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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE - Deauville n’est pas si loin de Newmarket

International / 06.12.2018

LE MAGAZINE - Deauville n’est pas si loin de Newmarket

Les Breeding Stock Sales, ou ventes d’élevage à la française, jouent un rôle primordial sur le marché. Elles donnent aux éleveurs l’opportunité de rajeunir et renforcer leur jumenterie. Cette année, les ventes de yearlings et de foals ont confirmé la grande solidité du haut du panier et la faiblesse du tiers inférieur du marché. Les éleveurs, commerciaux ou amateurs, ont pris bonne note et ils ont fait leur choix. Les deux premières sessions de Tattersalls Décembre représentant à elles seules près de 90 % du chiffre d’affaires. Et elles donnent des signaux importants en vue de la vente Arqana qui démarre ce samedi. Les indicateurs de base sont en baisse, que ce soit le chiffre d’affaires (10 %) et le prix moyen (- 19 %). Cela s’explique très simplement, du fait de l’absence de sujets exceptionnels, comme Marsha (Acclamatio), Zhukova (Fastnet Rock) et Quiet Reflection (Showcasing). L’année dernière, ces trois chevaux représentaient 11,8 millions de Gns (13,88 millions d’euros), soit 17 % du total. La seule lauréate de Gr1 de cette année, Off Limits (Mastercraftsman), a été adjugée 1,2 million (1,4 millions d'euros). Elle est au sixième rang dans la liste des sept millionnaires, soit quatre de moins qu’en 2017.

Par Franco Raimondi

Cinquante-cinq femelles à plus de 300.000 Gns. Chaque catalogue est différent, ce qui rend les comparaisons impossibles avec la seule aide des grands indicateurs des ventes d’élevage. Il faut regarder de manière plus approfondie pour comprendre les attentes du marché et quelle somme d’argent les acheteurs sont prêts à débourser pour chaque cheval. La demande de femelles de haut niveau, celles adjugées à plus de 300.000 Gns, est encore plus forte qu’en 2017. À Tattersalls Décembre, en 2018, elles étaient 55, soit trois de plus que l’édition précédente, malgré le passage d’Hunaina (Tamayuz) dans la colonne des rachats. Le prix de 300.000 Gns n’est pas une ligne tracée au hasard sur le sable. Il s’agit de la valeur moyenne d’une femelle capable de produire, avec l’aide d’un étalon haut de gamme, un des 118 yearlings qui ont trouvé preneurs à 400.000 Gns/€ ou plus, à l’occasion des trois ventes européennes (Tattersalls book 1, Goffs Orby et Arqana août). La valeur de ces sujets a atteint un total de 97,7 millions d’euros, c’est-à-dire 47,4 % du chiffre d’affaires des trois ventes. Alors que cette crème de la crème ne représentait que 12,4 % des chevaux vendus. Bref, une poulinière à 300.000 Gns/€, c’est le premier pas pour avoir un yearling à 400.000 Gns/€.

L’impact d’une bonne saillie. Le rêve de tout le monde, c’est de trouver sa Charlize Théron ou son Tom Cruise, en plus jeune, doué(e) en cuisine et en amour. Pas évident. Les ventes aux enchères sont la rencontre de la demande et de l’offre. Même si vous n’êtes pas limité financièrement, si vous cherchez une Galileo de 7ans qui a déjà produit black type et qui est pleine de Dubawi, il est probable que votre quête soit difficile.  Un acheteur peut choisir sur ce que le marché veut bien lui offrir, mais il a aussi le droit de refuser ce qu’on lui présente. Cette année, les acheteurs ont privilégié les poulinières pleines par rapport aux pouliches à l’entraînement ou sortant des pistes. Sur 55 lots à plus de 300.000 Gns dans les deux premières sessions de Tattersalls Décembre, 37 étaient pleines et elles ont généré un chiffre d’affaires de 21,45 millions (25,26 millions d'euros). Ces poulinières sont responsables du 35 % du volume total de la vente et leur valeur nette, en déduisant le prix des saillies, est de 20,7 millions d’euros. Leur prix moyen est de 559.486 €. L’année dernière, 29 poulinières pleines ont trouvé preneurs à plus de 300.000 Gns pour un total de 15,43 millions de Gns (18,6 millions d’euros). Le poids des saillies était moins important – le tarif de Frankel a augmenté de 50.000 £, celui de Siyouni de 30.000 € et celui de Dark Angel de 20.000 € –, et pourtant le prix net moyen des poulinières était lui aussi plus faible, à 529.103 €.

