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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Bernard Cyprès n’est plus

Élevage / 19.11.2018

Bernard Cyprès n’est plus

C’est un grand nom de l’élevage français qui s’est éteint, lundi matin, dans sa 87e année. Le monde de l’obstacle en général, et de l’AQPS en particulier, doit beaucoup à Bernard Cyprès, père de Michèle, Jacques et Thierry. Ce dernier, très ému, résume en quelques mots l’importance du patriarche dans la réussite de l’élevage familial : « Mon père, c’était toute ma vie. C’était mon maître, celui qui m’a tout appris, et les victoires des chevaux "Cyprès" ont eu lieu grâce à lui. Notre réussite, c’est la sienne. Il a surtout su transmettre sa passion à ses enfants et à ses huit petits-enfants. C’était un homme d’exception, à tout point de vue. » Jusqu’au bout, Bernard Cyprès a suivi les courses. Thierry Cyprès se souvient : « Le lundi suivant les 48 h de l’obstacle, où son héritage a brillé via Bipolaire, Eludy ou Floridée, il pleurait de joie. J’étais fier d’avoir pu lui rendre tout ce qu’il m’a transmis. C’était un vrai homme de cheval. Il était respecté et écouté, notamment à l’époque des Haras nationaux, quand il donnait son avis sur l’arrivée de tel ou tel étalon… »

Bernard Cyprès était le fils de Pierre Cyprès, par qui tout a commencé. Jacques Cyprès raconte : « Mon grand-père a eu sa première jument en 1929. Mon père est revenu à Montigny-sur-Canne, dans la ferme qui est aujourd’hui celle de mon frère, en 1962. Auparavant, il avait été entraîneur durant quelques années à Moulins. Il est né avec les chevaux… Il élevait aussi des bovins, parce qu’il fallait le faire, mais sa passion, c’étaient les chevaux. Ses couleurs ont brillé pour la première fois à Auteuil avec Tahiti, une fille d’Anabella II, qui a aussi gagné le premier Prix Jacques de Vienne. C’est de cette jument que descendent Cumberland, Embiez… Je me souviens aussi de Vent du Nord, qui a gagné le Grand Steeple de Craon, une victoire qui comptait à l’époque. Bien sûr, plus près de nous, il y a eu Nupsala, Ucello II, Tivoli… Nupsala a vraiment eu une importance considérable dans l’élevage et le commerce des AQPS. Sans sa victoire dans les King George, les Anglais ne se seraient pas intéressés aux AQPS et aux sauteurs français en général. D’ailleurs, à l’époque, nous ne nous rendions pas vraiment compte de l’importance de cette victoire. C’est beaucoup plus tard que nous avons réalisé… »

La transmission, sa plus grande réussite. Bernard Cyprès a travaillé avec des grands noms des courses, les Robert Fougedoire, François Doumen, la marquise de Moratalla. Et même André Fabre. Jacques Cyprès rappelle : « André Fabre a gagné l’une de ses premières courses comme gentleman avec Upsala III. Plus tard, il a entraîné Ginetta II ou encore Lady Royale. André Fabre aimait beaucoup mon père, et il venait souvent prendre le petit-déjeuner à la maison… » Bernard Cyprès a reçu le Cheval d’or à trois reprises, en 1992, 1993 et 1994. Il a offert une jument à chacun de ses enfants pour leurs 20 ans, puis, quand il a cessé d’élever, il y a une dizaine d’années, il a réparti ses juments entre les trois. Sa plus grande réussite est certainement d’avoir réussi à transmettre cette passion, si bien que les souches Cyprès sont toujours aussi présentes actuellement, et comme le rappellent ses fils : « Ses huit petits-enfants, qui étaient sa joie de vivre, sont eux aussi mordus. Il a eu la vie dont peut rêver tout éleveur. Il a eu aussi le grand bonheur de voir ses couleurs à Cheltenham, via Uddy. » Ses couleurs ont été reprises par l’un de ses petits-fils, Thibault Juhen. Michèle Juhen Cyprès confie : « Cette continuité, c’est important. Il a su construire les bases, à nous de faire ce qu’il faut pour que cela perdure… C’est une page qui se tourne, mais que nous allons continuer à écrire. Mon père était un pilier, et ce matin, on réalise tout ce qu’il nous a laissé… Tout à l’heure, j’ai eu besoin d’aller voir mes poulains pour me sentir encore près de lui. Car toutes mes juments sont issues de ses souches. Les chevaux, c’était sa vie, et si l’on pouvait emmener des chevaux à son enterrement, on le ferait… Il n’a pas seulement construit son élevage, mais il a aussi influencé tout l’élevage des AQPS du Centre-Est, par le biais de la commission des étalons des Haras nationaux, et de l’arrivée dans notre région de reproducteurs comme Vidéo Rock, Laniste, Quart de Vin. Je dois aussi dire que c’est lui qui m’a mise à cheval et à qui je dois ma carrière de cavalière. » Bernard Cyprès a siégé au Comité de France Galop, a longtemps présidé l’Association des éleveurs d’AQPS de la Nièvre, et a aussi été maire de sa commune pendant de nombreuses années.

Les obsèques de Bernard Cyprès seront célébrées en l’église de Montigny-sur-Canne (58), jeudi 22 novembre, à 14 h.

Jour de Galop présente ses sincères condoléances à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits enfants.