Merci et bon hiver Enable !

Courses / 19.11.2018

Merci et bon hiver Enable !

Merci monsieur Abdullah ! Nous nous ferons encore plaisir ensemble, pendant une année… Et tant pis pour les Dubawi, Sea the Stars, Kingman ou Arrogate ! Ils devront attendre 2020 pour espérer voir de près la grande Enable (Nathaniel). Alors que, pour nous – touchons du bois –, il suffira de se rendre à ParisLongchamp le premier dimanche d’octobre pour l’admirer dans son défi historique : un troisième succès dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. C’est le grand objectif de la saison, comme Teddy Grimthorpe, racing manager de Juddmonte, l’a indiqué : « Le prince Abdullah a gagné l’Arc de Triomphe à six reprises comme Marcel Boussac. Une septième victoire, avec le premier coup de trois de l’histoire, serait quelque chose. »

Par Franco Raimondi

Les trois chemins possibles. L’information a réveillé les bookmakers dans un moment léthargique de la saison de plat. L’offre pour un troisième Arc d’Enable se situe dans une fourchette comprise entre 3,5/1 et 4,5/1. Un nouveau coup de deux Arc-Longines Breeders’ Cup Turf est à 8/1 et on peut aussi parier sur une saison sans défaite à 6/1. Les offres disponibles laissent imaginer les programmes possibles pour la saison 2019 d’Enable. Mais un seul rendez-vous est déjà fixé : le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Autour de notre course phare, nous pouvons dessiner un programme en laissant parler notre fantaisie. Enable peut commencer par la Coronation Cup et enchaîner ensuite les King George and Queen Elizabeth Stakes , ou prendre le chemin qui conduit à Royal Ascot – où elle n’a jamais gagné car elle n’y a jamais couru – avec ses Prince of Wales’ Stakes , avant un essai dans les Juddmonte International Stakes (Grs1). Dans ce cas, cela veut dire que nous aurions le plaisir de la voir sur plus court que 2.400m.

La troisième option possible est celle d’un programme surtout orienté sur l’automne, donc avec autre chose à courir après l’Arc : la Breeders’ Cup ou pourquoi pas les Champion Stakes. La course anglaise est treize jours après l’Arc, mais Enable avait gagné à quatorze jours les Irish Oaks et les King George.

C’est un joli passe-temps par un froid lundi de novembre, mais la décision appartient à John Gosden et au prince Abdullah. Ce qui paraît plutôt improbable serait tout de même de donner à Enable une autre course si elle décroche un troisième Arc. La grande fête à ParisLongchamp serait un parfait couronnement final.

Une décision bien mûrie. C’est un commentaire trop simpliste que de se contenter d’un « grand merci et un bravo au prince Abdullah pour sa sportivité. » Cela ne met pas en valeur tout l’esprit d’une décision qui n’était pas facile à prendre. Le troisième Arc est une "carotte", une tentation trop grande pour y résister, comme nous l’avait confié il y a une semaine Lanfranco Dettori. Mais un propriétaire-éleveur comme le prince Abdullah et un entraîneur comme John Gosden ne prennent pas leurs décisions pour courir après une "carotte". C’est un choix longuement réfléchi, même si une saison en deçà des attentes ne pourrait pas enlever à Enable ses deux Arc déjà gagnés, son coup de trois Oaks, Irish Oaks & Yorkshire Oaks, ses King George et sa Breeders’ Cup.

Où l’on reparle de Trêve et d'Allez France. Enable entamera sa campagne de 5ans avec onze courses au compteur, ce qui n’est pas beaucoup. Trêve (Motivator) en avait huit et une autre grande du passé comme Allez France (Sea-Bird) était à treize, avec sept succès de Gr1, dont le Critérium des Pouliches à 2ans. Elles ont raté leur grand objectif : pour la pensionnaire de Criquette Head, c’était un troisième Arc. Pour la star de Daniel Wildenstein, c’était un deuxième et un grand succès en Angleterre. Mais malgré cela, les deux ont tout de même brillé au niveau Gr1 à 5ans.

Mais aussi de Makybe Diva et Goldikova **. Un autre cas similaire est celui de l’australienne Makybe Diva (Desert King). Elle a gagné la Melbourne Cup (Gr1) à 4ans, 5ans et 6ans. Mais il faut considérer que d’après les programmes de son pays d’adoption, elle avait un an de plus parce qu’elle est née en Angleterre. Lorsque son entourage avait décidé de la garder à l’entraînement avec la "carotte" d’une troisième Melbourne Cup, elle avait couru 31 courses et, lors de sa dernière campagne, elle n’a connu qu’une défaite en réalisant le doublé Cox Plate & Melbourne Cup dans le court délai de dix jours, tout en rendant seize livres à son dauphin à Flemington !

