LE MAGAZINE - 110, la vitesse minimale requise dans les Groupes

International / 28.01.2019

LE MAGAZINE - 110, la vitesse minimale requise dans les Groupes

Par Franco Raimondi

Chaque année, après le dernier Groupe de la saison, Tony Morris, le grand maître de tous les journalistes hippiques de la planète, dresse un bilan de la saison tout droit sorti de ses archives. Un pur travail d’orfèvre. En le comparant avec les ratings, fruits d’un autre grand travail effectué par des handicapeurs, cela peut donner des résultats pour le moins surprenants. En effet, le calendrier européen 2018 proposait 423 Groupes, dont 84 Grs1, 113 Grs2 et 226 Grs3. Les trois Groupes du meeting international de Veliefendi n’ont pas été pris en compte puisque, suite à des problèmes sanitaires, les étrangers n’avaient pu faire le déplacement. Il reste donc 420 Groupes, remportés par 324 gagnants différents. Le record, qui datait de 2016, a été dépassé de 5 unités. Aujourd’hui, le ratio course/gagnant est de 1,29. En 1971, quand le système des Pattern fut créé en Angleterre, Irlande, France et Italie, le nombre de gagnants et de Groupes étaient respectivement de 161 et 243, soit un ratio de 1,5.

Le privilège de gagner un Groupe. Les nombre des Groupes a progressé au fil du temps et le ratio course/gagnant est resté stable jusqu'à la fin du XXe siècle, lorsque l’on comptait à peu près 320 courses pour 230 gagnants (ratio 1,39). Année après année, d’autres courses ont été ajoutées au calendrier. Dès lors, il semblerait que remporter une course de Groupe est de plus en plus facile. Bref… 324 gagnants sur grosso modo 28.000 partants par an, ce n’est pas beaucoup. Comme me le disait, il y a une vingtaine d’années, un petit éleveur italien qui, avec deux poulinières, avait réussi à sortir une lauréate de Groupe, cela reste un privilège.

Nous savons qu’une course, pour garder son niveau, doit produire un rating calculé sur la moyenne des quatre premiers. Cela reste difficile à comprendre et bien souvent, cette façon de procéder ne permet pas de bien juger la course. On peut la discuter mais ainsi est la loi… France Galop vient de publier les valeurs de 2018 avec, pour finir, le classement européen, qui nous permet de connaître les ratings des chevaux qui n’ont pas atteint la valeur de 115, celle qui permet de figurer dans les Longines World’s Best Racehorse Rankings.

En croisant Grs1 et ratings... Le résultat nous offre déjà une petite surprise. Les chevaux entraînés en Europe, avec une valeur de 115 ou plus, sont au nombre de 103. Il y a 17 femelles, alors que 16 autres pouliches et juments ont décroché 112 ou plus. Avec la décharge, cela donne un rating de 115. Si l’on efface des 84 Groupes ceux destinés aux 2ans, on arrive à 70, dont 20 uniquement réservés aux femelles. C’est-à-dire que l’Europe a produit 119 sujets avec cette fameuse valeur correspondant à la moyenne des ratings de Gr1 pour 70 courses. Même s’ils courent très fréquemment, ils ne sont pas assez nombreux pour garder la valeur de tous les Grs1.

Dix gagnants n’ont pas franchi 115. Les chevaux qui ont affiché 110 et plus sont au nombre de 269. Leur rating moyen est de 113,97. Dix gagnants de Gr1 n’ont pas franchi le 115 moyen requis pour la course. C’est le cas de 7 femelles. L’une d’entre elles, la lauréate du Preis der Diana (Gr1) Well Timed (Holy Roman Emperor) est à moins de 110. Nonza (Zanzibari), Urban Fox (Foxwedge), God Given (Nathaniel) et Teppal (Camacho) ont gagné des Grs1 pour femelles et sont donc… excusées. Trois mâles ont réussi à gagner un Gr1 sans avoir un rating de 115. Il s’agit d’Olmedo (Declaration of War), de l’allemand Khan (Santiago), à 114, et du sprinter Havana Grey (Havana Gold), à 113.

Le cas de l’Italie. Il est possible de gagner un Groupe même sans atteindre une valeur de 110 (le rating requis pour un Gr2 intersexe), surtout avec les pouliches. Mais il vrai également que les 269 chevaux qui ont franchi ce seuil ont eu à leur disposition – courses pour 2ans exceptées – 337 courses. Trois pays réunis (Suède, Danemark et Norvège) ont produit un seul cheval à plus de 110, le sprinter suédois I Kirk (Eishin Dunkirk), qui vient de gagner un gros handicap à Meydan. Ils ont à leur disposition sept Grs3. L’Italie offre un calendrier de 26 Groupes (dont quatre pour les 2ans) et quatre chevaux entraînés dans la Péninsule ont dépassé le seuil de 110. Il s’agit d’un ratio Groupes/chevaux de 5, si l’on ne compte pas les courses pour les juniors.

En Angleterre, davantage de chevaux à 110 que de Groupes. J’ai effectué le même calcul pour les trois pays majeurs. La France arrive à 55 chevaux pour 95 courses, c’est-à-dire un ratio de 1,72. L’Angleterre est le pays avec le plus de Groupes, il y en 157, dont 37 pour les seuls 2ans. C’est également le cas pour le nombre de chevaux qui ont franchi le cap de 110, ils sont 134. Le ratio est ici de 0,89. L’Irlande affiche, à l’exception des courses pour les jeunes chevaux, un parfait ratio de 1, résultat de 53 Groupes et 53 chevaux à plus de 110.

L’Allemagne, un paradis ? Reste le cas de l’Allemagne. À ses quelques 2.000 partants, elle offre 44 courses de Groupe, dont 7 Grs1 et 4 pour les 2ans. C’est à dire qu’avec ses 21 chevaux qui ont décroché le 110, on parvient à un ratio de 1,9. C’est relativement proche du 1,72 de la France, mais il faut ajouter un paramètre. Les 21 allemands affichent un rating moyen de 112,95. Le même indicateur est à 113,67 pour les tricolores mais il monte à 114,49 en comptabilisant trois livres de bonus pour les femelles. En Allemagne, une seule femelle a franchi la barre : Night Music (Sea the Stars). Elle a décroché ses titres d’honneur en Italie. Le Preis der Diana a eu un retour médiocre en rating mais il offre quelques garanties, si l’on regarde les éditions précédentes. Le Deutsches Derby, quant à lui, était en danger après l’édition 2017. Le rating moyen de cette année est de 112,75. Cela est donc insuffisant, mais demander une rétrogradation serait une insulte à l’histoire de l’épreuve et à l’élevage d’un pays. Les Allemands ont des résultats bien meilleurs que les Italiens, et on sait que depuis une bonne dizaine d’années, la Péninsule est dans une crise dont on ne voit pas la fin. L’Italie a commis toutes les erreurs possibles, l’une après l’autre, tandis que l’Allemagne a gardé son sang-froid. L’Italie a perdu tous ses Grs1 et l’Allemagne est toujours là...