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Maisons-Laffitte - Les réactions des socioprofessionnels

Courses / 30.11.2018

Maisons-Laffitte - Les réactions des socioprofessionnels

Maisons-Laffitte : les réactions des socioprofessionnels

Suite à l’annonce de l’arrêt des courses à Maisons-Laffitte en 2020, les réactions des socioprofessionnels continuent d’arriver.

Nicolas Clément - Entraîneur et président de l’Association des entraîneurs de galop. « Notre association a voté contre la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte au conseil d’administration. Nous sommes complètement opposés à ce projet et pensons qu’il existe des solutions alternatives.

J’ai le sentiment que nous sommes en récession. Nous nous demandons si toutes les pistes ont été explorées. C’est un très mauvais message vis-à-vis des entraîneurs et des propriétaires. La fermeture de l’hippodrome, c’est aussi la réduction du nombre de pistes en gazon. De bonnes courses étaient courues sur la ligne droite, dont des préparatoires aux Guinées et Poules d’Essai, mais aussi de très bonnes courses pour jeunes chevaux. La ligne droite de Maisons-Laffitte est excellente, c’est une perte énorme. Il y a vingt ans, on nous annonçait qu’un vote de l’administration avait décidé la suppression de Chantilly, mais avec l’aide de la mairie et du conseil régional entre autres, des financements avaient été trouvés.

Nous sommes à un an de la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte. J’espère qu’ils vont revenir sur leur décision grâce au nouveau plan de Cyril Linette et à l’attractivité de notre sport. Pour nous, entraîneurs, et je pense à mes collègues mansonniens en particulier, un centre d’entraînement est lié à un hippodrome. J’ai conscience du déficit affiché et qu’il faut le gérer de plus près, mais il y a vingt ans, nous avions pu revenir sur une décision prise. Nous savons tous que nous ne pouvons pas courir sur une piste en gazon quatre fois par semaine. Nous élevons pourtant pour courir sur le gazon. C’est inquiétant de devoir se retrouver à déplacer vingt-quatre réunions de courses peut-être sur la P.S.F. Je suis très inquiet pour le transfert de ces courses, mais il me reste un brin d’espoir !

Nous n’avons pas été bien informés. L’information a été brutale et c’est un message très négatif. Je suis très inquiet pour mes collègues mansonniens. La confiance est très importante et cette décision risque d’éroder fortement notre confiance. J’espère que des pistes vont être explorées pour garder l’hippodrome en activité. J’espère que des pistes vont être explorées pour garder l’hippodrome en activité. Il n’y a pas de fatalité et nous avons bon espoir qu’une solution pour sauver l’hippodrome émerge. Nous sommes convaincus que cette situation résulte de la mauvaise politique des ressources humaines installée à France Galop par le passé. »

Mathieu Boutin - Entraîneur et président de l’Association des entraîneurs propriétaires. « Suite à l’annonce de la prochaine fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte et de la probable fermeture de pistes sur le centre d’entraînement, L’Association des entraîneurs propriétaires (A.E.P.) tient à apporter quelques précisions.

Tout d’abord, l’hippodrome de Maisons-Laffitte n’a aucune valeur marchande, car frappé par le PPRI (Plan Prévisionnel des Risques d’Inondations). Nous savons aussi, par la fermeture de l’hippodrome d’Évry, que les coûts de maintenance d’un hippodrome fermé sont très élevés, soit plus de 500 k€ par an. On peut donc émettre de forts doutes sur les économies de fonctionnement, d’autant qu’il faudra organiser les réunions de courses sur d’autres hippodromes avec un coût équivalent.

D’autre part, les partants entraînés sur le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte coûteront plus cher (indemnités de transport, frais de personnel) à France Galop et à leurs propriétaires pour la très grande majorité français.

Le nouveau plan de France Galop s’apparente clairement à une mesure d’affichage pour essayer d’obtenir de l’État une aide afin de boucler le budget de 2020 qui risque d’afficher un déficit important.

Concernant le Centre d’entraînement, la fermeture de pistes (Penthièvre ou plus) entraînera inéluctablement une perte de compétitivité des entraîneurs de Maisons-Laffitte. À ce sujet, rappelons qu’à la demande de France Galop, l’A.E.P. a remis à la direction générale en 2016 une note concernant les mesures à mettre en place entraînant une réduction des coûts de plus de 1,5 million d’euros par an : meilleure organisation du travail en rapport avec le nombre de chevaux à l’entraînement, meilleure synergie entre les moyens humains et matériels de l’hippodrome et du Centre d’entraînement, etc. Trop peu de ces mesures ont retenu l’attention de nos dirigeants.

