LE MAGAZINE - Les foals, un marché à deux vitesses

Institution / Ventes / 17.12.2018

LE MAGAZINE - Les foals, un marché à deux vitesses

Par Franco Raimondi

Une foal, ou si vous préférez une pouliche âgée de 297 jours, par Dubawi (Dubai Millennium) était présentée par La Motteraye à Arqana. Elle a atteint le cap du million d’euros lors de la vente d’élevage. C’est une première en France, où ce marché n’était pas très populaire. Mais même chez Tattersalls et Goffs, les deux ventes boutiques de ce segment, un prix à sept chiffres n’est pas si fréquent. À Newmarket, une fille de Galileo (Sadler’s Wells) propre sœur de l’étalon Decorated Knight (Galileo) a fait tomber le marteau à 1,7 millions de Gns (1,98 million d’euros). Alors qu’en Irlande, deux pouliches et un poulain ont atteint les sept chiffres depuis 2013. Au total, seulement cinq foals sont arrivés au million en l’espace de six ans, contre 27 yearlings en 2018. Le marché des foals représente 8,8 % du chiffre d’affaires des ventes du Vieux Continent. Et même dans une année à deux vitesses, bonne en France et en Angleterre, mais mauvaise en Irlande, 1.618 sujets ont changé de main pour un prix moyen de 42.651 €. C’est-à-dire une progression de 6,6 %. Si vous voulez jouer les pessimistes, en effaçant les deux top prices, le prix moyen reste très correct, à 40.808 €.

La chute du troisième tiers. Et pourtant, à la fin des ventes, plusieurs petits éleveurs ont reçu un coup de fil du directeur de leur banque… C’est à cause de la chute du troisième tiers du marché qui a pris des allures de catastrophe, surtout dans la partie 2 de Goffs, lors de la Tattersalls Ireland Flat Foal Sale et pour le premier jour de Newmarket. Le pourcentage des vendus dans les deux ventes irlandaises a reculé à 56,1 %, alors qu’en 2017, il était déjà décevant à 63,8 %. La donnée la plus inquiétante vient du nombre de foals ayant généré un bénéfice pour les éleveurs : à peine 13,3 %. D’après un très bon article publié par Kevin Blake dans le Thoroughbred Daily News, 171 foals (le 70 %) ont causé une perte de 5.000 € ou plus. À ce chiffre, il faut ajouter les 182 qui n’ont pas trouvé preneurs. Lors de la session d’ouverture de Newmarket, 60,6 % ont été vendus, mais 54 % ont enregistré une perte de 5.000 €. Presque 300 foals sont revenus dans leur paddock de départ après ces trois ventes. Ils ont coûté, entre saillies et nourriture, un total de 3,77 millions d’euros.

Un léger progrès pour les autres. Les statistiques du marché des foals, en effaçant le troisième tiers, changent beaucoup. Le chiffre d’affaires affiche une progression de 0,8 %. Et la baisse du nombre de vendus est moins dramatique, avec un pourcentage de 76 %. Alors que le prix moyen s’établit à 51.765 €, progressant de 2,4 %. Le cœur du problème est la surproduction. Il est difficile d’imaginer une solution au niveau du programme pour trouver un débouché à ces foals que le marché a carrément refusé. Plus on s’éloigne du produit fini – le cheval de course – plus il devient difficile de trouver un propriétaire à un sujet de faible valeur.   

Un marché fort pour les pouliches. Le produit foal garde malgré tout une attractivité forte. Mais on est encore loin du Japon, où le haut de gamme du marché (J.R.H.A.) est divisé presque de moitié entre les deux segments. Cette année, on a assisté à un retour aux origines, à l’achat des foals avec la perspective de courir. La concentration des pedigrees en or chez les grands éleveurs a poussé le marché des pouliches. Trois des quatre meilleurs prix chez Goffs ont été payés pour des femelles. À Newmarket, en plus de la millionnaire, sept autres pouliches figurent dans le top dix. Et chez Arqana c’est moitié-moitié.

