À la rencontre de Ryan Curatolo, le jockey sans frontière

International / 22.01.2019

À la rencontre de Ryan Curatolo, le jockey sans frontière

Par Charlotte Rimaud

Ryan Curatolo, jeune français de 26 ans, a fait ses armes aux États-Unis sous l’aile de Patrick Biancone avant de parcourir plusieurs hippodromes au service d’entraîneurs et propriétaires du monde entier. Il a remporté cet hiver le Derby du Qatar (Gr1 local) en selle sur Full Moon (Declaration of War).

Dans le pays de l’Oncle Sam. Après un stage de découverte à l’Afasec de Cabriès à l’âge de 10 ans, Ryan Curatolo a été accepté à l’Afasec de Chantilly quatre ans plus tard. Il nous a dit : « J’ai effectué mon apprentissage chez David Smaga de 14 ans à 18 ans. Je n’ai pas beaucoup monté en France. Je suis parti en juillet 2010 à Miami. À l’époque, j’espérais simplement monter à l’entraînement. Je tentais l’expérience américaine sans vraiment savoir à quoi m’attendre. Mais en peu de temps, tout est allé assez vite ! J’ai gagné pas mal de courses et des entraîneurs m’ont remarqué. » Patrick Biancone lui propose de travailler avec lui et Ryan Curatolo le suit à New York. Il a ajouté : « Il m’a tout appris, monter à l’entraînement comme en course. Il m’a présenté à un grand propriétaire new-yorkais, Carl Lizza. Ce dernier m’a proposé un contrat de premier jockey que j’ai accepté. Je suis resté trois ans aux États-Unis. » Outre-Atlantique, le jeune homme a notamment remporté de cinq longueurs les Hill Prince Stakes (Gr3) en selle sur Street Game (Street Cry), pensionnaire de Michelle Nevin et représentant de Flying Zee Stables, dont le propriétaire est Carl Lizza.

Une première expérience asiatique. Ryan Curatolo a ensuite eu l’occasion d’aller travailler pour Gary Moore à Macau. Il a saisi l’opportunité et s’est envolé pour l’Asie du Sud-Est en octobre 2013. Il raconte : « Je devais d’abord passer uniquement l’hiver à Macau, donc l’équivalent de trois mois. J’y suis finalement resté trois ans et demi ! C’est vraiment un autre monde. Macau, c’est un peu le Las Vegas chinois. Les mentalités sont différentes, le système de courses également. J’ai su faire mes preuves assez rapidement là-bas, jusqu’à monter de belles courses et remporter la Macau Gold Cup, Gr1 local. » Macau est une bonne base pour pouvoir se rendre à Hongkong, Singapour et même au Japon. Ryan Curatolo a donc continué son tour du monde. Il poursuit : « Auparavant, on rêvait plus de l’Amérique. Aujourd’hui c’est beaucoup plus ouvert, sûrement grâce à des jockeys comme Olivier Peslier, Christophe Lemaire, Gérald Mossé qui nous ont fait découvrir d’autres horizons. D’ailleurs je conseillerais fortement aux jeunes jockeys de partir à l’étranger, ne serait-ce que l’hiver. C’est un réel plus pour s’adapter à un nouvel endroit et apprendre des autres. » À Macau, Ryan Curatolo a connu plusieurs succès de Groupe, dans les Macau Guineas et la Macau Gold Cup (Grs1), mais aussi le Spring Trophy et Winter Trophy (Grs2).

Ses valises se posent au Japon… Séduit par la culture japonaise, Ryan Curatolo a fait plusieurs séjours au Japon avant de réussir à avoir une licence de la N.R.A. pour trois mois. « En trois mois, j’ai remporté 29 courses, ce qui est un assez gros chiffre. La culture est tout à fait différente au Japon. De manière générale, les gens sont plus polis, fondamentalement gentils. Tout est en ordre, tout est parfait. C’était vraiment incroyable comme expérience ! En revanche, en tant que jockeys, nous sommes complètement coupés du monde extérieur, sans téléphone ni autre moyen de communication pendant les courses. J’en garde un très bon souvenir. » Au Japon, il a enregistré un record de victoires en trois mois, devançant ainsi Alan Munro, Cristian Demuro et son frère Mirco Demuro.

Puis à Singapour… À Singapour Ryan Curatolo a gagné 35 courses malgré les problèmes de poids qu’il a pu y rencontrer. Le jeune homme a expliqué : « Je suis resté huit mois à Singapour. Cela peut parfois interpeller les gens que j’aie autant changé de pays. Mais j’ai saisi les opportunités en fonction de la demande dans chaque pays. À Singapour, j’ai rencontré pas mal de problèmes de poids à cause de la chaleur, de l’humidité, je faisais de la rétention d’eau, ce qui n’aidait pas. Maintenant au Qatar, j’ai réussi à me stabiliser, à éliminer les calories plus rapidement. »

Et au Qatar cet hiver ! Sollicité à plusieurs reprises pour aller monter au Qatar lorsqu’il était à Macau, Ryan Curatolo n’avait jamais vraiment sauté le pas. Il nous explique pourquoi : « J’avais de bonnes opportunités à Macau, donc j’ai décidé assez tardivement de passer un hiver au Qatar. Tout le monde me disait que c’était super bien pour l’avenir. Tous les ans, on revenait vers moi pour vérifier mes disponibilités. J’avais l’opportunité de monter pour Debbie Moutain. En 2018, je suis allé passer un mois de vacances à Doha et Debbie Mountain m’a dit de rester si cela me plaisait. Mon ami Rudy Nerbonne, assistant de Julian Smart, m’a aussi aidé à venir au Qatar. J’ai monté quelques courses pendant ce temps-là, dont le Derby, que j’ai gagné ! Cela ne pouvait pas mieux se passer. » Ryan Curatolo va terminer la saison hivernale au Qatar. Il monte pour Debbie Mountain, mais aussi pour Julian Smart après Théo Bachelot.

Un avenir de globe-trotter. En 2019, le Français continuera à aller où le vent le portera : « Je suis jeune, positif, et pour le moment je pense rester dans ce coin du monde, mais je garde toutes les portes ouvertes. Je voudrais évidemment continuer à monter de belles courses, car ce sont elles qui nous font vraiment vibrer. Mais il ne faut pas oublier celles de nos débuts. Aujourd’hui, j’ai plus de 450 gagnants, et toutes les victoires sont nécessaires pour avancer et s’améliorer. » Ce jeune passionné et motivé a un but précis : « Gagner de grandes courses, des Groupes importants dans chacun des pays que je parcours. »