Contrairement à ce qu’a écrit Nicolas Clément, président de l’Association des entraîneurs du galop [dans l’édition du jeudi 29 novembre de Paris-Turf, ndlr], l’A.E.P. s’est toujours opposée, au sein des instances de France Galop, à la fermeture de l’hippodrome et aux différents projets de réduction des surfaces du centre d’entraînement. Pour mémoire, rappelons également que l’A.E.P., en s’opposant au projet Longchamp, avait souligné la menace financière qui pesait sur l’institution.

Le manque de clairvoyance affiché par nos dirigeants nous conduit malheureusement à gérer des situations d’urgence telles que celles annoncées. Nous pensons malgré tout qu’il est encore d’actualité de mettre en place des mesures permettant au centre d’entraînement, l’un des plus importants de France, et à l’hippodrome de perdurer et nous continuerons à œuvrer dans ce sens. »

Jacques Myard - Membre honoraire du parlement, maire de Maisons-Laffitte et président du Cercle Nation et République. « La décision de France Galop du 28 novembre de fermer l’hippodrome en 2020 est une décision absurde. Elle n’est pas la solution pour redresser la filière hippique, et constitue pour la ville un véritable coup de poignard dans le dos ! En conséquence, afin que la vérité soit établie, je prie chacun de trouver ci-dessous les échanges que j’ai eus avec les dirigeants de France Galop depuis 2012/2013 :

- avril 2012 : j’envoie à France Galop un projet de convention tripartite – département des Yvelines, ville, France Galop  pour un programme d’investissements de 3 millions d’euros sur les années 2013 - 2017 répartis ainsi, 50 % France Galop, 30 % le département et 20 % la ville. Ce programme portait essentiellement sur la végétalisation de l’hippodrome pour 500.000 €, sur la rénovation du réseau de l’arrosage du centre d’entraînement (1,8 million d’euros) la rénovation de la piste P.S.F. de Fromainville et la création d’une nouvelle piste P.S.F. pour 500.000 € ;

- 5 avril 2013 : entretien de deux heures avec le président de France Galop, Bertrand Bélinguier, en présence du directeur général Hubert Monzat qui adopte une attitude très fuyante et se refuse à prendre tout engagement ;

- 8 avril 2013 : j’écris à Bertrand Bélinguier pour lui demander qu’il clarifie sa position sur Maisons-Laffitte, en lui précisant que la rénovation de l’hippodrome de Longchamp ne doit pas aboutir à dévitaliser les autres champs de courses... CQFD !

- 30 avril 2013 : j’écris au président de France Galop en m’étonnant de ses non-réponses sur l’hippodrome et en lui précisant que l’hippodrome de Maisons-Laffitte est celui dont les coûts fixes sont les plus bas de tous les hippodromes de France Galop : 115.000 €, contre 374.000 € pour Longchamp et je lui précis: « Le projet de Longchamp va être un gouffre pour la filière dont vous ne vous relèverez pas. Cette politique est suicidaire. » 

- 27 juin 2013 : après de multiples échanges et entretiens, le président de France Galop, Bertrand Bélinguier, m’écrit : « Je vous écris donc ce que je vous ai dit : France Galop ne peut envisager de nouvel engagement significatif tant que nous ne connaissons pas notre situation liée aux conclusions que l’État tirera des travaux du comité stratégique. » Belle excuse !

- octobre 2013 : France Galop renonce à faire de l’hippodrome un hippodrome d’obstacle ;

- 26 octobre 2014 : nouvelle lettre à Bertrand Bélinguier pour lui rappeler la volonté de la ville d’établir un partenariat ;

- 26 janvier 2015 : lettre au président Bertrand Bélinguier, m’étonnant une nouvelle fois de son refus d’aller de l’avant pour le centre d’entraînement en partenariat avec la ville ;

- 22 février 2016 : lettre aux ministres Stéphane Le Foll (agriculture) et Christian Eckert (budget) pour leur annoncer la création d’une mission d’enquête du comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée nationale en leur précisant que le redressement de la filière ne passe pas par la fermeture d’un hippodrome ;

- 7 mars 2016 : lettre au nouveau président de France Galop, Édouard de Rothschild, lui indiquant la volonté de la ville de travailler avec France Galop ;

- 13 octobre 2016 : lettre au président Rothschild lui proposant de conclure un partenariat pour la promotion et le développement du site hippique ;

