Le tour des haras - octobre 2018 - Haras de Maulepaire

Élevage / 19.10.2018

Le tour des haras - octobre 2018 - Haras de Maulepaire

Pierric Rouxel : « Le prix doit être en cohérence avec la qualité. C’est ce qui m’importe. »

Comme chaque année, les journalistes de JDG s’intéressent aux haras qui présenteront des yearlings en octobre chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé. Troisième épisode : Pierric Rouxel, le directeur du haras de Maulepaire.

Haras de Maulepaire et de la Chaussée

72460 Savigné-l’Évêque

Jour de Galop. - L’aspect de votre métier que vous préférez ? Et celui que vous appréciez le moins ?

Pierric Rouxel. - L’aspect que je préfère, c’est le fait de voir chaque année une nouvelle génération de poulains, avec toute la charge d’espoir que cela génère. Le renouvellement des générations va très vite, et cette projection dans l’avenir nous permet de ne pas nous voir vieillir !

Celui que j’aime le moins, c’est l’inquiétude, chaque matin, d’avoir un problème avec un cheval… C’est inhérent au fait de travailler avec la nature.

La qualité que vous appréciez le plus chez un cheval ? Et le défaut qui vous fait hésiter ?

Sans hésiter, le courage. Parce que, quelle que soit la qualité du cheval, c’est parce qu’il va mettre son cœur sur la piste qu’il va passer le poteau en tête. Le défaut que j’estime rédhibitoire ne concerne pas le physique, car on a vu des champions qui ne correspondaient pas à des canons de beauté ! En revanche, un cheval rétif, qui fait preuve de mauvais vouloir, parfois parce qu’il est trop intelligent, ne pourra pas gagner de courses. On ne le voit pas forcément dès le départ, car le caractère des chevaux évolue, et parfois des yearlings compliqués deviennent des chevaux tout à fait exploitables. Je pense que cela se transmet génétiquement.

Votre plus belle réussite aux ventes ?

Nous ne sommes pas un haras qui vise à faire des top prices millionnaires ! Je pense à Morgan le Faye (Shamardal), la fille de Molly Malone (Lomitas), que nous avions vendue, pour un client et l’intermédiaire du haras de Grandcamp, 350.000 €. Elle est devenue une très bonne jument de course, troisième du Prix du Cadran (Gr1) et ce prix est donc en cohérence avec sa qualité. C’est ce qui m’importe. Je me souviens aussi de la sœur de Vue Fantastique (Motivator), vendue 260.000 €. Son propriétaire m’avait demandé combien je pensais qu’elle allait faire et, quand je lui avais dit 200.000 €, il m’avait répondu que le soleil avait dû trop taper sur mon crâne dégarni !

Quel est l’aspect de la vente d’octobre que vous préférez ?

Pour cette vente, nous ne sommes pas obligés de pousser les yearlings dans leur préparation. À ce moment de l’année, ils ont naturellement besoin d’un peu de travail, d’être manipulés… Ils évoluent physiquement et mentalement de façon naturelle. C’est vraiment le bon timing.

Quelle est, selon vous, la spécificité de votre préparation aux ventes ? Votre patte personnelle ou la chose la plus importante à vos yeux ?

Nous n’avons rien inventé, mais, chez nous, les yearlings marchent en main. Nous avons un marcheur, mais les yearlings n’y vont pas ! Il est important qu’ils apprennent à marcher à côté de l’homme, et cela permet aussi qu’ils commencent à se faire la bouche. Enfin, on garde le rythme normal d’un poulain jusqu’à la veille de la vente, c’est-à-dire que les poulains marchent et sont pansés le matin, puis vont au pré l’après-midi.

Qui auriez-vous aimé être, si vous n’aviez été vous ?

Un grand homme d’État qui a traversé la royauté, l’Empire et la Révolution, mais qui, avant tout, était un immense patriote, et un homme de devoir et de fidélité. Cela étant dit, je suis content d’être qui je suis !

"Je ne serais pas arrivé là, si…" (décrivez l’événement décisif ou un événement décisif dans votre réussite)

Je pense que je ne serais pas arrivé là si Mme Couturié ne m’avait pas envoyé à l’Irish National Stud. Non seulement cela m’a permis de m’ouvrir à l’international, mais cela m’a aussi permis d’être formé par Michael Osborne, un très grand monsieur, qui nous a ensuite toujours suivis et donné un coup de pouce quand c’était nécessaire.

Le lieu où vous vous sentez le mieux ? Et celui qui vous oppresse le plus ?

Je me sens bien chez moi, parce que j’ai besoin de grands espaces ! Je ne me sens pas bien dans les lieux où il y a de la souffrance humaine, comme les hôpitaux.

L’odeur que vous préférez ? Et celle qui vous fait horreur ? 

C’est une odeur d’enfance, celle de la lande de l’île d’Houat. L’ail et le fenouil sauvage, les joncs, le sable chaud : c’est une odeur extraordinaire ! Je déteste l’odeur des cheminées des usines d’équarrissage, qui me fait penser à tellement d’horreur. C’est une odeur qui imprègne chaque pore de votre peau.

À l’école, la matière que vous préfériez ? Et celle que vous haïssiez ?

J’étais plus littéraire que scientifique ! J’aimais le français et les cours de théâtre, et je détestais les mathématiques !

 

LES YEARLINGS DE LA VENTE OCTOBRE

Lot            Sexe                     Père                         Mère

295           M                         Prince Gibraltar          Sizal

433           F                          Manduro                   Garmerita

466           F                          Rio de la Plata           Isla Vista