalid Abdullah. Le tout, pour le retour du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe à ParisLongchamp, donne un chef d’œuvre que l’on n'oubliera pas…

Frankie VI, serviteur de sa majesté

« Je suis encore là… » Ou, en italien, « sono ancora qui ! » Trente éditions de l’Arc après ses débuts à Longchamp, Lanfranco Dettori a écrit la première page de l’histoire de la course à ParisLongchamp. Il a poussé sa pouliche comme un diable mais les sollicitations de la presse ont été plus épuisantes que de garder une courte encolure au passage du poteau. Il est tombé à genoux quand Fanny Hubart-Salmon lui a tendu le microphone pour la dernière fois… Il parle avec un filet de voix : « C’est un rêve. J’ai gagné six fois les courses les plus importantes dans mon cœur : six Arcs de Triomphe, six Gold Cups à Ascot et six fois le Gran Premio del Jockey Club à San Siro. »

300m de grande Enable... Il a pensé un moment être battu par Sea of Class, une pouliche italienne, comme lui ! Il a poussé Enable dans ses retranchements, et c’était une grande Enable, malgré tout : « Je ne peux pas lui demander plus. Je trouve un peu injuste de dire qu'on n’a pas vu la grande Enable. Il est plus juste de dire qu’elle nous a montré une autre facette de son talent. Mes amis, elle a gagné deux fois le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, sur deux hippodromes différents, et cette année avec une préparation très perturbée ! Avant la course, John Gosden m’avait dit qu’il ne fallait pas gagner de cinq longueurs, que l’important était de gagner. On a vu la grande Enable pendant 300m, des derniers 400m à 100m du poteau. Elle a pris trois longueurs mais je sentais qu’elle allait demander à souffler. C’est pour cela que j’ai attendu le plus possible avant de lui demander de partir. Elle avait le droit d’être fatiguée pour finir. Elle l’a fait sur son courage et sa classe. Côté émotion, c’est le plus beau de mes succès parce que la pouliche m’a tout donné. »

Celle qui souffre et gagne... Lanfranco Dettori a raison. On avait connu l'Enable dominatrice, celle qui explosait les adversaires (cinq Grs1 avec vingt-deux longueurs et demie d’avantage). On a apprécié celle qui fait aussi le dur labeur. Son pilote l’a aimée aussi : « Je n’ai jamais été si tendu à la veille d’une course. Depuis une semaine, j’ai très peu dormi. Je montais la favorite de l’Arc, qui courait pour un doublé historique, réussi par six autres, et je savais qu’elle ne pouvait pas être au top après tous ses problèmes. L’année dernière, j’étais presque sûr de gagner. Cette année, elle est arrivée à courir et à gagner l’Arc parce que c’est une championne et que John Gosden est un génie. Dans l’histoire des courses, il n’existe pas une pouliche capable de gagner une course de ce niveau après onze mois d’absence et une seule course dans ses jambes avant le jour J. »

 C’est Enable qui a gagné, Lanfranco Dettori a été à son service, presque un serviteur dévoué. Il explique : « J’ai fait le passager à plusieurs reprises... Elle le mérite et encore, c’est elle qui a gagné, j’ai tout fait pour l’aider mais c’est mon boulot. Je ne sais pas si derrière moi, il y a eu des chevaux malchanceux. J’ai regardé devant moi et j’ai juste entendu venir Sea of Class. Je n’ai rien fait de spécial, c’est elle qui est spéciale ! »

Et pourquoi pas Enable III… Le début de saison perturbé nous a enlevé la chance d’apprécier la grande Enable mais elle peut nous faire plaisir en 2019. Lanfranco Dettori n’est pas contre cette idée… « Bien au contraire, elle m’a énormément manqué en début de saison après avoir rêvé tout l’hiver. On l’a enfin retrouvée. Le prince Abdullah a fait un chef d’œuvre, il a eu des champions comme Frankel et Enable et la décision, c’est à lui de la prendre, mais rien que l’idée qu’elle puisse rester à l’entraînement me ravit le cœur. » Enable attend la décision de son éleveur pour donner au prince Abdullah et à Lanfranco Dettori leur septième Arc. Et devenir sa majesté Enable III.

Pedigree Weatherby’s http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/ENABLE.pdf

Et après Enable… Il faudra attendre au moins jusqu’à 2022 pour savoir si Concentric (Sadler’s Wells) deviendra la première poulinière capable de produire deux propres frères/sœurs gagnants de l’Arc de Triomphe. Elle a visité en avril Nathaniel (Galileo). Après avoir donné Enable, elle a produit le 3ans Centroid (Dansili), lauréat lors de ses débuts, en août, à Leopardstown, sous la férule de Dermot Weld, et la pouliche de 2ans Entitle (Dansili), sixième lors de sa première sortie pour John Gosden. Le prince Abdullah a décidé ensuite de renouveler le croisement d'Enable en choisissant son crack Frankel, lui aussi par Galileo comme Nathaniel. Le résultat est une yearling. Le foal de Concentric est un mâle par Sea the Stars (Cape Cross).

