Tinagoodnight, la poulinière en vogue sur les obstacles anglais

Élevage / 16.12.2018

Tinagoodnight, la poulinière en vogue sur les obstacles anglais

Par Christopher Galmiche

Tinagoodnight (Sleeping Car). Ce nom ne vous dit rien ? C’est pourtant la poulinière de cette fin d’année en Angleterre. En effet, elle est la mère de Santini (Milan), vainqueur du John Francome Novices’ Chase (Gr2), le 1er décembre, pour ses débuts en steeple, après avoir remporté le Sefton Novices’ Hurdle (Gr1) à Aintree, et de Rockpoint (Shirocco), lauréat de l'Albert Barlett Novices’ Hurdle (Gr2), samedi à Cheltenham. Elle a aussi produit Dusky Legend (Midnight Legend), placé de Groupe sur les obstacles anglais. Quel rapport avec la France me direz-vous ? En fait, Tinagoodnight est née dans l’Hexagone, à l’écurie du Chêne, avant de débuter sa carrière chez François-Xavier de Chevigny. Focus sur l’histoire de cette poulinière dont les médias anglo-irlandais parlent beaucoup ces derniers jours.

Des achats réguliers de poulinières. Tinagoodnight illustre l’appétit des Britanniques pour nos poulinières. Car ils n’achètent pas seulement des foals, yearlings, stores et chevaux clés en main pour l’obstacle. Ils s’affairent aussi pour acquérir des poulinières, alors que leurs primes ne sont pas très valorisantes. L’éleveur du crack Altior (High Chaparral), Paddy Behan, s’en est d’ailleurs plaint dans les colonnes de l’Irish Field. Mais rien n’empêche la passion d'être plus forte que la raison et les acquisitions de poulinières sont nombreuses en France. C’est ainsi que des chevaux comme Santini, mais aussi le populaire The New One (King’s Theatre) et le lauréat de la Cheltenham Gold Cup (Gr1) Sizing John (Midnight Legend) sont issus de mères françaises.

Des débuts en plat à Clairefontaine. En ce qui concerne Tinagoodnight, elle a défendu les couleurs de David Powell et l’entraînement de François-Xavier de Chevigny, pour lequel elle a remporté le Prix de la Pointe de la Percée à Clairefontaine. Dans la foulée, elle a été vendue aux époux Kelvin-Hughes, pour lesquels elle a couru et gagné dès ses débuts à Kempton, sous la selle de Mick Fitzgerald, un crack jockey devenu consultant sur ITV Racing. Mais lors de sa deuxième sortie, associée cette fois à un certain Felix de Giles, elle a refusé de s’élancer, restant au poteau. David Powell nous a précisé : « Elle n’avait pas fait preuve de caractère en France, sinon nous ne l’aurions pas vendue. » Partie au haras, elle s’y est révélée bien meilleure. Issue d’une bonne famille qui s’est "réveillée" récemment, elle a produit les trois chevaux précités, mais aussi une poulinière, Early Dawne (Kayf Tara), un 4ans par Yeats, une 3ans par High Chaparral, une yearling par Walk in the Park et une foal de Pour Moi. Tinagoodnight a quitté le giron des Kelvin-Hughes, étant vendue à la vente de dispersion de Trull House Stud organisée par Goffs. C’est Matt Coleman qui l’a achetée pour 32.000 £ seulement, en début d’année. Mais avant de devenir cette poulinière à succès, Tinagoodnight a vu le jour en Normandie, chez David Powell.

Une vieille famille qui se réveille. Tinagoodnight provient d’une vieille souche, celle des "Tin", bien connue de David Powell qui a acheté la troisième mère de la poulinière, Tinorosa (Concertino) et a eu de la réussite grâce à elle avec des chevaux comme Tinotango (Lost World), Tinobravo (Highest Honor) ou encore Taikun Tino (Lost World), lauréat du Prix Général de Saint-Didier (Gr3) à Enghien. Il s’est souvent associé, sur cette famille, à Denis Baer et Magalen Bryant, comme pour les produits de Nathalie Blue (Épervier Bleu), la mère de Blue Dragon ** (Califet), et Fabulous Dragoness (Poliglote). « Nous avons acheté Tinorosa à Max Daguzan-Garros. C’était une jument entraînée par François Doumen qui s’était placée de Groupe. Nous l’avions acquise à la vente de l’Arc pour en faire une poulinière. Elle a bien produit et a donné Tinopasa (No Pass No Sale), laquelle a eu le malheur de tomber sur Kadalko avant de produire Tinarctica, une fille de l’étalon Arctic Tern, qui donnait du caractère. Tinarctica était une magnifique jument, qui avait des problèmes de dos. Nous n’avions pas pu l’exploiter correctement car à l’époque, cela se gérait moins bien. Au haras, elle nous a donné Tinagoodnight, qui était assez belle. Elle a gagné à Clairefontaine en débutant, bien montée par Alexis Badel, et nous l’avons vendue aussitôt pour l’Angleterre. Ses nouveaux propriétaires l’ont gardée pour l’élevage. C’est une famille qui est partie un peu en sommeil et se réveille. Elle est le fruit d’une sélection pour l’obstacle qui parle. »