La reconversion des chevaux de course, plus que jamais le combat numéro 1

Courses / 22.12.2018

La reconversion des chevaux de course, plus que jamais le combat numéro 1

La reconversion des chevaux de course, plus que jamais le combat numéro 1

Quand Au-delà des pistes (A.D.D.P.) a été officiellement lancé, en décembre 2015, ses créateurs ont déclaré que la reconversion des chevaux de course était une thématique extrêmement importante. Parce que des associations de défense des animaux particulièrement virulentes allaient s’emparer de ce sujet dans leur combat contre les courses et l’exploitation du cheval en général. A.D.D.P. soulignait déjà le fait qu’il ne fallait pas subir, mais anticiper, ce qui ne manquerait pas d’arriver. Ce mercredi 19 décembre, l’attaque de l’association antispéciste L214, associée à Konbini, leur a malheureusement donné raison.

Un sujet essentiel. Aliette Forien, présidente d’Au-delà des pistes, nous a dit : « La situation est urgente. Il est très important que l’ensemble de la filière du galop contribue à la reconversion des chevaux de courses. Au-delà des pistes a été créé notamment parce que nous savions que ce qui s’est passé cette semaine arriverait. C’était en 2015 et ces associations de défense des animaux ont fait du chemin depuis : elles sont plus virulentes et ont une audience encore plus forte. Il faut comprendre qu’elles s’adressent à des gens qui ne connaissent absolument pas le milieu et réagissent avec virulence à de telles images. C’est un problème que nous avions vu venir. Désormais, il est là et il est vraiment essentiel que tout le monde agisse ensemble. Nous ne sommes pas naïfs : des chevaux à l’abattoir, il y en aura toujours. Mais il est important que notre communication passe, que tout soit fait pour que les chevaux trouvent une deuxième vie et une retraite heureuse. Oui, le galop a déjà pris des dispositions. Il faut cependant encore les développer. LeTrot est très en retard et doit se poser des questions. Les vidéos comme celles de L214 touchent tout le monde : beaucoup ne font pas de différence entre trot et galop. »

La reconversion était un sujet du conseil d’administration de France Galop. Alix Choppin, membre du comité de pilotage d’Au-delà des pistes, a insisté sur la nécessité, pour l’ensemble des acteurs, de participer au financement de la reconversion des chevaux de courses. Le galop finance déjà la reconversion, mais doit aller encore plus loin. « Le partenariat avec la Ligue française de protection du cheval a eu des effets pernicieux. Il faut rappeler que les chevaux de courses pris en charge via cette structure sont ceux qui ne peuvent pas se reconvertir à cause de problèmes physiques. Or, certains chevaux blessés mais pouvant être soignés, comme dans le cas d’une tendinite par exemple, se sont retrouvés dans ce système qui est complètement engorgé… Dès la mise en place d’A.D.D.P., il était question d’organiser un système plus fluide, un réseau de structures accréditées pour "recycler" les chevaux dans les règles et sous contrat. L’idée est d’éviter le type de situations comme celle de Pariflash, que l’on voit dans une vidéo : c’est bien de trouver des personnes volontaires pour reprendre les animaux, mais il faut être responsable. Les chevaux doivent aller chez celles qui ont les moyens de s’en occuper. Ceux que nous plaçons sont sous contrat : si les nouveaux propriétaires ne peuvent plus s’en occuper, alors A.D.D.P. les reprend. Aucun ne nous est revenu. Le système marche. Nous avons accrédité quatorze structures et nous sommes en contact avec de nombreuses autres.

Au-delà des pistes travaille depuis plus d’un an avec Olivier Delloye, directeur général de France Galop, et le docteur Gadot, afin de mettre en place un financement de la reconversion par l’ensemble des acteurs des courses. Lundi, ce plan a été présenté au conseil d’administration et France Galop devrait expliquer prochainement ce qui a été retenu. Et ce n’est pas ce qui était espéré. Il est surprenant de constater que la plupart des réfractaires à ce sujet sont des représentants des socioprofessionnels : beaucoup disent que les propriétaires sont déjà en train de se serrer la ceinture, que ce n’est pas à la collectivité de s’occuper de ce sujet... C’est quelque chose d’assez choquant. Nous avons l’impression que l’urgence de la situation n’a pas été du tout comprise. Ce conseil d’administration, c’était lundi. Et, mercredi, L214 a publié ses vidéos. Nous y sommes donc. »

Ne pas voir le problème avec des yeux de professionnels. Alix Choppin souligne la nécessité pour les acteurs des courses de comprendre pourquoi ces vidéos touchent le public. « Honnêtement, sans viser personne, nous sommes un peu choqués de devoir ramer sur la question de la reconversion. Nous, personnalités du monde du galop, sommes peut-être les plus mal placés pour comprendre l’impact des vidéos de L214 et Konbini. Parce que nous avons grandi à la campagne, dans un milieu agricole, et que beaucoup savent ce que c’est que de tuer le cochon. Mais il faut comprendre que ces vidéos s’adressent à des citadins qui n’ont jamais touché un animal sauf un chien ou un chat, et que ces images sont choquantes. Or, le monde des courses cherche à attirer de nouveaux propriétaires. Il essaye de faire venir les citadins aux courses, via de nombreuses initiatives, et nous sommes donc obligés de nous mettre à leur place. Il faut en avoir conscience. Prenez l’exemple de l’écurie Vivaldi qui va chercher de nouveaux actionnaires. Elle reverse un pourcentage de ses gains de victoires à A.D.D.P. et a organisé récemment une vente aux enchères pour nous soutenir, parce que pour les nouveaux venus, c’est la question numéro 1 : je m’engage pendant deux ans sur un cheval de course, mais que devient-il à la fin du contrat ? Arqana Racing Club a aussi souvent été confronté à cette question et donne donc un millième de ses gains. Il faut absolument appeler à la prise de conscience du monde des courses sur cette question. »

La fin de vie, une question triste mais essentielle. Encore une fois, nous ne vivons pas chez les Bisounours et il y aura toujours des chevaux abattus. La question de la fin de vie est essentielle et il y a des choses à faire de ce côté-là. Alix Choppin explique : « Évidemment, l’abattage est choquant, mais il faut absolument comprendre que l’interdire n’est pas une solution. Cela peut mener à des situations connues en Angleterre ou aux États-Unis. En Angleterre, certains chevaux se retrouvent dans ce qu’ils appellent des sanctuaires, parfois touchés par des scandales d’abandon. Ces sanctuaires deviennent des mouroirs. Aux États-Unis, certains sont relâchés à l’état sauvage et peuvent finir shootés à la mitrailleuse depuis un hélicoptère pour réduire la population… Ou entassés dans des conditions catastrophiques sur la route des abattoirs du Canada. Nous sommes en contact avec l’A.V.E.F. (Association Vétérinaire Équine Française), qui souhaite travailler sur le sujet de la fin de vie des chevaux. Aujourd’hui, un cheval peut être euthanasié en cas de blessure ou maladie grave, mais il n’y a pas "d’euthanasie de complaisance". C’est un sujet délicat. Le transport des chevaux et l’attente à l’abattoir sont facteurs de beaucoup de stress. Il faut réfléchir à cette possibilité de l’euthanasie des chevaux, pour qu’ils aient une fin de vie la plus digne possible, avec le moins de stress. L’A.V.E.F. est partante pour ouvrir le débat. »