Un foal c’est moins cher. Acheter une foal pour avoir une poulinière, c’est un travail de longue haleine. Mais vu le prix du luxe sur le marché des femelles c’est une solution à envisager. La hausse des prix sur le haut de gamme pour les yearlings a poussé des acheteurs à investir dans les plus jeunes. Car en principe, ils sont moins chers. Le tableau que je vous propose présente les quinze étalons qui ont affiché le prix moyen le plus élevé cette année en Europe avec leurs yearlings. Le prix moyen de leurs foals, pour onze d’entres eux, est plus bas que celui des yearlings. Pour Dubawi (Dubai Millennium) et Sea the Stars (Cape Cross), la différence est très réduite. Mais dans d’autres cas, la fourchette est énorme. Pour les foals par Kingman (Invincible Spirit), le prix moyen est de 199.530 €. Alors qu’il faut compter sur presque 310.000 € pour un yearling.

Quand le produit coûte moins cher que la saillie. Un indicateur important est la différence entre le prix moyen et celui de la saillie de l’étalon en 2019. Siyouni (Pivotal) est proposé à 100.000 € en 2019. Et on pouvait acheter un de ses foals pour un prix moyen de 119.701 €. C’est vrai que ces foals sont les produits de saillies à 75.000 €. Mais la qualité des juments est presque la même. Le cas plus évident est celui de No Nay Never (Scat Daddy) qui est passé de 25.000 à 100.000 €. Les acheteurs ont payé en moyenne 76.192 € pour ses 33 foals adjugés et beaucoup parmi eux ont eu un raisonnement très simple : j’ai déjà le poulain, et pour moins cher…

Foal sharing, qui gagne et qui perd… Un autre facteur important sur le marché est la dissolution des foal-sharing. Cette formule permet aux petits éleveurs d’accéder à des étalons haut de gamme sans payer la saillie. Et ils sont associés sur le produit avec le propriétaire de l’étalon ou un porteur de part. C’est un truc vieux comme le monde et même le grand Secretariat (Bold Ruler) était fruit d’un foal-sharing qui fut ensuite liquidé avec tirage au sort. Maintenant, les choses sont bien différentes et la dissolution du foal-sharing devient une partie de poker autour d’une table grande comme un ring. La solution gagnant-gagnant, c’est-à-dire vendre plus cher que le prix de saillie, n’est pas assurée. Parfois le sujet n’arrive pas à ce niveau, surtout quand le propriétaire de l’étalon n’est pas intéressé. Il peut le faire partir pour moins cher. Mais une vente au rabais n’est pas, dans le meilleur des cas, une bonne publicité. L’éleveur a quelques atout en plus dans son jeu. Et souvent il rachète le foal pour le repasser yearling. Il devient alors gagnant pendant un instant car il a droit au poulain pour un prix qui est la moitié de la saillie, voire moins. Il ne s’agit que d’une fortune fugace car le prix reste dans les annales à jamais. Un yearling issu d’une saillie à 100.000 €, racheté foal pour 30.000 €, reste un foal qui n’avait de preneur à 32.000 €. Il peut même se transformer en millionnaire. Mais alors ce n’est plus simplement la fortune. C’est un vrai miracle.       

LES 15 ETALONS EUROPÉENS AYANT LE PRIX MOYEN LE PLUS ÉLEVÉ CHEZ LES YEARLINGS EN 2018

Étalon  Saillie 2019 Foals vendus Prix moyen Yearlings vendus Prix moyen
Dubawi 250.000 £ 3 893.102 19 854.385
Galileo Privé 4 658.346 34 922.064
Frankel 175.000 £ 9 521.887 21 398.407
Fastnet Rock 70.000 € 3 219.979 22 154.395
Kingman 75.000 £ 6 199.530 41 309.971
Lope de Vega 80.000 € 12 182.040 81 155.795
Sea the Stars 135 000 € 33 174.914 68 179.902
Invincible Spirit 120 000 € 6 136.692 36 222.396
Muhaarar 30.000 £ 8 125.403 56 191.173
Siyouni 100.000 € 8 119 701 84 154.881
Dark Angel 85.000 € 15 115 531 81 156.264
Kodiac 65.000 € 38 98.762 118 117 474
No Nay Never 100.000 € 33 76.192 101 135.178
Golden Horn 50.000 Lst 6 68.254 36 167.330
Oasis Dream 30.000 Lst 12 60.828 32 162.853