VENTE D'AUTOMNE ARQANA -  Arqana veut surfer sur l’engouement commercial autour des chevaux français

Institution / Ventes / 18.11.2018

VENTE D'AUTOMNE ARQANA - Arqana veut surfer sur l’engouement commercial autour des chevaux français

Lundi, Arqana lance sa vente d’automne. La première journée est consacrée aux chevaux à l’entraînement, axés plat et obstacle. La deuxième est celle qui démarque Arqana de toutes les autres ventes, avec une session réservée aux yearlings d’obstacle. La troisième et dernière journée est consacrée aux yearlings de plat. Éric Hoyeau, président-directeur général, et Freddy Powell, directeur exécutif, nous ont livré leur analyse à quelques heures du lancement de l’édition 2018.

L’ÉVOLUTION DES GRANDS INDICATEURS DE LA VENTE D’AUTOMNE ARQANA

Édition          Présentés         Vendus (%)            Prix moyen                 Prix médian                     C. A. (avec amiables)

2017             586                  463 (79,01 %)        18.154 €                      8.000 €                            8.574.000 €

2016             571                  445 (77,93 %)        19.340 €                      9.000 €                            8.800.000 €

2015             558                  417 (74,73 %)        19.856 €                      9.000 €                            8.301.500 €

2014             521                  421 (80,81 %)        17.989 €                      9.000 €                            7.624.500 €

2013             488                  341 (69,88 %)        16.157 €                      8.000 €                            5.517.500 €

2012             477                  354 (74,21 %)        15.017 €                      7.000 €                            5.542.400 €

Jour de Galop. – Plusieurs éléments, comme le nombre de black types qui passe de 10 à 16, laissent penser que la première journée de la vente 2018 est d’une qualité égale ou supérieure à celle de l’année dernière en ce qui concerne les chevaux à l’entraînement. Qu’en pensez-vous ?

Éric Hoyeau & Freddy Powell. – L’attractivité de cette section dépend de nombreux facteurs. En fonction du potentiel qu’il laisse entrevoir, un cheval placé d’un très bon maiden peut avoir une valorisation supérieure à celle d’un lauréat de Groupe. Pour les chevaux à l’entraînement, nous sommes dépendants des opportunités qui se présentent, malgré un travail de prospection et de suivi méticuleux. Néanmoins, cette date a prouvé qu’elle était très bien positionnée par rapport à la construction du programme français, en permettant de présenter au bon moment des chevaux qui viennent d’être mis en valeur par les courses de l’automne. Enfin, c’est aussi une vacation bien placée dans l’enchaînement des ventes européennes et la réussite des chevaux qui en sont issus renforce sa crédibilité. On peut penser, en 2018, à Traffic Fluide (Gold Cup Handicap Chase & Silver Trophy Chase, Grs2). Ces derniers jours, les "FR" ont énormément gagné sur les obstacles anglo-irlandais. La filière française doit pouvoir tirer profit de cette réussite.

Nous évoluons dans un contexte de professionnalisation et de développement des ventes de chevaux d’obstacle à l’entraînement, des deux côtés de la Manche. Cette évolution a été stimulée par une prise de conscience : exposer un cheval au marché public favorise sa valorisation. Ce n’était pas le cas dans un passé récent. Enfin, concernant les chevaux de plat, la vente d’automne a fourni un certain nombre de sujets performants comme Subway Dancer (troisième des Champion Stakes, Gr1) et Carzoff (Newcastle Gold Cup, Gr3) cette année, ou Silverwave (Grand Prix de Saint-Cloud, Gr1) l’année dernière.

Les horaires de la vente d’automne Arqana

Lundi 19 novembre : 11 h

Mardi 20 novembre : 13 h

Mercredi 21 novembre : 11 h

Dans le même temps, les 35 chevaux issus de la réduction d’effectif de Guy Cherel se sont ajoutés au catalogue.

Guy Cherel présente un contingent de 35 lots appartenant à ses clients ou à lui-même lors de la vente d’automne. La plupart n’ont pas encore effectué leurs premiers pas. Initialement, ils étaient programmés pour débuter cet automne, pendant le meeting de Pau ou lors de la rentrée à Auteuil. Pour chaque sujet, Guy Cherel a noté un commentaire très clair qui est consultable par les acheteurs. Il joue franc jeu à leur sujet. C’est un lot de qualité, avec des chevaux très attractifs, certains qu’il a élevés et d’autres qui ont été achetés. C’est une de nos missions que d’accompagner nos clients dans ce type de situations. Il s’agit d’un événement marquant pour la filière obstacle en France, car Guy Cherel, aussi bien sur le plan des courses que du commerce, ou de l’élevage, a toujours été extrêmement actif. Il avait par exemple acheté Quel Destin (Muhtathir) en novembre 2016, à Deauville, avant de le mettre en valeur à Auteuil. Exporté, il vient d'enlever, ce week-end, le JCB Triumph Trial Juvenile Hurdle (Gr2) à Cheltenham. Tout comme Elixir de Nuts (Al Namix), qui vient de s’imposer ce dimanche sur ce même hippodrome.

La vente d’automne n’a jamais cessé de progresser depuis 2008, au niveau de son chiffre d’affaires, avec un prix moyen qui s’est maintenu au fil des années. Comment expliquer cette constance ?

Nous sommes dans une spirale positive. Et le format, qui a évolué au fil du temps, convient très bien à ce marché.