- 6 février 2017 : envoi au président de France Galop d’un projet de convention pour la promotion du site en sept articles. À chaque entretien, en présence de Véronique de Balanda, maire adjoint, le président se dérobe et refuse tout engagement ;

- mars 2018 : la ville lance une étude – à ce jour en cours – sur la possibilité de créer dans le bâtiment de l’hippodrome des activités pour que France Galop puisse avoir des recettes qui minorent le coût de l’hippodrome ;

- 11 juillet 2018 : le directeur général de France Galop, Olivier Delloye, assiste à une réunion d’analyse ;

- 4 septembre 2018 : par courriel, je fais savoir au président Rothschild que la ville, le département et la région sont disposés à accompagner la restructuration du centre. Ce courriel était envoyé dans la perspective de la tenue d’un conseil d’administration prévu le 12 septembre... À chaque fois, ce conseil d’administration est repoussé et est remplacé par un conseil d’administration dit informel, hors la présence des représentants du personnel ;

- 20 septembre 2018 : nouvel entretien avec Édouard de Rothschild en présence de Véronique de Balanda, maire adjointe. Le même jour, lettre au président pour lui demander de sortir rapidement de ces incertitudes et d’aller de l’avant pour la promotion du site !

- le 2 octobre 2018 : réponse du président Rothschild « Monsieur le Maire, cher ami [à la main], le conseil d’administration se prononcera le moment venu, en toute connaissance des éléments présentés, en intégrant évidemment les propositions que vous avez faites lors de notre entrevue du 20 septembre dans mon bureau. »

Un élément très important. Depuis qu’Édouard de Rothschild a été élu président de France Galop, il n’a jamais été question de l’hippodrome, et à plusieurs reprises le président Rothschild m’a assuré qu’il n’était pas question de le remettre en cause ! Les échanges ont porté uniquement sur la restructuration du centre d’entraînement telle qu’elle m’avait été présentée le 26 juillet par Matthieu Vincent, nouveau directeur du site hippique. On connaît la suite ! Il n’est pas dans mes habitudes de baisser les bras et pour ma part, j’estime que la messe n’est pas dite ! (…) Je tiens à dire avec une très grande fermeté :

- les dirigeants actuels de France Galop ont délibérément menti à la ville !

- ils sont les principaux responsables – en raison de leurs multiples décisions catastrophiques soulignées par la Cour des comptes – de la faillite de la filière hippique !

- ils continuent de pratiquer une politique salariale dispendieuse au siège : Jean Arthuis a précisé dans son rapport que vingt-six cadres au siège perçoivent 8 millions d’euros de salaires. Faites le calcul par tête ;

- ils ont perdu toute crédibilité ;

- il est urgent que la gouvernance de France Galop change radicalement, comme le propose Jean Arthuis dans son rapport au Premier ministre !

Sur le fond, la fermeture de l’hippodrome n’est pas de nature à redresser la filière, elle n’est pas une économie. Tous les entraîneurs le savent et le disent en raison des coûts de déplacement vers les autres hippodromes notamment.

Le 27 novembre, j’ai reçu mandat du conseil municipal de tout mettre en œuvre pour maintenir l’hippodrome dont le coût de fonctionnement est le plus bas des hippodromes parisiens. France Galop en est propriétaire et ne paie pas de loyer, alors qu’il octroie 10 millions de loyers à la ville de Paris par an. »

Jacques Myard rappelle par ailleurs dans son texte les actions qu’il a lancées et que nous avons publiées dans notre édition précédente, pour sauver Maisons-Laffitte.

Gérard Samama - Propriétaire et éleveur. « Au début, il y eut la fermeture du Tremblay. C’était le plus agréable de nos hippodromes, c’est maintenant une décharge publique. Évry suivit, à la demande de l’État, qui comme il se doit, ne comprend pas grand-chose à nos impératifs : il suffit de se souvenir du directeur du PMU et de celui de France Galop qui nous avaient été imposés. Évry était pourtant une des meilleures pistes de la région parisienne. Pour des raisons d’économies, Enghien prit la suite. Maintenant, c’est le tour de Maisons-Laffitte, alors que toutes les possibilités de maintien n’ont certainement pas été examinées. Merci aussi au petit nombre de jockeys dont les caprices ont contribué à hâter cette décision. Avec les préconisations du rapport Arthuis, nous approchons de la fin. Il nous reste Auteuil qui ne survivra pas dix ans… Et ce sera la fin. Grâce au ciel, je ne serai plus là. »

