L’ÉDITORIAL - Nationaliser le PMU est un chantage, une escroquerie, et sonnera la mort des courses

Institution / Ventes / 09.11.2018

L’ÉDITORIAL - Nationaliser le PMU est un chantage, une escroquerie, et sonnera la mort des courses

Par Mayeul Caire, fondateur de JDG

Lisez le rapport Arthuis si vous en avez le temps (vous pouvez le télécharger en cliquant ici http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/Jean-ARTHUIS_Rapport-Filiere-equine.pdf). Vous aurez parfois l’impression de perdre votre temps, car il enfonce un certain nombre de portes ouvertes. Mais, pour juger, rien ne vaut l’original…

Dedans, vous trouverez des choses positives (comme la TVA à 10 %), des choses qui le sont moins (comme les interlocuteurs rencontrés lors de l’enquête, qui sont globalement très insuffisamment représentatifs de notre filière). Et puis il y a une chose qui fâche. Qui fâche très fort ! C’est la nationalisation du PMU.

Voici donc la manière (biaisée) dont la chose est présentée. Deux éléments freinent le PMU dans son développement : sa gouvernance (les sociétés mères ne font que se chamailler, ce qui est très vrai) et ses statuts (le GIE empêche d’investir, de s’endetter, etc.). Pour le libérer, on va le privatiser, le transformer en société commerciale (jusque-là, pas de problème)… mais le capital de la future société sera détenu en majorité par l’État ! Dans le PMU voulu par Monsieur Arthuis, c’est l’État qui commandera, en étant majoritaire en parts et en votes ! Le rapport Arthuis invente la privatisation-nationalisation. Ah ! le génie français, que seuls les Soviétiques nous envient… (je note, à un autre endroit dans le rapport, que Jean Arthuis veut revoir à la baisse les salaires des cadres dirigeants du PMU : si l’on veut attirer des talents, ce n’est pas ainsi que l’on procède ; nous ne sommes pas en URSS).  

Vous vous posez sans doute la même question que moi. Pourquoi l’État, qui n’a aucun droit de propriété à revendiquer sur le PMU, en deviendrait subitement l’actionnaire majoritaire ? Arthuis a la réponse, digne d’un chef de clan de la mafia sicilienne : les sociétés mères vont donner la majorité de leurs actions du PMU et, en échange, l’État maintiendra le monopole du PMU sur les paris en dur pour 15 à 25 ans. Il y a un proverbe pour désigner cela : « Donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure ! » En français, c’est un chantage doublé d’une escroquerie. Il y a des gens qui vont en prison pour cela.

C’est écrit noir sur blanc : les sociétés mères ne doivent plus s’occuper des paris hippiques… comme si l’État allait mieux s’en occuper ! Quelle blague ! Chaque fois que l’État s’occupe des courses, nous sombrons. L’avant-dernière fois, ce fut avec l’ouverture du marché des jeux et la dernière fois avec la séparation des masses. Qui a oublié les années sinistres où le PMU était dirigé par un inspecteur des finances ? Personne. Qui regrette les années Farge ? Personne. C’est pourtant ce que Monsieur Arthuis appelle de ses vœux, foulant aux pieds deux décennies de croissance, qui commencèrent le jour où Jean-Luc Lagardère eut le droit de choisir le président du PMU – le jour où les sociétés mères purent enfin choisir un président du PMU motivé par les courses et l’activité des jeux d’argent.

Mais quelle mouche a piqué Jean Arthuis ? Oublie-t-il que son président de la République et son Premier ministre sont plus ou moins libéraux ? Oublie-t-il que lui-même est plus ou moins censé l’être ? Ceux qu’il n’oublie pas, ce sont ses amis hauts fonctionnaires de Bercy : les pauvres ne vont plus pouvoir aller pantoufler à la FDJ (bientôt privatisée)… Faut-il prévoir de leur offrir, pour Noël, une nouvelle paire de pantoufles au PMU ?

Sincèrement, si l’on s’attarde sur ce point-clé du rapport Arthuis, on ne peut être que très inquiet. Car ce projet de nationalisation du PMU est à la fois consternant dans son raisonnement (pour que ça fonctionne, il faut au contraire plus d’intérêts privés et une concentration de l’axe courses-paris entre les mêmes mains, cf. Hongkong) et mortifère dans ses conséquences : d’abord, l’État nous volera le PMU, puis il le plantera !

Espérons donc que ce rapport finira comme les autres, dans une poubelle. Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont des hommes intelligents. Ils ont certaines valeurs, du moins les revendiquent-ils. Ils ne peuvent pas laisser faire une chose pareille. Mais s’ils accordent la moindre attention à une élucubration comme celle-ci, alors il faudra à nouveau marcher sur Bercy. Ce ne sera pas une marche de gueulards : ce sera la marche de ceux qui ont envie que ça bouge, qui ont en marre de la guéguerre entre le trot et le galop, qui ont envie que les courses redeviennent un grand sport spectacle, que l’Institution fasse preuve de bon sens et de courage, définisse une vraie stratégie et apprenne à placer aux postes-clés des personnes compétentes pour tirer tout vers le haut… simplement pour qu’il y ait encore des courses dans vingt ans !