Au sujet de la prime propriétaire en obstacle - Par David Powell

Courses / 26.01.2019

Au sujet de la prime propriétaire en obstacle - Par David Powell

Au sujet de la prime propriétaire en obstacle

Par David Powell

En lisant les commentaires concernant la création d’une prime propriétaire en obstacle, la plus pertinente me semble celle d’Hervé d’Armaillé, qui explique que si l’on baissait les allocations pour financer une prime, cela reviendrait au même, sauf à compliquer la situation (compliquer, en France, on adore). Déjà, quelle serait la définition d’un "propriétaire français" ? Cela ne rappelle-t-il pas un peu les "Français de souche"... ?

La prime propriétaire en plat fut conçue pour essayer de compenser le boulet fiscal et social traîné par l’élevage français par rapport aux étrangers, ce qui n’est pas le cas en obstacle, loin de là. Il y a bien plus de french-breds vainqueurs en Angleterre ou Irlande. C’est nous qui gagnons chez eux, plutôt que le contraire.

Il faut surtout que l’on cesse de mettre en cause l’exportation des chevaux pour expliquer le manque de partants. C’est statistiquement absurde d’une part, et surtout illogique comme l’ont remarqué certains. Ce commerce, qui pallie l’indigence relative de la clientèle franco-française, permet de réinvestir et donc au contraire maintient le nombre de naissances, d’achats et de locations, et donc de chevaux disponibles.

Ce refrain est évoqué à l’envi pour éviter de parler du vrai problème : c’est le programme qui incite à l’exportation. La culture du "n’ayant pas" rend de plus en plus difficile l’exploitation des chevaux utiles, et surtout l’éclosion de jeunes chevaux prometteurs qu’il faudrait pouvoir fabriquer par un programme en progression. Dans les conditions actuelles, avec un jeune espoir, on n’a pas droit à l’erreur si on le conserve : s’il s’avère juste pour les groupes, sa carrière sera beaucoup moins bien rémunérée que sa valeur à l’export...

Or, on cherche par les conditions de courses prohibitives à pousser tous les chevaux vers les handicaps, parfois bien avant d’avoir le métier suffisant, afin de se donner raison en ânonnant avec nos "Gilets jaunes hippiques" que "ce sont les handicaps qui font la recette"... Évidemment, on n’a pas le choix ! Et la médiocrité sportive du spectacle, comme la malhonnêteté inhérente au système, contribue bien sûr à la désaffection du public et des parieurs...

On croit qu’en empêchant les bons chevaux de courir, il y aura davantage de partants. Or on constate tous les jours que c’est le contraire. Les "courses de bienfaisance" (comme le steeple d’AQPS récemment à Pau) font cinq partants ou moins... Ipso facto, pour un poulain qui n’y avait plus droit parce qu’il avait pris une malheureuse allocation, la tentation d’accepter une offre pour l’étranger est forte, car on le voit condamné à un chemin de croix toute l’année...

Notre programme est conçu pour les mauvais chevaux, et ce sera parfaitement logique si nous n’avons plus que cela.

C’est déjà le cas en plat, où le moindre quatrième couteau anglais ou irlandais trouve facile de gagner un groupe en France, et si l’on persiste dans l’erreur, il ne faudra pas s’étonner si nous évoluons vers la même situation en obstacle.