ITM IRISH STALLION TRAIL 2019 - Au cœur de l’élevage irlandais

International / 17.01.2019

ITM IRISH STALLION TRAIL 2019 - Au cœur de l’élevage irlandais

À l’occasion de l’ITM Irish Stallion Trail, une trentaine de haras irlandais ont ouvert leurs portes. Après Tara Stud, l’Irish National Stud et Ballylinch Stud, Yeomanstown Stud Kilbarry Lodge Stud, nous sommes partis à la rencontre de Compas Stallion et de Rathasker Stud.

Par Adrien Cugnasse

Les Anglais ont inventé les courses modernes, mais le cœur de l’Europe hippique se trouve en Irlande. C’est vraiment là qu’il bat, en particulier l’élevage. Ce qui caractérise les Irlandais, outre leur résilience face aux aléas du marché, c’est leur capacité à adopter toute bonne idée, d’où qu’elle vienne. Des États-Unis, ils ont importé la préparation des poulains pour les breeze up. En s’inspirant de la Route des étalons, qui a vu le jour en Normandie, ils ont créé l’ITM Irish Stallion Trail. Les 11 et 12 janvier, les haras irlandais nous ont ouvert leurs portes.

COMPAS STALLIONS

Micheal Orlandi, le plus jeune vendeur de saillies d’Irlande.

De l’audace, Micheal Orlandi n’en manque pas. La trentaine à peine dépassée, il est à la tête de Compas Stallions. Trois des cinq étalons qu’il distribue – My Dream Boat, Smooth Daddy et Kuroshio – sont stationnés à Clongiffen Stud. C’est là que nous l’avons rencontré.

Entre deux éclaircies, le jeune homme présente ses étalons aux éleveurs de passage. Ces derniers sont tenus par Robert Honner, lui aussi trentenaire et à la tête du haras familial, Clongiffen Stud. Micheal Orlandi nous a confié : « Je suis certainement le plus jeune parmi tous ceux qui vendent des saillies en Irlande. Il faut un peu de folie pour se lancer dans une telle aventure, au milieu d’un pays où la concentration de haras est aussi élevée. Mais bon, je suis irlandais et certainement un peu fou aussi. Tout le monde m’a demandé pourquoi je n’allais pas en Australie ou aux États-Unis, où l’on donne plus facilement leur chance aux jeunes, où tout est neuf et où l'on donne une deuxième chance à celui qui s’est déjà trompé. Mais je suis irlandais. Et je veux réussir dans mon pays. Le marché a été très sévère avec les éleveurs ces derniers temps. Ceci étant dit, tout le monde sait que le marché est cyclique et que des jours meilleurs vont revenir. Le premier challenge, c’est de trouver des étalons intéressants dans un marché de plus en plus sélectif. Ils sont rarement à vendre et lorsqu’ils le sont, le plus souvent leur tarif est prohibitif. Une fois que vous avez trouvé un étalon auquel vous croyez, il faut donner aux gens l’envie de l’utiliser. Il faut le faire connaître, le promouvoir. Mais s’il ne ressemble pas à ce que les éleveurs cherchent, vous aurez beau faire ce que vous voulez, ils ne l’utiliseront pas. Tout est important, du pedigree aux performances en passant par le physique. J’essaye de choisir des sujets issus de pères de pères. »

Partir de zéro. « Je ne suis pas issu du sérail. Mais parents tiennent un fish and chips à Mullingar. Vous devriez y aller d’ailleurs, c’est le meilleur de la région ! Ils m’ont transmis leur passion des chevaux. J’ai commencé par le concours hippique et la chasse. Ensuite, j’ai travaillé en achetant des chevaux à l’entraînement et des yearlings, notamment pour Mark Johnston et Maurice Burns. Je continue à faire du courtage, mais aujourd’hui, ma principale activité consiste à vendre des saillies et les chevaux sont stationnés dans deux lieux différents : à Bridge House Stud (Cappella Sansevero & Strath Burn) et à Clongiffen Stud (My Dream Boat, Smooth Daddy & Kuroshio). À l’avenir, je rêve d’avoir mon propre haras. Mais chaque chose en son temps car contrairement à une bonne partie des gens qui font ce métier, je n’ai pas hérité d’une entreprise ou d’un haras. Je suis parti de zéro et dans ce contexte, je n’ai pas d’alternative au succès ! Il faut que mes étalons saillissent et que leur production réussisse. Mon entreprise s’appelle Compas Stallion car je voulais faire référence à la boussole. Mon premier slogan fut "orienter mes clients dans la bonne direction". Je pense qu’il fallait partir avec quelque chose de neuf car mon nom était totalement inconnu. »

Le roi des statistiques. Beau cheval noir, Kuroshio (Exceed and Excel) est très "australien" dans son modèle. Micheál Orlandi précise : « Il devrait d’ailleurs repartir faire la double saison en Australie chez Darley. Le cheval a des statistiques formidables et des Anglais lui envoient des juments. En 2018, il a eu 22 % de black types par partant dans sa première production qui était âgée de 2ans. Deux de ses produits européens ont déjà pris du caractère gras, dont Dunkerron (deuxième des Qatar Vintage Stakes, Gr2). Il a aussi un produit qui va très bien à Hongkong. Special Stars y a en effet remporté deux courses en quatre sorties. À 6.000 €, il est très compétitif et je pense qu’il pourrait aussi attirer des juments d’Europe continentale. À ce tarif, il n’existe pas d’étalon avec d’aussi bonnes statistiques. » À ses côtés, Smooth Daddy (Scat Daddy) veut surfer sur la popularité de son père, Scat Daddy (Johannesburg), alors que le nageur My Dream Boat (Lord Shanakill) se dirige vers le marché de l’obstacle.

