Sur l’herbe verte de l’hippodrome - Une passionnante enquête sur les courses à découvrir en librairie - Épisode 4/6

Courses / 11.10.2018

Sur l’herbe verte de l’hippodrome - Une passionnante enquête sur les courses à découvrir en librairie - Épisode 4/6

Nous pleurons parfois sur le fait que les artistes et les intellectuels ne s’intéressent plus aux courses. Et pourtant… Après les Homéric et les Donner, voici Olivier Villepreux. L’écrivain livre une photographie saisissante de notre univers, ponctuée de quelques fulgurances de grand talent.

Entre le 9 et le 14 octobre, JDG vous en offre six extraits pour mettre l’eau à la bouche. Courez acheter ce livre qui se lit comme un roman : vous n’allez pas le regretter !

Aujourd’hui, épisode 4/6 :

La mondialisation en questions

« La mondialisation récente du marché du cheval de course, rendue aussi possible par l’amélioration des moyens de transport, fait ainsi peser le risque d’une forte concentration à la pointe de la pyramide. Même si de nouveaux acteurs de moindre envergure pointent leur museau. L’Australie, pays neuf, de culture rurale, qui possède une tradition de courses, s’est récemment retrouvée moins éloignée des marchés européens. « Le Japon achète des bonnes pouliches, de la génétique sortant de l’entraînement en Europe, pour les porter sur leur marché, qui est un peu fermé. » Les Japonais vont également tenter des croisements originaux sur tout le continent américain. Il y a aussi le marché de Hongkong, un pays qui consomme, mais ne produit pas. « Ils achètent beaucoup pour une industrie du jeu qui est extrêmement bien réglée, étanche, surveillée. Pourquoi ? Parce qu’en Asie, la corruption est un risque. On l’a vu sur d’autres paris sportifs. À Hongkong, les courses sont gérées d’une main de fer, d’une façon un peu dictatoriale, avec une véritable police intérieure, et des règles strictes. » Et, enfin, la Chine. « Aujourd’hui, il n’y a rien, puisque les jeux sont interdits. Mais l’intérêt est là, attisé par Hongkong ou l’Australie qui est plus proche. Il existe avec l’Australie des liens économiques forts, et il n’y a pas de décalage horaire. » Des exilés chinois ont investi dans des économies capitalistes. En Europe, les investissements chinois sont le fait d’un jeu à trois bandes avec l’Australie. Comme dans d’autres sports, rien n’empêche des Chinois d’élever ou de faire courir en France à condition de respecter les règles en vigueur. Le marché intérieur chinois est attrayant, mais pas ouvert (il l’est en revanche pour l’équitation), et chacun cherche à se placer pour être présent le jour J. Enfin, l’élevage se développe également en Afrique du Sud.

La globalisation est donc le résultat conjugué de plusieurs évolutions : un rétrécissement du nombre de riches éleveurs-propriétaires individuels et amateurs en Europe, la constitution d’élevages transformés en sociétés commerciales cherchant à rentabiliser leurs investissements en ne se contentant plus uniquement de faire courir leurs chevaux, des facilités de transport qui favorisent la multiplication des saillies et donc des rentrées d’argent, le progrès technologique permettant de communiquer rapidement, des marchés émergents et une réglementation des courses qui devrait lentement s’harmoniser. Les courses ne possèdent pas d’institution internationale aux pouvoirs équivalents à ceux de la Fédération équestre internationale (FEI) ou de la Fifa pour le football.

Pour Éric Hoyeau, cette multiplicité des débouchés et des approches des courses rend son travail plus intéressant. « Le meilleur moyen de conserver notre terroir est de valoriser ce qu’il y a à l’intérieur. Même si, en France, nous n’avons pas forcément les capitaux et si nous sommes un peu frileux commercialement parlant, le fait de posséder un savoir-faire fait tourner le business. Si les bons œnologues français sont partis travailler à l’étranger, ils ont apporté au marché global la culture du vin. Si un Chinois a commencé par boire du vin australien, il appréciera d’autant mieux le vin français, il ira à l’original. »

Les achats de chevaux, eux, se font donc essentiellement aux enchères. En 2017, le montant des ventes a grimpé à 151 millions d’euros pour le galop et le trot réunis. À lui seul, le galop avoisine les 136 millions. Mais les records de vente claironnés après chaque session ne sont qu’un aspect spectaculaire de la chose, tant il y a des chevaux pour toutes les bourses. Aujourd’hui, par ailleurs, nul ne sait si la réforme de l’I.S.F. votée en 2018 sous la présidence d’Emmanuel Macron aura quelque effet sur l’envie des Français de posséder un cheval de course. »