L’âge est un peu moins important. Il nous manque encore deux détails pour bien comprendre ce qu’ont apprécié les acheteurs haut de gamme. Dans le haut du panier, les achats de femelles de 5ans et plus sont passés de 18 – dont 14 pleines – à 22. Mais surtout le marché ne s’est pas montré regardant sur l’âge et six poulinières de 10ans et plus ont affiché un prix moyen de 632.000 €. L’année dernière, deux poulinières de 10ans et plus ont dépassé le cap des 300.000 Gns. Le prix moyen, en euros, des 12 pouliches de 3ans et 4ans vides est de 651.000 Gns. Alors que celui des 18 du même âge pleines est de 730.000 Gns. Dans cette dernière catégorie, il est vrai qu’on doit tenir compte de l’impact des millionnaires pleines de Galileo (privé mais coté à 500.000 €), Siyouni (75.000 €) et Dark Angel (85.000 €). Une année, c’est très important quand il s’agit d’amortir un investissement.

Arqana, le prix moyen des poulinières a doublé. Newmarket passe le marteau à Deauville pour une vente qui n’est pas 100 % comparable. À Deauville, les foals (315) sont mélangés aux poulinières et aux femelles à l’entraînement ou sortant de l’entraînement. Parmi toutes les ventes du secteur plat, Arqana en décembre est celle qui a le plus réduit l’écart avec Tattersalls. En 2008, pour acheter une des 343 femelles vendues à Deauville, il fallait compter 28.360 €, alors que le prix moyen de Tattersalls était fixé à 63.907 €, soit plus du double. Le prix moyen des 476 pouliches et poulinières adjugées en 2017 chez Arqana est monté à 54.378 €. Les indicateurs de Tattersalls en 2017 ne sont pas comparables suite à la vente de trois femelles haut de gamme, mais aussi de la dispersion Ballylinch. Quoi qu’il en soit, Arqana a désormais dépassé Goffs et est plus proche de Newmarket, où le prix moyen en 2016 fut de 81.000 €.

C’est black type ou niet. Les résultats des ventes d’élevage sont les plus solides, dans le sens où elles ne sont pas le "produit des rêves". La valeur d’une pouliche ou poulinière est plus simple à saisir. Ce n’est pas par hasard si 54 des 55 femelles vendues à plus de 300.000 Gns chez Tattersalls sont gagnantes black types, mères de gagnants de Groupe ou filles où sœurs de lauréats de Gr1. Les gagnantes de Groupe qui ont franchi le cap de 300.000 Gns sont 17, les poulinières qui en ont donné un sont au nombre de 4, et 11 appartiennent exclusivement à la troisième catégorie. Logiquement il y a aussi des juments qui cochent deux ou trois cases à la fois.

La bonne réponse française. On a transféré le même critère de sélection sur le catalogue d’Arqana et la différence n’est pas si énorme. Bien sûr, il y a des choses qui ne peuvent pas se résumer avec un simple label, mais parmi ses 50 black types, Arqana propose 12 femelles qui se sont imposées dans les Groupes et huit qui ont donné des lauréats à ce niveau. Pour alléger le travail, je me suis permis de prendre en considération les pouliches et poulinières qui seront offertes en déstockage de trois grandes opérations comme  les Aga Khan Studs, Godolphin et l’élevage Wertheimer. Après un pointage minutieux, on trouve 15 filles ou sœurs de gagnants de Gr1. Newmarket n’est donc pas si loin de Deauville, c’est à vous, amis éleveurs de le confirmer…