Gina Rarick : « Quelques règles doivent être mises en place non seulement pour la sécurité des jockeys, mais aussi pour la sécurité des chevaux »

Courses / 17.12.2018

Gina Rarick : « Quelques règles doivent être mises en place non seulement pour la sécurité des jockeys, mais aussi pour la sécurité des chevaux »

Suite à l’annulation et au report des courses du samedi 15 décembre à Deauville, Gina Rarick nous a donné son sentiment : « Je crois que certains points doivent être éclaircis suite à l’annulation des courses de Deauville de samedi. Tout d’abord, les mauvaises conditions météorologiques qui ont touché Deauville et ensuite le reste de la France n’étaient pas une surprise. Cela a été annoncé la veille. Les jockeys, les entraîneurs et les officiels des courses savaient ce qui allait se passer. Les pluies verglaçantes créent des conditions compliquées pour les jockeys, les entraîneurs et l’ensemble des employés.

Les plus mauvaises conditions météo sont vite parties et, trente minutes après que les courses ont été annulées, la pluie était finie. Il faisait encore froid, mais la P.S.F. était en parfaite condition. Les courses ont eu lieu dans des conditions bien plus difficiles, à Deauville comme ailleurs. Après la deuxième épreuve, deux jockeys sont tombés malades. Donc, dans l’intérêt de la sécurité, les courses ont été reportées au lendemain.

À la lumière de cet élément, il semblerait que quelques règles doivent être mises en place, non seulement pour la sécurité des jockeys, mais aussi pour la sécurité des chevaux qu’ils montent et pour préserver les intérêts des entraîneurs et propriétaires qui, sans les jockeys, ne peuvent pas travailler.

Trop de jockeys ont des difficultés à faire le poids et, par conséquence, prennent des décisions qui mettent leur santé en danger. Se rendre dans un sauna avec un estomac vide pour, ensuite, monter une course par temps glacial, c’est se mettre en danger. De plus, beaucoup de jockeys ont des breeches et des bottes aussi fins que du papier, qui n’offrent aucune protection contre les éléments.

En plus de cela, les jockeys participant à la course aux titres montent sur deux ou trois hippodromes en une seule journée.

Il est devenu clair qu’il n’est plus possible pour les jockeys d’être au top avec de telles circonstances. Dans l’intérêt des courses, France Galop a deux options : ne programmer qu’une seule réunion de plat par jour, ou interdire aux jockeys de monter sur plus d’un hippodrome par jour.

Deuxièmement, il devrait être interdit d’utiliser le sauna lorsque les températures extérieures sont de moins de 5 degrés Celsius, température à partir de laquelle le Code des courses autorise les jockeys à 500 grammes de plus pour avoir une couche de vêtements supplémentaire.

Il y avait trois options simples pour éviter l’annulation des courses de samedi. Tout d’abord, les jockeys pouvaient être autorisés à porter un kilo de plus pour pouvoir se couvrir. Deuxièmement, il aurait pu être autorisé de faire des changements de jockeys pour remplacer ceux qui étaient malades. Troisièmement, les courses auraient pu être retardées d’une heure pour permettre au plus gros du mauvais temps de partir. Mais cela impliquait que certains jockeys auraient manqué leurs engagements lors de la seconde réunion de la journée, à Lyon.

Plusieurs des top-jockeys ont dit que la décision de samedi a été prise à l’unanimité et que personne n’aurait monté. C’est totalement faux. Il y avait plein de jockeys prêts à monter, mais ils ont eu l’impression de devoir suivre les décisions des autres.

Le travail de jockey est l’un des plus difficile et dangereux du monde. Il en a toujours été ainsi. Mais si certains jockeys ne peuvent pas prendre les bonnes décisions leur permettant d’être prêts et en pleine santé pour faire leur travail, peut-être que des règles doivent être mises en place pour les aider. Les jockeys se comparent souvent à des footballeurs en termes d’athlétisme. Mais un footballeur joue avec un ballon. S’il crève, on le remplace facilement. Les jockeys se mettent en selle sur des animaux, que les entraîneurs et propriétaires ont préparé pendant des semaines, mois et années. Le jockey passera cinq minutes avec cet animal. Ils doivent être au top pour faire leur travail. »

Penser aux hommes…

Yann Barberot nous a donné un autre point de vue sur l’annulation et le report de samedi à Deauville. Entraîneur et ancien jockey, il ne souhaite pas relancer débats et polémiques sur la question. Mais il a souligné les conséquences, pas forcément visibles à première vue, qu’un tel changement a pour les entraîneurs et surtout leur personnel, déjà très sollicité tout au long de l’année. Voici quelques points qu’il a soulignés :

- Pour les entraîneurs qui n’entraînent pas sur place, à Deauville, ce report a entraîné des frais non négligeables. Parce qu’il faut loger le personnel contraint de rester sur place une journée de plus que prévue. Parce que cela engendre des frais supplémentaires de nourriture. Qui va payer ?

- Pour le personnel, ce report n’était pas prévisible non plus. Même relogés par leur entraîneur, les garçons de voyage et les lads n’avaient pas, par exemple, prévu de change. La nourriture pour les chevaux n’a pas non plus pu être amenée. Les entraîneurs locaux ont accepté d'apporter leur aide : il n’était pas possible de laisser les chevaux sans rien.

- Pour le personnel, c’est aussi une nuit de plus loin de chez eux. À la fin d’une saison de plat qui a été longue et éprouvante pour tous, avec une vraie fatigue mentale. À l’approche des fêtes de Noël. Pour eux, la situation n’est pas simple à gérer.

- Il y avait la possibilité de donner un kilo supplémentaire aux jockeys pour leur permettre de se couvrir au maximum, voire plus si besoin. Et affronter des conditions extrêmes. Si la livre supplémentaire en cas de froid ne suffit pas, France Galop doit pouvoir accorder plus pour que les jockeys se protègent au maximum. Et offrir la possibilité de remplacement pour ceux qui ne pouvaient pas se mettre en selle : il y avait de nombreux jockeys qui n’avaient que peu de montes et auraient pu remplacer ceux qui ne se sentaient pas bien.