 

 

 

Sadler’s Wells

 

 

Galileo

 

 

 

 

Urban Sea

 

Nathaniel

 

 

 

 

 

Silver Hawks

 

 

Magnificient Style

 

 

 

 

Mia Karina

ENABLE (F4)

 

 

 

 

 

 

Northern Dancer

 

 

Sadler’s Wells

 

 

 

 

Fairy Bridge

 

Concentric

 

 

 

 

 

Shirley Heights

 

 

Apogée

 

 

 

 

Bourbon Girl

Les placés

Sea of Class, une caresse à la princesse

Sea of Class (Sea the Stars) a eu droit aux applaudissements lors de son retour aux balances, comme si elle était la gagnante de l’Arc. Il fallait être Zarkava ** (Zamindar) pour gagner en sortant de la boîte 15, en refaisant le peloton, à l’issue d’une course qui a roulé très vite sous l’impulsion des leaders. Elle n’est "que" Sea of Class, excusez du peu ! On ne parle pas de la gagnante morale mais peut-être de la prochaine lauréate de la course magique. Petite et explosive au moment de placer sa pointe de vitesse, l’alezane nous a rappelé une certaine Urban Sea (Miswaki).

Sous le signe d'Urban Sea. La différence entre la matrone et sa petite-fille, via le gagnant d’Arc Sea the Stars (Cape Cross), c’est que Sea of Class a trouvé sur son chemin une championne comme Enable, qui est autre chose que White Muzzle (Dancing Brave) battue par Urban Sea. Dans son paddock au ciel, Urban sera heureuse d’apprendre que les huit premiers de l’Arc, vingt-cinq ans après son triomphe, portent son nom en deuxième et troisième génération.

Sea of Class est une petite alezane légère, tout comme sa grand-mère. C’est un peu la doublure d’Urban Sea, mais elle a un avantage : deux succès de Gr1 et une deuxième place dans l’Arc de Triomphe. Urban Sea, à la même époque, n’avait pas encore gagné son premier Groupe et s’était classée troisième du Prix Vermeille (Gr1). Avantage à la jeune qui est, de plus, très jeune, puisqu’elle est née en fin de mois de mai.

Haggas invite Enable à la retraite. Une courte défaite est difficile à encaisser, mais l’entraîneur de Sea of Class, William Haggas, n’a pas cherché d’excuse. Il a dit : « Je pense que beaucoup de personnes diront que c'est la faute de la corde. Je ne veux pas sembler ingrat ou déloyal envers John Gosden. Sa pouliche est merveilleuse et elle a gagné l'Arc, pas nous. Ils sont rares ceux qui gagnent deux Arcs. Nous espérons que nous pourrons remédier à cela l'année prochaine et que la grande Enable prendra sa retraite. Je n'ai pas encore parlé de ramener Sea of Class pour l'Arc, l'année prochaine, avec son propriétaire, mais j'espère que ce sera le cas. »

Quel dommage. Giuseppe Botti, qui a élevé Sea of Class avec son frère Alduino, était ému aux larmes en regardant une nouvelle fois le replay de la course. « Quel dommage ! On a vraiment élevé une championne, c’est le point culminant de ma vie hippique. Je regrette un peu de l’avoir vendue et surtout que l’élevage italien ait été oublié par l’État. Nous savons encore faire des champions, et ensuite on doit les laisser partir… »

Et avec Dettori…  Le professionnel italien a aussi un autre regret : « Elle n’a pas été heureuse. Il est impossible de gagner l’Arc de Triomphe en revenant de la dernière position. Je pense qu’en échangeant les jockeys, Sea of Class aurait gagné. Cela dit, je ne la connais pas si bien que cela, et peut-être qu’il faut la monter comme ça. Mais avec un crack comme Lanfranco Dettori en selle… Sea of Class est exactement comme elle était yearling, petite et légère, mais quelle classe ! » Il ne faut pas avoir de regrets mais être fiers d’avoir fait naître et grandir une championne. C’est pour cette raison qu’Alessandro Botti, qui avait entraîné la mère, Holy Moon (Hernando), est parti tout seul pour faire une caresse à la princesse, quand tout le monde attendait le retour triomphal d’Enable.

