Luca Cumani va devenir éleveur... à temps plein

International / 22.10.2018

Luca Cumani va devenir éleveur... à temps plein

Le garçon prodige tire sa révérence, après 43 saisons passées dans la colonne "entraîneur" des programmes. Luca Cumani a annoncé qu’il arrêterait le métier à la fin du mois de décembre. Mais il restera actif, avec sa femme Sara, au sein de l’élevage familial – Fittocks Stud – qu’ils ont bâti et amélioré année après année. Le professionnel, milanais de naissance, est âgé de

69 ans. Il a déclaré : « Le temps n’attends personne. J’ai décidé que le bon moment pour quitter le métier était arrivé, même s’il s’agit plus d’un changement de direction que d’un véritable départ. » L’écurie de Bedford House, achetée en 1976, sera mise en vente début 2019. En effet, son fils Matteo a posé ses valises en Australie, où il a trouvé des chevaux à entraîner, mais également une épouse et un secteur économique des courses en pleine croissance. Au mois d’août à Deauville, Luca Cumani m’avait confié : « Nous sommes trop vieux pour une telle aventure, mais cela en vaudrait pourtant la peine. L’avenir des courses, c’est là-bas. »

Par Franco Raimondi

Le milanais de Newmarket. Luca Cumani est un pur produit du milieu des courses milanais. Dans sa jeunesse, il hésité pendant quelque temps entre les études de médecine et les courses. Mais il a finalement inscrit ses pas dans ceux de son père, Sergio, l’homme qui a révolutionné l’entraînement en Italie. Le pays, qui était alors en pleine expansion, était trop petit pour deux Cumani. Si bien que Luca, après avoir fait ses classes chez son père puis effectué deux stages d’été en Angleterre, est parti pour Newmarket. Il est alors devenu l’assistant d’un autre entraîneur qui a profondément changé le galop : Henry Cecil.

Première victoire dans un Groupe. Le garçon prodige a pris sa licence en 1976 et, avec son premier partant, Three Legs (Petingo) il a décroché un premier succès dans un Groupe, les Duke of York Stakes. C’était bel et bien parti, même si, pour un Italien, s’imposer dans le galop anglais des années 1970 n’était pas évident. Il a néanmoins bénéficié de l’aide et du soutien de plusieurs propriétaires italiens qui souhaitaient investir en Angleterre. Et les succès ont généré d’autres succès. L’étiquette "entraîneur des italiens" n’aurait pas été suffisante à Luca Cumani pour aller loin à cette époque-là, qui correspondait aux premiers investissements des propriétaires arabes.

La découverte de l’Amérique et deux Derby winners. En bon Milanais, Luca Cumani a toujours marché avec une certaine avance sur son temps. Il n’était encore qu’un jeune entraîneur de 34 ans en 1983, quand il a envoyé son Tolomeo (Lypheor) aux États-Unis pour remporter l’Arlington Million. Et l’année suivante, il a gagné le St Leger avec Commanche Run (Run the Gantlet), qui appartenait à son confrère Ivan Allan, grand entraîneur de Hongkong. Cumani a gagné son premier Derby en 1988 avec Kahyasi (Île de Bourbon), pour la casaque de Son Altesse l’Aga Khan, et il a récidivé dix ans plus tard avec High-Rise (High Estate), lequel était monté par un jockey français, Olivier Peslier.

Des Grs1 dans onze pays différents. Il y a trois ans, un jour d’été, il était heureux comme un gamin quand Second Step (Dalakhani) a gagné le Grosser Preis von Berlin (Gr1). Cette victoire lui permettait d’ajouter l’Allemagne à la liste des dix pays où ses chevaux ont gagné au niveau Gr1. Il fut l’un des premiers à découvrir le Carnaval à Dubaï et le Japon, et il a vite compris qu’avec un bon cheval de handicap, il était possible de gagner la Melbourne Cup. Néanmoins, il lui reste quelques regrets car il est passé à côté d’un succès dans la grande course australienne. C’est avec Postponed (Dubawi) qu’il a remporté son dernier Gr1 en Angleterre, les King George VI and Queen Elizabeth Stakes, en 2015. Il l’a perdu quelques semaines après suite à un désaccord profond avec son propriétaire. Cumani a entraîné des champions comme Falbrav (Fairy King) et il a transformé en champions des bons chevaux comme Alkaased (Kingmambo), lequel a remporté la Japan Cup.

Un meneur d’hommes. La méthode Cumani était plutôt classique, il donnait du temps aux chevaux et les faisait durer. C’était plus un entraîneur pour l’Ebor meeting que pour le Craven. Très fin analyste de courses, il a formé des jockeys – dont Lanfranco Dettori – et des entraîneurs. Cumani ne s’est jamais pris pour un magicien. L’élevage à temps plein est une finalité logique à son parcours : il a façonné sa jumenterie et développé des souches avec le label "Fittocks". Non sans ironie, il aimait plaisanter, avec son épouse, de la réussite supérieure de Fittocks Stud sur celle de Bedford House, c’est-à-dire l’écurie de course. Cumani est déjà éleveur classique avec un cheval au nom évocateur : Milan (Sadler’s Wells).