Une autre championne a réalisé un triple saut… Dans son cas, il concernait le Breeders’ Cup Mile (Gr1). Il s’agit de Goldikova ** (Anabaa), qui avait quinze sorties au départ de sa saison de 5ans qu’elle a terminée avec un succès à Churchill Downs. Elle avait vingt et une courses dans les jambes lorsqu’elle a entamé sa dernière saison de courses, qui lui a permis de remporter un quatrième Prix Rothschild (Gr1).

Winx sans limites. Quatre. C’est le numéro de Winx (Street Cry). Elle est partie en quête de son troisième Cox Plate avec vingt-sept courses et s’est lancée en quête de son quatrième Cox Plate avec trente-cinq sorties dans les jambes. Zenyatta (Street Cry) comptait quatorze sorties quand, à la fin de sa saison de 5ans, son entourage a annoncé qu’elle allait continuer à 6ans avec l’objectif, manqué, d’un troisième succès de Breeders’ Cup.

Une autre championne comparable est Gentildonna (Deep Impact) : comme Enable, elle est gagnante classique et lauréate de la Japan Cup à 3ans. Elle a réussi le doublé à 4ans et avait treize sorties quand elle a effectué sa rentrée à 5ans. Pendant cette saison, elle a gagné la Dubai Sheema Classic (Gr1) mais n’a pas réussi à décrocher une troisième Japan Cup. Gentildonna s’est consolée avec des adieux gagnants dans l’Arima Kinen (Gr1) ce qui, pour les turfistes japonais, vaut encore plus qu’une Japan Cup.

À chaque championne sa façon. Enable est un cas exceptionnel et elle nous l’a prouvé à plusieurs reprises, en changeant les règles du jeu. On disait qu’il était impossible de gagner un classique après avoir fait ses débuts fin novembre sur la P.S.F. On pensait que l’Arc était interdit aux pouliches anglaises de 3ans, tout comme il n’était pas possible de s’imposer dans notre course phare avec une seule sortie saisonnière dans les jambes. Quant au Breeders’ Cup Turf, n’était-il pas la tombe des gagnants de l’Arc ? Enable a donné une forte migraine à tous les analystes des tendances et statistiques. Mais il y a une raison très simple à tout cela : les cracks ne sont pas soumis aux règles.

Une année 2018 pleine de soucis. Une année 2018 compliquée est l’une des raisons ayant convaincu le prince Abdullah et John Gosden de garder Enable à l’entraînement. Elle a été opérée et, après sa course de rentrée, elle a manqué un travail pour cause de fièvre. John Gosden avait dit qu'à ParisLongchamp, elle était à 85 % de ses moyens, et cette course dure a demandé du temps de récupération. Toutes ces difficultés nous ont permis de découvrir une autre facette du talent d’Enable mais, dans le même temps, nous avons eu une certitude. La championne n’était pas la même qu’à 3ans. D’après les ratings du Racing Post, les succès dans l’Arc et dans la Breeders’ Cup ont été signés par une pouliche sept livres moins forte qu’à 3ans.

Un petit doute. Enable recevait quatre kilos et demi de Cloth of Stars (Sea the Stars) dans l’Arc de Triomphe 2017. L’écart était réduit à un kilo et demi cette année. La pouliche a devancé son rival de deux longueurs et demie l’année dernière et d’une longueur cette année…

L’Amiral Rous avait décidé que les pouliches avaient droit à un kilo et demi de décharge, et que les 3ans bénéficieraient aussi d’une décharge. Il y a une vérité là-dedans mais ce génie qui a inventé le galop ne pouvait pas deviner qu’une pouliche puisse faire son passage de 3ans à 4ans en juillet, ni quand un sujet arriverait précisément à sa maturité. Il nous reste donc ce petit doute : au niveau physique, Enable était une 4ans… qui courait avec le poids d’un 3ans.

Et un scenario dégagé. Chaque cheval est un individu et Enable a déjà franchi un palier important dans la vie d’une pouliche, le passage de 3ans à 4ans. Beaucoup de championnes ont encore progressé de 4ans à 5ans et elle peut avoir encore de la marge.

De plus, et cet aspect est rentré dans les évaluations du prince Abdullah et de John Gosden, le scenario international ne propose pas un vrai épouvantail pour Enable. Les meilleurs 3ans sont partis, tout comme Cracksman (Frankel) & Cie. Les deux pouliches de 3ans Sea of Class (Sea the Stars) et Magical (Galileo) n’ont pas réussi à battre une Enable à 85 %, et donc… Il faudra attendre les poulains (surtout) et les pouliches de la génération 2016 ! Merci monsieur Abdullah, et bon hiver Enable. On a hâte de te retrouver.