Jean-Claude Ravier - Président de la Société des courses de Lyon. « La situation de l’institution des courses est critique, mais nous devons conserver un optimisme raisonné. Dans cet esprit, la décision de France Galop de fermer l’hippodrome de Maisons-Laffitte est courageuse et doit être saluée. Elle répond à plusieurs impératifs :

1 - Le respect de l’engagement de fermer un hippodrome en région parisienne. Il avait été prévu en 2016. L’Institution souhaite un nouvel effort de l’État (légitime compte tenu de la distorsion actuelle FDJ/PMU). Nous ne devons pas nous trouver en position de faiblesse dans cette discussion pour non-respect de notre parole (même si l’inverse est parfois vrai).

2 - La diminution des charges. Les rapports de la Cour des comptes et de Jean Arthuis ont confirmé que « la situation financière de l’Institution s’est rapidement dégradée », ce que nombre d’entre nous savaient, sans forcément que les mesures suffisantes aient été prises. Elles doivent l’être aujourd’hui dans l’urgence.

La fermeture de l’hippodrome de Maisons Laffitte est donc nécessaire (piste difficile à entretenir et inondations épisodiques) tout en ne répondant qu’en partie aux impératifs financiers.

Toutefois, l’aspect comptable ne doit pas éluder l’humain. Le maintien du centre d’entraînement répond à cette prise en compte des hommes et femmes (avec leurs chevaux) qui y travaillent. Cela devrait stopper toutes les gesticulations, prises de position péremptoires que l’on peut lire ou entendre. Il n’en demeure pas moins que les frais de fonctionnement du centre d’entraînement doivent baisser significativement dès 2019. Ils sont au minimum cinq à six fois supérieurs à ceux de nombreux centres en région (où des professionnels de qualité entraînent des chevaux de course et gagnent des Groupes).

Enfin, les chiffres évoqués pour le coût de fonctionnement de l’hippodrome par réunion sont sans commune mesure à nos coûts et justifient à eux seuls, la décision prise. Une diminution est là encore nécessaire sur les autres sites parisiens.

En conclusion, la décision est indispensable, sans être forcément suffisante. Arrêtons la démagogie et les promesses qui n’engagent que ceux qui les font et continuons à réformer les courses dans le respect des hommes, des chevaux et de l’Institution qui doit rester au-dessus de tout. »

Olivia Saelens - Éleveur, propriétaire, permis d’entraîner. « On ne peut malheureusement pas revenir en arrière. ParisLongchamp est là et l’argent dépensé. J’espère que les gens qui ont voté ce projet ont honte et dorment au moins aussi mal la nuit que de nombreuses personnes du métier qui s’investissent tous les jours de l’année pour s’en sortir. Si seulement on avait juste fermé Longchamp pour faire des économies et investir dans le rendement et l’attractivité de nos hippodromes et centres d’entraînement… Je pense que cela aurait été plus logique en vue de sauver la filière.

Si aux prochaines élections l’équipe dirigeante de France Galop n’est pas remplacée dans son intégralité par des extra-terrestres capables de rattraper leurs catastrophes, on pourra arrêter de faire saillir nos juments et faire de la place pour accueillir des réformés de courses. »

Berthold Lipskind - Propriétaire et éleveur. « Je me présente : j’ai été gentleman-rider pendant cinq ans et je suis avocat spécialisé dans tous les domaines du droit équin depuis cinquante ans. J’habite à trois kilomètres de l’hippodrome de Maisons-Laffitte. Sa fermeture, qui est anti-écologique, nous ramène au problème actuel des gilets jaunes contre l’économie.

Je suggère une pétition et j’espère que vous me suivrez, comme de nombreux propriétaires, éleveurs, entraîneurs, jockeys, négociants, courtiers, employés d’écuries. Avant, pour des raisons budgétaires, de sacrifier nos hippodromes qui sont des poumons vitaux dans nos villes et lieux de vie, mais aussi de nos campagnes, nous exigeons la publication de la liste des éléments suivants et que cette liste soit accessible à l’ensemble des parties prenantes de l’institution :

1 - Liste du personnel payé par France Galop avec indication du coût total des charges afférentes à ces salaires.

2 - Liste complète des véhicules appartenant à France Galop et coût de leur entretien annuel, assurance comprise.

3 - Liste complète des immeubles appartenant à France Galop et coût annuel de leur entretien.

Un tel bilan, à l’ère de l’informatique, devrait pouvoir être publié sous quinze jours après la remise de la pétition. »