Un record d’affluence pour l’édition 2019.  Durant deux journées, 28 haras ont ouvert leurs portes aux éleveurs, professionnels mais également à tous les passionnés venus d’Irlande et d’ailleurs. En accueillant le grand public, les haras démystifient certains préjugés concernant l’élevage et les courses. Dans le même temps, ils attisent la passion des Irlandais pour le cheval et la compétition hippique. L’Irish Thoroughbred Marketing (ITM) ne lésine pas sur les moyens, tant au niveau de la presse spécialisée que des canaux plus grand public. Les haras ont notamment bénéficié d’une série de vidéos à l’occasion de cet événement. En 2019, plus de 2.500 personnes s’étaient enregistrées sur le site de l’ITM. Ce chiffre ne tient pas compte de tous ceux – et ils étaient vraisemblablement nombreux – qui se sont déplacés de manière informelle. Alex Cairns, responsable de la communication de l’ITM, a déclaré : « Cet événement est devenu une sorte de pèlerinage pour les éleveurs et le grand public. Nous avons d’excellents retours et attendons avec impatience l’édition 2020. »

RATHASKER STUD

Maurice Burns : « Le cœur de notre clientèle, c’est le chef d’entreprise anglais »

Orienté vers la vitesse, comme beaucoup de haras irlandais, Rathasker Stud accueille trois étalons pour 2019 : Anjaal, Bungle Inthejungle et Clodovil. Le maître des lieux, Maurice Burns, nous a livré ses impressions.

Visiblement très à l’aise avec les médias, Maurice Burns fait partie des défenseurs de l’Irish Stallion Trail : « Nous avons eu beaucoup de monde tout au long de ces deux jours. Y compris de nouveaux clients, irlandais et étrangers. Ce fut l’occasion de vendre quelques saillies. Cet événement est très positif, toute publicité, toute occasion de faire connaître son haras et ses étalons est bonne à prendre. Par ailleurs, nous avons eu la visite de gens qui veulent découvrir l’envers du décor des courses et de l’élevage, ou des employés d’entraîneurs qui souhaitent voir en chair et en os les pères des chevaux qu’ils montent le matin. »

En espérant y voir plus clair en août. « Les conséquences du Brexit ne seront mesurables qu’à long terme. En 2019, les Anglais vont certainement nous envoyer des juments non suitées. Dans un premier temps, nous ne serons que moyennement affectés. Reste à voir comment les choses vont évoluer par la suite, car la situation est hors de contrôle. Il n’y aucun plan, aucune stratégie claire pour se sortir de cette période trouble. Or, toute entreprise a besoin d’un plan pour continuer son activité. Nous espérons que la situation se sera clarifiée au mois d’août, date à laquelle nous devrons envoyer des chevaux pour les ventes anglaises. La France et ses ventes pourraient tirer profit de cette situation car les Irlandais vont peut-être y envoyer une partie de leurs chevaux. »

L’Irlande est totalement dépendante du marché anglais. « L’immense majorité de la production irlandaise prend la direction de l’Angleterre. Le cœur de notre clientèle, c’est le chef d’entreprise anglais qui s’offre tous les ans quelques yearlings. Et en période d’incertitude, ce dernier peut très bien décider de reporter ses achats qui ne sont pas des nécessités. Dans le même temps, si la livre chute encore, les yearlings achetés en euros seront moins attractifs pour ces mêmes acheteurs. Et c’est pareil pour les saillies et tout ce qui est à vendre en Irlande. En attendant, nous n’avons d’autre choix que de continuer à faire saillir et à bien faire notre travail. Si le top du marché se porte bien, ce qui fut toujours le cas, le reste a beaucoup souffert ces dernières années. Pourtant, parmi tous ces yearlings qui ne sont pas considérés comme la crème de la crème, il y a beaucoup de très bons chevaux de course. Plus que jamais, les haras doivent proposer une offre attractive à leur clientèle. En sachant que les saillies de 2019 donneront les yearlings de 2021, on peut raisonnablement espérer qu’à ce moment-là, les problèmes du Brexit seront résolus. »

La belle année de Bungle Inthejungle. Présenté en début de saison comme l’un des favoris au titre d’étalon de première génération, le jeune sire de Rathasker Stud n’a pas fait mentir les pronostiqueurs des médias hippiques anglo-irlandais. À son sujet, Maurice Burns nous dit : « Bungle Inthejungle (Exceed and Excel), avec 27 gagnants individuels en 2018, fait partie du top 3 européen des étalons de première génération. Il a notamment donné Rumble Inthejungle (troisième des Juddmonte Middle Park Stakes, Gr1) et Sopran Artemide (deuxième du Premio Primi Passi, Gr3). Il faut qu’il continue sur ce rythme. L’étalon reçoit des juments françaises mais pas d’italiennes car à présent, ces dernières sont stationnées en Irlande toute l’année. La qualité de la jumenterie à laquelle il a accès est en amélioration, les meilleurs éleveurs irlandais lui ont envoyé des juments. »