Cloth of Stars : l’alchimie a pris. Remarquable deuxième de l’Arc l’an dernier, Cloth of Stars (Sea the Stars) avait laissé planer des doutes cette année. Ce cheval très délicat, qui peut très vite se mettre à tirer et compromettre ainsi ses chances, a trouvé la main qu'il lui fallait. Celle de Vincent Cheminaud, qui le monte le matin depuis longtemps, mais qui l’a piloté pour la première fois en course lors du Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1). C’est bien Cloth of Stars qui a terminé en tête de l’escadron Fabre, alors qu’il avait été battu par Waldgeist (Galileo) et Talismanic (Medaglia d’Oro) dans le Qatar Prix Foy (Gr2). Très émue, Lisa-Jane Graffard nous a dit : « Cloth of Stars court de première. J'ai cru à un moment qu'il allait venir gagner. C'est un super cheval ! Nous ne pouvions pas lui demander plus. Avant la course, j'ai dit que je ne l'échangerais pour rien au monde ! Nous sommes très fiers de sa course. Finir placé dans l'Arc, c'est génial. Il n'était pas écrit qu'il finirait devant Waldgeist, mais il a mis ses mauvaises performances derrière lui et a confirmé sa deuxième place de l'année dernière. Il était vraiment magnifique aujourd'hui et il était au top. Il a fait tout ce qu'on lui a demandé et il a placé une superbe accélération. Quant à Talismanic, il n'avait pas les ressources nécessaires pour aller avec les autres aujourd'hui. » Vincent Cheminaud a commenté : « Le cheval a été amené dans de superbes conditions. Je le connais depuis qu’il a 2ans et je l’ai très souvent travaillé le matin. De le retrouver l’après-midi, c’est un vrai plaisir, car on s’entend bien et il m’a toujours tout donné. J’ai monté mon cheval pour qu’il soit le plus relax possible. »

Waldgeist au pied du podium. Étincelant dans le Qatar Prix Foy comme il l’avait été dans le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1), Waldgeist (Galileo) était, sur le papier, la meilleure chance française. L’alezan n’a pas vraiment démérité, terminant quatrième, tout près de Cloth of Stars, mais les deux femelles étaient trop fortes pour lui. Son copropriétaire, Dietrich von Boetticher, nous a déclaré : « Il court bien, en finissant de belle manière, même s'il s'est retrouvé un peu coincé à l'intérieur. Avec un peu plus de place, il aurait pu améliorer son classement. Mais sa performance reste bonne. Le terrain était OK pour lui. C'est aussi une victoire de l'élevage allemand. Les huit premiers ont du sang allemand dans leur origine. Un jour ou l'autre, il va rentrer au haras, mais nous devons encore réfléchir aux différentes options. À l'avenir, je veux augmenter le nombre de poulinières dans mon élevage qui sont issues de la famille de Waldgeist. »

Capri, le meilleur Coolmore. Aidan O’Brien n’avait pas dans ses boxes des 3ans d’exception cette année, et son meilleur cheval dans l’Arc a finalement été un 4ans, Capri (Galileo). Vite bien placé, il a été très dur pour conserver la cinquième place. Il fait donc beaucoup mieux que dans la précédente édition, au cours de laquelle il avait été inexistant. Mathieu Legars, représentant des propriétaires de Capri, Hunting Horn (Camelot), Kew Gardens (Galileo) et Magical (Galileo), nous a dit : « Capri court très bien. En dernier lieu, il manquait de compétition. En fonction de sa récupération, il pourrait recourir dans les semaines à venir. Kew Gardens court bien, mais il aurait aimé plus de rythme car il a beaucoup de tenue. Lui aussi, en fonction de sa récupération, pourrait courir dans 15 jours en Angleterre. On peut penser que les deux vont rester à l'entraînement l'année prochaine. Nous sommes très contents de la performance d'Hunting Horn, mais il manqué d'un peu de vitesse pour finir. Il s'est battu jusqu'au bout. Magical finit bien. Il y a six descendants de Galileo dans les huit premiers. C'est exceptionnel. Et les huit premiers portent le sang d'Urban Sea. On n’a jamais vu cela. Coolmore a toujours fait le choix de la sélection par le Derby, et pour les grandes courses, c'est important. Nous faisons tout pour trouver un successeur à Galileo. Nous avons de grands espoirs en Camelot pour perpétuer la lignée de Montjeu, laquelle a toujours bien réussi dans l'Arc. »

 

LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Du départ à 1.000m : 1’29’’33

De 1.000m à 600m : 23’’13

De 600m à 400m : 12’’39

De 400m à 200m : 11’’88

De 200m à l’arrivée : 12’’51

Temps total : 2’29’’24