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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Christophe Dubourg : « Nous sommes très fiers de nos enfants »

Élevage / 08.11.2018

Christophe Dubourg : « Nous sommes très fiers de nos enfants »

Ancien jockey d’obstacle installé entraîneur depuis 2008, Christophe Dubourg a transmis sa passion du cheval à ses quatre enfants, Kilian, Pierre, Baptiste et Earine. Les trois premiers sont devenus jockeys à leur tour et la petite dernière fait ses armes dans les courses de poneys. Leur père s’est confié au sujet de cette dynastie actuellement en grande forme.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Votre famille a vécu une semaine intense, entre le premier Gr1 de Pierre, votre premier coup de trois, les deux premières victoires de Baptiste… Comment vivez-vous tous ces événements ?

Christophe Dubourg. – Nous les vivons très bien, ça ne change rien à notre vie ! Ma femme et moi sommes très fiers de nos enfants. Nous sommes très contents pour Pierre. Remporter un Gr1 à son âge, ce n’est pas rien. Bien sûr, il avait le cheval pour gagner, mais il faut aussi savoir ne pas perdre les courses et il n’a rien fait de mal. Mon grand regret, c’est qu’il ait été battu dans le Grand Cross de Craon (L) l’année dernière [Pierre a terminé deuxième avec Vire à Gauche (Denham Red), ndlr], sinon il serait devenu le plus jeune jockey à l’avoir gagné ! Pour le coup, il serait vraiment entré dans l’histoire.

Vous qui avez été jockey, cela doit être particulier d’avoir trois enfants qui montent en obstacle ?

C’est un peu stressant car on a toujours peur de la chute. Une fois, Kilian était tombé à Toulouse, nous étions devant la télé et j’ai eu très peur. Mais nous sommes surtout stressés car  nous voulons que nos fils fassent bien les choses. Néanmoins, je suis habitué et ma femme le vit plutôt bien aussi.

Votre fils aîné, Kilian, a toujours voulu devenir jockey. En revanche, Pierre et Baptiste ne souhaitaient pas embrasser cette voie au départ. Qu’est-ce qui leur a fait changer d’avis ?

Kilian a toujours eu ça dans le sang. Les jumeaux aimaient bien les chevaux, mais pas plus que ça. Je ne sais pas vraiment ce qui les a décidés… Pierre a décidé de devenir jockey avant Baptiste, et ce dernier a fini par le suivre. J’ai été vraiment surpris quand les jumeaux nous l’ont annoncé.

Kilian et Pierre ont fait leurs armes dans les rangs des amateurs avant d’obtenir une licence professionnelle. Pourquoi Baptiste n’a-t-il pas suivi le même chemin ?

Nous voulions d’abord que Baptiste prenne une licence de gentleman-rider, car cela aurait été plus facile pour lui. Chez les amateurs, ils se connaissent tous entre eux, ils sont tous copains et il y a une super ambiance. Mais Baptiste est salarié à la maison depuis un an, donc emprunter cette voie n’était pas possible. Malgré tout, même s’il a pris une licence de jockey directement, il se considère comme un amateur et c’est ainsi que je le vois aussi.

Kilian travaille chez Guillaume Macaire, tandis que Pierre est au service d’Arnaud Chaillé-Chaillé. Est-ce vous qui leur avez conseillé d’aller à Royan ?

Non, ils ont fait ce choix eux-mêmes. Kilian allait chez Guillaume Macaire pendant un mois, l’été, tous les ans, depuis ses 15 ans. Il a toujours voulu aller travailler là-bas, il aime la rigueur qui y règne. Quant à Pierre, il y a aussi fait un stage, ainsi que chez Augustin Adeline de Boisbrunet et Arnaud Chaillé-Chaillé, avant d’être embauché chez ce dernier il y a un peu plus d’un an.

Vos trois fils semblent très flegmatiques, très posés. Est-ce vous qui leur avez enseigné cela ?

Ils doivent tenir ça de leur mère ! Elle est très calme, posée et réfléchie. Sachant que c’est un métier très dur, nous sommes là pour leur remonter le moral. Pour monter à cheval, il faut être calme, à l’image d’un Jonathan Plouganou. Lorsque Pierre a remporté le Prix Cambacérès (Gr1), il ne s’est pas montré très expansif car c’était normal pour lui de gagner, vu qu’il avait le cheval pour et qu’il était favori. Il m’a surpris par sa sérénité, c’est sa grande force. Il a fait tout ce qu’il fallait faire.

