À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES P.P. - Janvier 2019, un mois capital pour l’avenir des courses

Courses / 12.11.2018

À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES P.P. - Janvier 2019, un mois capital pour l’avenir des courses

Forte de ses 700 adhérents, l’association les P.P. – Province Paris pour le galop français – organisait ce dimanche à Auteuil son Assemblée générale. Pendant plus de deux heures, les grands dossiers qui animent la filière hippique ont été commentés, avant de faire place à des débats nourris.

Hubert Tassin, le président de l’association, a longuement exposé le point de vue des P.P. sur les difficultés actuelles de la filière française : « Notre association se distingue par sa capacité à résister à la pensée unique. La situation est actuellement très paradoxale. D’un côté, le modèle français reste exceptionnel. C’est le meilleur au monde et il est basé sur son caractère associatif, coopératif et mutuel. Nos allocations représentent le double de celles de Grande-Bretagne, cinq fois celles de l’Italie, vingt fois celles de l’Allemagne… Mais aussi le tiers de celles des États-Unis et 46 % de celles du Japon. Par rapport à son poids économique, la France distribue donc des allocations plus élevées que tous ces pays, en sachant qu’au Japon, la fiscalité sur les enjeux est de 4 % quand elle est de 10 % en France. De même, le PMU peut compter sur 20,7 milliards d’euros par an avant imposition. À titre de comparaison, Casino fait 38 milliards de chiffre d’affaires, pour un résultat net avant impôt inférieur à un milliard. Enfin, notre assise nationale est forte avec de nombreux hippodromes et passionnés à travers le territoire. »

Un contexte macroéconomique défavorable. « Mais dans le même temps, nous avons une tendance médiocre. Elle est forcément liée à la conjoncture. Le PMU a plusieurs déterminants macroéconomiques dont l’inflation, le pouvoir d’achat et le chômage. Depuis 2011, ces trois indicateurs ne nous facilitent pas la tâche. L’exception vient de l’année 2017 où la croissance a influé positivement sur les chiffres du PMU. En outre, partout dans le monde, quand on ouvre le marché aux paris sportifs, les paris hippiques en subissent les conséquences. Et cette tendance négative n’est pas terminée. C’est structurel. Le football ne peut que continuer à progresser. L’augmentation de l’offre et les grands parieurs internationaux ont permis de masquer l’érosion de la clientèle des paris hippiques. Mais on peut difficilement se passer d’eux car ces G.P.I. représentent 10 % des enjeux. Dans le même temps, le réseau est vieillissant, ce qui est un problème central car la marge vient des jeux dans les points de vente. Internet n’est pas un succès pour les paris, qu’ils soient sportifs ou hippiques, et même pour les jeux de hasard. Ce système ne produit pas ce que l’on imaginait. Nous appelons à la mise en place d’une politique des jeux pour obtenir plus d’équité, sur la fiscalité et sur le niveau de rémunération des points de vente, notamment concernant la différence entre la Française des Jeux et le PMU. »

Janvier 2019, le mois de tous les dangers. « Les sociétés-mères et le PMU ont lancé un projet de rapprochement de beaucoup de leurs services. L’idée est d’économiser une centaine de millions d’euros car ce plan d’économie serait plus efficace dans cette nouvelle organisation. Pour renouer avec la croissance, le PMU fait le pari d’un recentrage sur sa clientèle fidèle. Cela passe par une réduction de l’offre, d’où une augmentation du temps entre les courses. Il y aura à présent 18 minutes entre les courses. C’est très long et cela implique une profonde réforme de la charte éditoriale d’Equidia. C’est un risque car les gens peuvent s’ennuyer dans les points courses. Ce seront avant tout les courses étrangères qui seront affectées. Reste à savoir si la personne qui joue le dimanche soir modifiera le programme de son week-end pour parier plus tôt dans la journée. C’est possible mais ce n’est pas certain. Le PMU a pour objectif, avec une diminution de 18 % de l’offre, de limiter la casse et de n’avoir que 3 % de baisse des enjeux. Je suis extrêmement inquiet car le risque est réel de passer du recentrage au repli sur soi-même. Le mois de janvier 2019 sera d’autant plus périlleux qu’il coïncide avec le lancement du prélèvement à la source qui, lui aussi, peut avoir un effet sur la consommation. Il faudra faire un premier point au premier trimestre de la nouvelle organisation. Enfin, la réforme du Quinté doit aussi voir le jour en janvier, en réduisant les bonus et prélèvements tirelires. On propose donc un jeu pour les vrais turfistes. Mécaniquement, les rapports doivent devenir plus attractifs, en espérant avoir un impact sur le chiffre d’affaires. Enfin le PMU veut améliorer l’image des paris hippiques, en restaurant une émission le dimanche après-midi sur la première chaîne de la télévision. C’est une très bonne chose de revenir sur un tel canal mais il n’est pas certain que cela soit la meilleure manière de changer l’image des courses et des paris. Cette prise de parole à la télévision doit vraiment être axée sur le jeu, et pas uniquement le cheval. On peut espérer que l’expérience de Cyril Linette et Bertrand Méheut, qui connaissent bien les médias et la télévision, nous sera utile. »

L’avenir des courses passe par le pari hippique. « Les discussions avec l’État ont avancé et les sociétés-mères ont présenté leur projet de structure commune, avec des économies à la clé. En attendant, en 2019, nous n’aurons pas de quoi boucler le budget. Il faut donc espérer que l’État fasse un geste. Pendant cette année très compliquée, les trotteurs vont baisser leurs allocations de 39 millions d’euros. Or le rapprochement des services des différentes sociétés-mères est un dossier difficile et coûteux. Il faudra du temps avant d’en tirer des économies. En sachant que le cash que nous avons mis dans ParisLongchamp… nous ne l’avons plus ! Nous avons donc besoin d’un financement pour mener à bien la réforme, tout en maintenant les allocations. Dans ce contexte difficile, Édouard de Rothschild a déclaré au Comité de France Galop ne pas vouloir baisser à nouveau les allocations. Mais plus que jamais, il faut se sortir de l’idée que le pari hippique ne financera pas les courses dans l’avenir. Le cas échéant, nous irons vers des courses allemandes. Il faut refuser l’auto-flagellation et le défaitisme, en disant que tout va mal. Car en réalité tout va trop bien. Une entité qui gagne 1,9 milliard avant imports n’est pas en cessation de paiements. Défendre le modèle français, ce n’est pas faire de l’immobilisme. Au contraire. C’est bâtir sur des bases solides. »

En fin de réunion, Baudouin de La Motte Saint-Pierre, vice-président de l’Association P.P., a réaffirmé la nécessité de rétablir la prime aux chevaux d’âge. De même Jean d’Indy, membre du comité des P.P. et vice-président de France Galop, a affirmé qu’Édouard de Rothschild avait clairement et activement affiché son soutien envers la discipline de l’obstacle.