Patrice, Jacques, Thierry et les autres

Courses / 15.10.2018

Patrice, Jacques, Thierry et les autres

Par Adeline Gombaud

Il a tout juste 30 ans et vient de gagner son premier Groupe à Auteuil. Patrice Détré, dentiste de métier, n’est pas que le fils de son père, même s’il en est le portrait craché – au moins par l’intensité avec laquelle ils vivent leur passion commune !

Ce lundi matin, Patrice Détré a encore la voix éraillée des lendemains de fête. Le jeune trentenaire a poussé sa protégée Eludy (Saddler Maker) dans la phase finale du Prix Orcada (Gr3). Pour la première fois, sa casaque passait le poteau en tête dans une épreuve de Groupe… Une casaque rayée gris et grenat, comme celle de son père, mais avec une toque noire, la marque de l’amateurisme. Un parfait résumé de la philosophie du jeune homme : « J’ai pris mes couleurs durant la dernière année où j’ai monté en course en tant que gentleman. C’était un moyen de rester impliqué dans les courses, même sans monter. J’ai vécu mes meilleures années comme gentleman et il m’était inconcevable de m’éloigner des courses en arrêtant ma carrière d’amateur… » Une réponse qui peut surprendre, car Patrice est le fils de l’un des propriétaires français les plus influents, Jacques Détré, et il aurait pu continuer à vivre sa passion dans les pas de son père… « C’était aussi une façon d’exister dans ce milieu à part entière, pas seulement comme le fils de mon père. Et puis, à cette période, j’avais pas mal d’amis qui se sont lancés comme entraîneurs, comme Augustin de Boisbrunet, puis Hector de Lageneste, David Cottin et, tout récemment, Édouard Montfort. Je voulais les soutenir en leur confiant des chevaux. C’était mon souhait, et c’était plus facile de le faire avec mes propres chevaux, plutôt que de convaincre mon père… »

Main dans la main. La situation a depuis un peu évolué. Désormais, Patrice marche main dans la main avec son père. « Tout seul, je n’aurais pas pu avoir accès à des chevaux avec suffisamment de qualité pour gagner des Groupes, comme Eludy par exemple. Mon père a plus de trente-cinq ans d’expérience dans les chevaux. Je bénéficie de son œil, de son réseau, de sa gestion de ses effectifs… Si bien que désormais, quand j’investis dans un cheval, c’est obligatoirement avec lui ! L’objectif est de réussir à avoir un petit pourcentage dans chaque cheval, pour pouvoir vivre des moments comme celui d’hier et ne pas passer à côté du champion. Pour la première fois cette année, il m’a fait confiance pour choisir des poulains. Bien sûr, je n’ai pas un œil aussi aguerri que le sien, mais j’apprends ! Nous nous répartissons les tâches pour aller voir les chevaux à l’entraînement, nous nous échangeons nos comptes rendus… Nos chevaux sont principalement répartis entre François Nicolle et Donatien de Beauregard. Nous en avons aussi chez Guillaume Macaire et Thomas Fourcy, que nous avons connu alors qu’il était apprenti ! »

Guillaume Macaire, le maître à penser. La famille Détré est très attachée à Royan, où elle passe toutes ses vacances, mais La Palmyre, et plus précisément l’écurie de Guillaume Macaire, est bien plus qu’une madeleine de Proust pour Patrice. « Nous sommes quatre frères et sœurs mais j’étais le seul à suivre mon père dans les écuries le matin, dès l’âge de 6 ans. J’ai une foule de souvenirs de gosse chez Guillaume Macaire, où j’ai fait les 400 coups… Je me souviens d’avoir vidé, avec l’un des fils Gabeur, les silos d’avoine car je voulais donner à manger aux chevaux… Plus tard, c’est Guillaume Macaire qui m’a appris à monter à cheval et j’y passais toutes mes vacances, hiver compris ! Guillaume Macaire est vraiment mon maître à penser. Il m’a appris beaucoup de choses. C’est lui qui m’a parrainé pour l’obtention de ma licence d’amateur, quand il a estimé que j’avais le niveau. Encore aujourd’hui, quand je vais chez lui, cela va au-delà du simple fait de regarder des chevaux… »

Le cheval, à chaque instant. Si Guillaume Macaire lui a appris les bases de l’équitation de course, c’est Philippe Cottin qui lui a enseigné l’art de monter en course. Un art qu’il a pratiqué pendant ses années d’étudiant, en plat comme en obstacle, et qui a véritablement façonné sa passion. « Mes années de gentleman ont vraiment été des années de pur plaisir. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui je fais partie du bureau du Club des gentlemen-riders et des cavalières. Outre l’atavisme familial, je pense que mon expérience de gentleman a vraiment joué dans ma volonté de prendre mes couleurs. Comme mon père, je ne conçois pas ma vie sans chevaux. L’an dernier, j’ai calculé avoir parcouru 45.000 km pour aller voir des chevaux ! Quand je ne travaille pas, je pense aux chevaux tout le temps. C’est une obsession. Mes deux frères et ma sœur sont aussi mordus. Un jour, leur nom apparaîtra dans les programmes ; c’est une question de temps. Parce que les chevaux, chez nous, c’est vraiment une affaire de famille. J’essaie aussi d’intéresser mes amis qui sont néophytes. Je leur fais découvrir l’entraînement le matin, les courses l’après-midi. Oui, je considère que c’est une forme de devoir que de faire connaître notre milieu. »

La casaque de Patrice Détré s’est aussi illustrée en plat, par l’intermédiaire de Byron Bay (Showcasing) notamment, et il a plusieurs galopeurs en association chez Yan Durepaire, mais, pour le moment, le jeune dentiste préfère se consacrer à l’obstacle. « Le plat, c’est beaucoup plus difficile. Il faut plus de moyens. Ce que j’aime dans l’obstacle, c’est que l’on peut façonner un champion. Avec Eludy, par exemple, un gros travail a été effectué car la pouliche n’était pas simple du tout. On peut être surpris par la marge de progression d’un cheval d’obstacle. En plat, c’est moins souvent le cas. »