Cercy, de record en record

Élevage / 07.01.2019

Cercy, de record en record

Ce samedi, Cercy-la-Tour organisait sa traditionnelle journée portes ouvertes. Andrée Cyprès, responsable de la promotion, de la communication et de l’évènementiel, est revenue sur cet événement où les éleveurs, en nombre record, s’étaient déplacés pour venir à la rencontre des étalons de la coopérative, accompagnés de six autres sires régionaux.

En approchant la barre des 720 juments, la Société coopérative agricole des éleveurs de chevaux de course s’est imposée en 2018 comme le recordman du nombre de saillies dans l’Hexagone. Les 234 compagnes de Cokoriko (Robin des Champs), un autre record, ont été décisives pour atteindre un tel chiffre, mais il n’est pas le seul à avoir travaillé, car pas moins de trois autres sires de Cercy – Free Port Lux, Karaktar et Coastal Path – ont dépassé ou atteint les 80 saillies.

Ce lundi, Andrée Cyprès nous a expliqué : « Nous avions prévu 400 personnes pour le repas. Mais ce n’était pas assez et nous avons dû rajouter des couverts ! Le fait de coupler la présentation des étalons avec l’Assemblée générale de la coopérative a bien sûr un effet positif sur l’affluence. Mais beaucoup de gens arrivent ensuite, directement pour voir les étalons. Cet engouement s’inscrit dans la droite ligne du record de saillies effectué par nos sires en 2018. Il y a localement une spirale positive autour de l’élevage. Et cela participe à l’effort pour soutenir l’obstacle, et en particulier le nombre de partants dans cette discipline. Quand l’élevage est dynamique, c’est l’ensemble de la filière qui en tire les bénéfices. »

Proposer des étalons à des prix abordables. « Le fait d’être une coopérative nous permet de proposer des saillies à des prix compétitifs, ce qui constitue un contexte incitatif pour le maillage de petits éleveurs de notre région. Nous avons conservé de l’époque des Haras nationaux la volonté de continuer à travailler pour le collectif. Économiquement parlant, beaucoup d’éleveurs ne peuvent pas dépasser un certain prix de saillie. Et en leur proposant des pères de gagnants, qui ont une valeur sur le marché, à des tarifs avantageux, la coopérative leur permet de rester en selle. Ceci étant dit, nous sommes bien sûr obligés de revoir à la hausse le tarif de Cokoriko qui passe à un prix public de 6.000 € H.T. et 4.000 € H.T. pour les coopérateurs. Le cheval est complet, mais augmenter son prix de saillie permet de le limiter un minimum. »

Tester des jeunes sires. « Le fonctionnement d’une coopérative permet de fédérer les gens pour le bénéfice de l’élevage français. Dans notre contexte, un cheval comme Cokoriko ne peut pas être vendu à l’étranger, alors que la demande pour ce type de profils est forte. Sa syndication n’avait pas été évidente. Certains n’y croyaient pas. À l’inverse, Tunis (Estejo) a été syndiqué en 1 h 30 ! Là aussi, cela permettra de conserver un jeune sire prometteur en France. Façonner un étalon d’obstacle est très long. Il faut au moins quatre années et les profils attractifs sont vraiment difficiles à trouver. Surtout que ce marché des pères de sauteurs attire désormais des acteurs avec des moyens importants, qu’ils soient en France ou outre-Manche. Pour nous, il n’est jamais évident de trouver les finances pour lutter. Mais il n’y pas de secret : pour faire émerger les futurs bons étalons de demain, il faut être capable de lancer des jeunes. Et notre région, avec sa jumenterie nombreuse, a prouvé sa capacité à mener à bien ce type d’opération. En 2019, nous ne proposons pas moins de cinq sires dont les premiers produits conçus en France pour l’obstacle ont 3ans ou moins. C’est un engagement fort. Nous sommes très heureux de voir que les éleveurs nous suivent dans cette démarche. Il suffit de regarder l’engouement suscité par l’arrivée de Tunis. C’est un magnifique cheval, très chic. Ses performances récentes sont encore dans toutes les têtes et la constance de Master Dino (Doctor Dino) continue d’apporter du crédit à son palmarès. »

Une année cruciale pour Rail Link. « Tunis est assuré d’atteindre la centaine de juments. C’était un cheval assez précoce pour bien courir en plat à 2ans et avec une capacité d’adaptation suffisante pour être rapidement performant en France à 3ans. Son entourage nous a confié qu’il n’avait jamais eu le moindre problème de santé, ce qui est quand même une vraie qualité pour un cheval de haut niveau sur les obstacles après avoir débuté sa carrière à 2ans. Tunis était vraiment un roc, sain, net et doué. L’année 2019 va aussi être très importante pour Rail Link (Dansili), dont les premiers 3ans conçus pour l’obstacle vont apparaître sur les programmes. Les éleveurs de la région croient en lui et n’ont pas hésité à lui envoyer de très bonnes juments. Il transmet son cadre et nous avons de bons bruits en provenance de l’entraînement. À présent, nous attendons le verdict de la compétition. »

Investir et se développer. « Nous essayons d’intégrer tous les ans des nouveaux venus. Mais l’exercice n’est pas évident car les prospects sont rares. La coopérative poursuit son développement grâce à la réussite des étalons déjà en activité. C’est ainsi que nous avons inauguré un nouveau bâtiment, le deuxième équipé pour la mise sous lumière. L’écurie Voix du Nord a vu le jour car le nombre de juments à la saillie n’a cessé de progresser depuis le lancement de la coopérative. En 2013, il était d’ailleurs difficile d’imaginer que tout cela allait prendre une telle ampleur. Nous avons aussi embauché un nouvel employé et à présent, la coopérative représente huit temps pleins à l’année. Dans la région, l’élevage de sauteurs est en expansion. Ce week-end, parmi les éleveurs, il y avait de nombreuses têtes qui nous étaient inconnues. Certains viennent des sports équestres, beaucoup du monde agricole. Il y a une vraie relève, avec des jeunes. C’est important, ces vocations, pour l’avenir. Certains agriculteurs veulent se lancer et plusieurs éleveurs établis, comme par exemple Nicolas de Lageneste ou nous-mêmes, leur proposons des partenariats sur des juments. Cela leur permet de ne pas avoir à trouver des fonds pour mettre le pied à l’étrier, tout en bénéficiant de l’expérience du partenaire qui fournit la jument. Tout le monde bénéficie de cette spirale positive. S’il ne restait que quelques gros élevages isolés, ces derniers pâtiraient de la situation. Dans une région agricole comme la nôtre, l’élevage des sauteurs a une réelle importance. »