Depuis plusieurs années, les différentes sections se sont consolidées. La première journée est celle des chevaux à l’entraînement. Elle fonctionnait déjà très bien lorsqu’elle était organisée à Saint-Cloud. Mais elle a depuis profité de nos efforts de logistique et de structuration, en se renforçant. L’offre de yearlings s’est elle aussi structurée, dans une deuxième journée dédiée à l’obstacle. C’est vraiment une belle journée et elle correspond à la professionnalisation des éleveurs de sauteurs français. Elle fait office de vitrine pour la production de yearlings d’obstacle dans l’Hexagone. Nous voulions créer quelque chose de logique, de fonctionnel, avec une véritable identité.

Les éleveurs français ont soutenu de jeunes sires d’obstacle ces dernières années. Et ces derniers sont en train de se faire un nom sur le marché. Cette capacité à "sortir" des étalons, est-ce aussi cela la force de notre système ?

Lorsqu’un étalon a ses premiers 3ans qui se montrent performants à Auteuil, ce qui constitue un vrai test, c’est déjà très bon signe. Au même moment, une bonne partie de la production d’un étalon d’obstacle irlandais n’a pas encore vu un champ de course. Ces années gagnées par les sires français pèsent sur la balance car leurs productions se retrouvent dans nos catalogues. Dans cette vacation de novembre, nous veillons à respecter un bon équilibre entre le nombre de hongres, de mâles et de femelles. Hors pedigree exceptionnel, le prix moyen des femelles reste inférieur à celui des mâles. Il y a quelques années, elles étaient trois fois moins chères. À présent, on se rapproche d’un prix moyen deux fois moins élevé. En France, il y un très beau programme pour les femelles, et en Irlande, leurs opportunités de carrière s’améliorent ces dernières années. Cette valorisation des femelles en France est un élément capital dans la qualité de l’élevage. De même, le black type français est fiable car difficile à décrocher. Il a une vraie valeur.

Est-il difficile de rassembler autant de yearlings d’obstacle en novembre ?

Nous sommes concurrencés par les ventes amiables et aux enchères de foals. Mais également par le fait que certains éleveurs préfèrent attendre l’année prochaine pour présenter certains poulains qui sont actuellement yearlings. En effet, le marché de juillet, pour les 2ans, est également une cible car il est très fort à Deauville. Si bien que les vendeurs sont parfois tentés d’attendre car ils savent qu’ils peuvent y réaliser des belles valorisations. Quoi qu’il en soit, le lot de yearlings de cette édition est de très bonne qualité.

On parle déjà beaucoup de la vente de décembre…

La quatrième journée de la vente de chevaux d’élevage de décembre est dédiée à l’obstacle avec une offre qui sort de l’ordinaire. Tout pousse à croire que l’édition 2018 va tirer son épingle du jeu. Il y a bien sûr le contingent de chevaux issus de l’effectif Munir et Souede. C’est un peu l’événement, qui va attirer beaucoup de monde, avec sur le ring des sujets que l’on voit rarement en vente. D’autres vendeurs jouent le jeu en présentant des lots de qualité car ils veulent profiter de cette exposition et du buzz qui se crée autour de cet événement.

En 2017 et en 2018, le marché des sauteurs à Deauville a été marqué par un retour des acheteurs français dans le haut de gamme. Le rôle d’une agence, est-ce aussi de promouvoir l’exploitation des chevaux dans l’Hexagone ?

Notre travail n’est pas simplement d’exporter des chevaux ! C’est aussi d’importer des propriétaires. La filière en a besoin. Les ventes de novembre 2017 et juillet 2018 ont enregistré un regain d’activité des acheteurs français. Mais il est aussi nécessaire d’arriver à vendre nos courses aux étrangers. Beaucoup rêvent de gagner à Cheltenham. Mais voir ses couleurs triompher dans les grandes courses d’Auteuil, c’est quand même aussi une sensation à part. L’espérance des gains est vraiment très élevée sur les obstacles français. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on voit des éleveurs qui font courir sous leurs couleurs.

En l’espace d’une décennie, toutes vacations comprises, le chiffre d’affaires des ventes françaises de galopeurs a progressé de + 78,3 %. La professionnalisation des courses et de l’élevage est passée par là. Quelle marge reste-t-il pour poursuivre sur cette dynamique ?

Il est nécessaire de relativiser. Les volumes ont crû, mais dans le même temps, les coûts de production ont eux aussi augmenté. Avant 2005, la France était très en retard par rapport aux autres pays européens. Mais pendant la crise, notre système a mieux résisté et c’est à cette occasion que les acteurs de la filière hexagonale, dont notre agence, ont gagné des parts de marché. À périmètre égal, ce qui n’était pas encore Arqana, en 2005, représentait un volume de 1.750 chevaux pour 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2010, 2.100 chevaux généraient 70 millions. Le marché français n’a cessé de progresser et Arqana a vendu, en 2017, presque 2.700 chevaux, soit 135 millions. Mais aujourd’hui la compétition est grande. Pour les saisons à venir, nous travaillons à faire évoluer nos formats de vente car rien n’est gravé dans le marbre. Nous devons par ailleurs nous adapter au contexte économique de la filière hippique bien sûr, mais également à celui de la France et de l’Europe. Le début d’année 2019 sera intéressant à suivre, avec la mise en place d’un certain nombre de réformes au niveau des courses et peut-être des avancées du côté du Brexit. À notre niveau, nous allons nous adapter. Il est nécessaire de produire et de mettre sur le marché ce qu’exige la demande internationale. Ce n’est pas facile car les chevaux doivent cocher toutes les cases et le degré d’exigence des acheteurs augmente.