On adjuge à 5.000 ! Et après ?

International / 13.11.2018

On adjuge à 5.000 ! Et après ?

Par Franco Raimondi

Oubliez les millions. Pour une fois, on va compter en milliers. Nous savons bien que dans le paysage des ventes, le troisième tiers du marché est le plus atteint par la surproduction. C’est le vrai point faible, le grandi souci de l’élevage en Europe. La semaine dernière, 504 yearlings sont passés sur le ring de Goffs Automne, en Irlande. La vente a changé de nom cette année, mais il s’agit de l’ancienne Open Yearling qui, en 2017, avait enregistré un chiffre d’affaires de 2,18 millions pour 313 vendus (72,2 %), un prix moyen de 6.980 €, un médian de 4.700 € et un top price à 62.000 €. Les indicateurs de cette année affichent un chiffre d’affaires de 1,64 million pour 301 vendus (59,7 %), un prix moyen de 5.458 €, un médian de 3.000 € et un top price de 52.000 €.

Goffs Automne : 370 yearlings ne dépassent pas 5.000 €. Une vente mineure en Irlande s’est mal passée, et alors me direz-vous ? Après tout, les deux autres ventes de Goffs ont confirmé (Sportsman’s Sale) et progressé (Orby) sur leurs résultats de 2017. Mais le vrai indicateur caché, celui qui inquiète, c’est le pourcentage de yearlings qui n’ont pas reçu sur le ring une enchère de plus de 5.000 €. Chez Goffs Automne, on en a déniché 370, soit 73,4 % de l’offre. Comme sur tous les marchés, le vendeur est libre de garder son produit si l’offre n’est pas satisfaisante. Parmi ces 370 yearlings low cost, 202 ont changé de propriétaire (soit 54,5 %) et ils ont engendré un chiffre d’affaires de 434.950 €, soit un prix moyen de 2.153 €. Ces 202 yearlings représentent 67,1% des sujets vendus, mais seulement 26,4 % du chiffre d’affaires.

Europe : un chiffre d’affaires de 2,4 millions pour 807 vendus. Prenons en considération les ventes que l’on peut classer dans le troisième tiers du marché, avec un prix médian de 20.000 € ou moins, y compris celle de BBAG en septembre, parce qu’il est difficile d’affiner au centime près cet indicateur en raison des rachats. Ce segment du marché comprend donc treize ventes en Europe, et représente 3.600 chevaux. Parmi eux, 1.370 n’ont pas suscité d’enchères supérieures à 5.000 (euros, livres ou guinées). Cela représente 38 % du total. Les lots adjugés à moins de 5.000 sont au nombre de 807, c’est-à-dire un peu moins d’un tiers de ceux qui ont trouvé preneur. Ce tiers a engendré un chiffre d’affaires de 2,4 millions d’euros sur un total du segment de 43,6 millions. Un tiers des vendus a donc contribué à 5,5 % du chiffre d’affaires !

Osarus sur la montante. Le pourcentage de vendus à moins de 5.000 varie beaucoup d’une vente à l’autre. Chez Tattersalls Irlande book 1, il se fixe à 8,5% mais dans le book 2, il monte à 50,5%. Le record est celui de Tattersalls book 4, un livre maigrelet, où 87,7% des 57 vendus n’ont pas atteint 5.000 Gns. En France il faut enregistrer les progrès d'Osarus, où les low cost représentent 13,2 % des vendus, plus ou moins comme chez BBAG en septembre ou à la Goffs Sportsman’s Sale. Il y a donc des ventes qui sont de plus en plus proches du deuxième tiers, c’est-à-dire de Tattersalls book 2, Arqana Octobre et Doncaster Premier, et d’autres qui sont à la baisse.

Italie et Allemagne, deux cas différents. La sonnette d’alarme s’enclenche quand un tiers des chevaux proposés en vente n’arrive pas à une enchère de 5.000. L’Italie a un pied de chaque côté de la frontière. Cinquante et un yearlings à moins de 5.000 € sur 150 sont passés sur le ring, mais il faut considérer qu’une vingtaine d’entre eux ont trouvé preneur pour 66.000 €, soit 4,3 % du chiffre d’affaires de la vente SGA, et surtout que beaucoup n’ont pas connu de main levée, même à 2.000 €. Cinq ventes ont affiché un prix moyen plus bas de 10.000 € et la lanterne rouge revient au book 4 de Tattersalls, même si le cumul avec le book 3 arrive à 17.733 €. Le cas de BBAG septembre est encore différent. Il est difficile de situer dans le troisième tiers une vente qui affiche un prix moyen de 38.329 €, mais le marché allemand est fait de grosses différences entre les lots qui attirent les acheteurs étrangers et les autres, un peu comme en Italie il y a une dizaine d’années.

Les Italiens sauvent l’Irlande… L’Italie, sauf pendant une décennie de surproduction avec le soutien des aides de l’État, a toujours importé beaucoup de yearlings. La chute des naissances a boosté ce phénomène, au point où il est impossible maintenant d’organiser une dizaine de réunions par semaine. Cette année, en Irlande, les Italiens ont acheté 128 yearlings pour 842.000 €, c’est-à-dire un prix moyen de 6.578 €, ce qui équivaut à l’allocation au gagnant d’un bon maiden à Milan ou Rome. Le terrain de chasse préféré a été Goffs Automne où ils ont déniché 52 yearlings pour 168.300 €, dont 42 pour moins de 5.000 € et parmi eux, 28 ont coûté 2.000 € ou moins. L’Italie qui sauve l’Irlande de la surproduction, c’est drôle mais assez proche de la réalité.

L’importance des lots à moins de 5.000 dans différentes ventes européennes

Vente Lots Vendus - 5.000 Vendus CA -5.000 C.A. Total
Tattersalls Irlande B1 526 35 411 135.000 10.488.000
Tattersalls Octobre B3 587 128 472 428.667 7.590.800
BBAG Septembre 247 18 158 67.500 6.056.000
Osarus 258 28 212 111.500 4.457.500
Goffs Sportsman's 268 34 228 132.000 4.325.500
Tattersalls Octobre B4 103 50 57 207.051 1.791.000
BBAG Octobre 236 64 154 175.500 1.678.000
Goffs Automne 504 202 301 434.950 1.642.750
SGA 150 20 91 66.000 1.511.500
Doncaster Silver 166 47 136 175.473 1.385.400
Tattersall Ireland B2 259 87 172 231.700 1.241.300
Tattersalls Ireland Ascot 153 49 111 151.500 1.096.000
Doncaster Automne 143 45 66 93.623 343.100
Total 3.600 807 2.569 2.410.464 43.606.850