Votre fille, Earine, monte en course de poneys. Souhaite t-elle devenir jockey elle aussi ? Si oui, que lui direz-vous ?

Earine adore les chevaux, mais elle ne parle pas encore de son avenir. Elle n’a que 13 ans et elle a le temps. Elle prendra peut-être sa licence de cavalière, mais elle va poursuivre l’école comme ses frères. En revanche, je la dissuaderai de monter en obstacle. C’est compliqué, pour une fille. Je tire mon chapeau aux femmes qui montent en obstacle, mais c’est très dur.

Vous avez appris à vos enfants à monter à cheval. Quelle est la chose la plus importante que vous leur ayez enseignée ? Et quelles sont leurs principales qualités, selon vous ?

Le plus important, c’est d’essayer de comprendre le cheval. Je fais beaucoup de débourrage et de préentraînement, et dès qu’on s’occupe d’un poulain, on peut deviner comment il est au bout de trois jours. Chaque cheval a son caractère et il faut faire avec. Et surtout, il faut être patient et détendu à cheval. Baptiste n’a pas encore assez de métier pour que je puisse détacher une qualité en particulier, mais Kilian et Pierre sont estimés et travaillent correctement. Ils ne sont pas maladroits ; ils montent différemment mais savent s’adapter aux chevaux.

Passons à vous. Vous êtes non seulement propriétaire-entraîneur, mais aussi éleveur. Combien de poulinières possédez-vous ? Qu’est-ce qui vous passionne dans l’élevage ?

Nous n’avons que deux poulinières, c’est avant tout pour se faire plaisir. Nous élevons nos poulains dans notre petite ferme près d’Angers. Nous avons tout bâti nous-mêmes et les enfants nous ont aidés. C’est plus par sentiment que je fais de l’élevage. Quand je me suis marié, on m’a donné une poulinière et j’ai commencé ainsi. Nous ne faisons pas du tout de commerce. J’exploite les poulains moi-même et je n’ai pas la prétention de devenir un grand éleveur. J’ai quand même élevé de bons chevaux de cross comme Cename Red (Denham Red), qui vient de gagner à Fontainebleau, ou Vire à Gauche, qui compte presque 100.000 € de gains. Celui-là n’était pas facile, il a toujours eu de la qualité mais il était très compliqué.

Djazzman est l’actuel fer de lance de votre écurie. Il n’a couru qu’à dix reprises et vient de conclure troisième du Prix Fondeur (L). Comment est-il arrivé chez vous et quels espoirs placez-vous en lui ?

J’ai repéré Djazzman (Spanish Moon) lorsqu’il était poulain, chez Jean-Baptiste Bossuet, que je connais depuis longtemps puisqu’il était le propriétaire d’Iclan de Molières (Chef de Clan), avec qui j’ai gagné deux fois le Grand Cross de Craon. Je lui ai proposé de prendre le cheval en location. Il ne payait pas de mine, mais je voyais qu’il avait quelque chose en lui. De plus, je connaissais sa mère, avec laquelle j’avais gagné trois courses en cross. Djazzman était un gentil poulain, il faisait tout ce que je lui demandais de faire. Il a fallu un an et demi de travail avant qu’il puisse débuter, car il n’était pas venu. J’étais persuadé qu’il gagnerait à Auteuil cette année et je ne me suis pas trompé ! C’est un bon cheval, et si tout va bien, il suivra la filière des gros handicaps l’année prochaine, comme le Prix Lutteur III (L) et le Prix du Président de la République (Gr3).

Cela fait désormais dix ans que vous êtes entraîneur. Quel bilan tirez-vous de cette décennie et quelles sont vos attentes dans le futur ?

Le bilan est plutôt positif. Je connais beaucoup mieux ma piste qu’avant, j’ai du bon personnel et mes propriétaires me font confiance, même si j’en ai peu. J’ai dix chevaux à l’entraînement dont la majorité m’appartient. Je vis donc surtout du préentraînement car je récupère des poulains en provenance du haras de Saint-Voir et d'Hamel Stud. J’en ai une vingtaine et nous sommes quatre à nous en occuper. J’ai 50 ans et je dresse encore les chevaux moi-même! J’aimerais que cela reste comme ça, qu’on se fasse plaisir et que les enfants réussissent. On essaye d’aller aux courses à bon escient, d’autant que je n’ai pratiquement que des petits chevaux. Je vais bientôt reprendre Deriganof (Maresca Sorrento) au travail, qui revient d’un an d’arrêt après un souci de jambe. Il est encore meilleur que Djazzman, c’est un cheval de course. Entraîner un cheval comme ça, c’est grisant !