Brexit : Theresa May tente d’obtenir la réouverture des négociations avec l’Union européenne

International / 30.01.2019

Brexit : Theresa May tente d’obtenir la réouverture des négociations avec l’Union européenne

Après le rejet massif du projet d’accord le 15 janvier dernier, les députés britanniques se sont réunis mardi 29 janvier pour voter plusieurs amendements afin de trouver une issue favorable au Brexit, à deux mois jour pour jour de la date de sortie prévue. Mais à 21 h 30, le dernier amendement voté par la Chambre des Communes a donné mandat à Theresa May pour renégocier la clause de sauvegarde irlandaise (le fameux "backstop", ou "filet de sécurité", afin d’éviter une frontière physique entre les deux Irlande). La Première Ministre britannique va tenter ainsi la réouverture des négociations avec Bruxelles, sur un accord négocié depuis deux ans avec elle-même. Retour à la case départ. Theresa May revient sur ses positions initiales et souhaite désormais remplacer le "backstop" par « des arrangements alternatifs de nature à éviter une frontière physique ». Or ces arrangements nécessitent des révisions juridiques impliquant la réouverture des négociations de l’accord de retrait, alors que Bruxelles s’y oppose toujours fortement. Le traité conclu en novembre « n’est pas négociable », a indiqué hier soir Donald Tusk, président du Conseil européen.

Comprendre l’enjeu du "backstop." Le "backstop", tel qu’il est rédigé dans l’accord de retrait, maintient l’Irlande du Nord dans les standards européens et, d’une façon plus souple, l’ensemble du Royaume-Uni. Il n’y a aucune autre manière d’éviter la mise en place de contrôles sanitaires sur les 200 routes qui lient les deux Irlande et ces contrôles ne sont pas dématérialisables. Si l’on veut éviter une crise sanitaire en Europe, il est indispensable de poser une frontière physique à l’entrée des menaces épidémiques. Or, si on ne l’implante pas au cœur des deux Irlande, où la pose-t-on ? C’est à cette question que le Royaume-Uni ne parvient pas à répondre depuis deux ans. Et le vote des députés, mardi soir, n’apporte aucune autre réponse qu’un simple rejet du "backstop".

Les négociations Royaume-Uni/Union européenne sont donc actuellement dans une impasse, et Theresa May pense réussir à s’en sortir en rouvrant les discussions avec Bruxelles.

Si aucun accord n’est conclu avec l’Union européenne d’ici le 13 février, Theresa May a annoncé son intention d’organiser un vote le 14 février prochain sur un départ sans accord.

La France se prépare véritablement à un Brexit sans accord. Afin de se préparer à un Brexit sans accord, la compagnie bretonne Brittany Ferries a conclu un contrat de 51,7 millions d’euros avec le ministère des Transports britannique, ce qui permettrait de désengorger ainsi le port de Douvres (relié à Calais, en Angleterre). La compagnie française ajoutera ainsi dix-neuf aller-retour supplémentaires sur trois lignes (Roscoff, Cherbourg, Le Havre), une décision prise en vue d’éviter une baisse de trafic et donc une mise en péril de Brittany Ferries. Actuellement, il faut 45 minutes pour sortir les véhicules du bateau et 45 minutes pour les faire monter dans le car-ferry. Philippe Deiss, directeur des Ports de Normandie, a exposé : « Sur une centaine de camions, il faut d’abord contrôler l’identité des chauffeurs (50 minutes de plus), et ce sans compter les contrôles sanitaires. Ce n’est pas envisageable. Il va donc falloir débarquer les camions pour ensuite faire les contrôles d’identités et sanitaires »

Sachant que les contrôles vétérinaires et phytosanitaires devront être mis en place dès le 30 mars 2019, requérant des bâtiments à cet effet, la Normandie se prépare elle aussi à un Brexit sans accord. Le président de Région, Hervé Morin, a déposé le 15 décembre dernier auprès de l’Union européenne une demande d’agrément pour une installation provisoire hors zone douanière pour les contrôles vétérinaires et douaniers, pour les ports d'Ouistreham, de Dieppe et Cherbourg. Si cette dérogation est accordée, cela laissera 18 mois à Ports de Normandie pour faire les travaux nécessaires aux installations définitives, dont le coût est estimé à 30 millions d’euros. Au-delà des besoins financiers, l’ensemble de ces nouveaux contrôles va requérir des besoins humains difficiles à obtenir : trouver des professionnels compétents, vétérinaires et autres experts, capables de faire ces contrôles et totalement bilingues.

À Calais, la France a déjà mis en route ses travaux de construction de postes de contrôles aux frontières, au niveau de l’Eurotunnel, contrairement au Royaume-Uni qui espère toujours sortir de l’impasse diplomatique.

Pour l’instant, rien n’est encore joué, peut-être le Royaume-Uni et l’Union européenne vont-ils trouver un accord ? Ce qui arrangerait les propriétaires, éleveurs et entraîneurs de chevaux de course.

Mais l’espoir est mince : Michel Barnier, chef des négociations européennes, et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, viennent de déclarer qu’aucune négociation n’est pour l’instant ouverte avec Theresa May.

En attendant, la Fédération des éleveurs travaille de près sur ce sujet avec les autorités hippiques. La vente de février à Deauville sera d’ailleurs l’occasion de rendez-vous entre Arqana, les commissions internationale et sanitaire de la Fédération et leurs homologues irlandais, afin de développer des solutions concrètes entre les transporteurs, les vétérinaires et les éleveurs.