LE MAGAZINE - Gleneagles et ses milers, Golden Horn et ses classiques

Élevage / 22.01.2019

LE MAGAZINE - Gleneagles et ses milers, Golden Horn et ses classiques

Par Franco Raimondi

Le samedi 31 octobre 2015, les chemins d’American Pharoah (Pioneerof the Nile), Golden Horn (Cape Cross) et Gleneagles (Galileo) se sont croisés à Keeneland pour la grande réunion de la Breeders’ Cup. La couronne du Longines World’s Best Racehorse restait à attribuer. L’américain avait alors un rating de 131 et sa place dans l’histoire après avoir remporté la Triple couronne. Golden Horn était une livre plus bas après son succès dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Gleneagles, double gagnant de Guinées, cherchait à redorer son blason après la déception causée dans les Queen Elizabeth II Stakes (Gr1) face au champion Wertheimer Solow (Singspiel).

Un succès de Golden Horn dans le Longines Breeders’ Cup Turf (Gr1) lui aurait permis de devenir le premier gagnant d’Arc à remporter la même année la grande course américaine. Avec peut-être une ou deux livres supplémentaires de rating, il aurait réussi ce doublé. American Pharoah affrontait pour la première fois ses aînés dans la Breeders’ Cup Classic (Gr1) et, après sa défaite dans les Travers Stakes (Gr1), il risquait gros. Un autre faux pas pouvait changer le cours de l’histoire. Le clan de Gleneagles avait joué son va-tout en alignant le poulain sur le dirt, comme cela avait été le cas avec son père, Galileo (Sadler’s Wells). Résultats des courses ? American Pharoah a pulvérisé ses rivaux et les handicapeurs ont alors monté son rating à 134. Golden Horn, gêné par la pluie, a été battu par Found (Galileo). Il est resté avec un rating de 130, ce qui lui a quand même valu le titre de meilleur cheval du monde sur le gazon. Gleneagles a terminé dernier. Les trois chevaux sont partis au haras suite à cette réunion et leurs premiers produits feront leurs débuts en 2019.

Deux européens complètement différents. American Pharoah affichait un prix de 200.000 $ et il a eu 164 foals. Golden Horn a trouvé sa place chez Darley à 60.000 £ et malgré sa fin de saison en demi-teinte, Coolmore demandait 60.000 € pour Gleneagles. Un prix un peu élevé, mais il faut souligner qu’à l’époque, il était – excepté le crack Frankel – le seul grand miler issu de Galileo. On peut même dire qu’il était un article rare sur le marché. Golden Horn a eu 98 foals et Gleneagles 110.

Les deux européens ne se sont pas rencontrés sur les pistes : Golden Horn n’a jamais couru sur une distance inférieure à 1.700m et Gleneagles compte une seule sortie sur plus long que 1.600m, à l’occasion de la Breeders’ Cup Classic. On ne peut imaginer deux chevaux plus différents par leurs aptitudes que ces deux-là et la seule façon d’imaginer un match les départageant serait d’évaluer leur carrière d’étalon. Si vous parvenez à trouver un bookmaker assez fou qui propose une cote sur celui qui terminera la saison 2019 avec le plus grand nombre de gagnants, n’hésitez pas un instant ! En premier lieu, vérifiez sa solvabilité, puis mettez votre argent sur Gleneagles. Il était gagnant de Gr1 à 2ans alors que dans le même temps, Golden Horn effectuait ses premiers galops poussés.

Gleneagles est aussi le probable favori pour le titre de first crop sire sur les îles. Il a 110 juniors, bien moins que les sprinters Gutaifan (Dark Angel) et Anjaal (Bahamian Bounty), respectivement à 165 et 147 unités. Sept des dix derniers étalons qui ont décroché le titre avaient moins de 110 poulains et pouliches de 2ans et rappelons que No Nay Never (Scat Daddy) est devenu champion avec une génération de 75 sujets. Gleneagles ne fera pas des 2ans de Royal Ascot parce que les éleveurs, au moment de choisir les croisements, se sont montrés prudents. Un étalon à 60.000 € mérite plus que des petites poulinières de cheap speed, juste bonnes pour faire des gagnants précoces. On peut s’attendre à une avalanche de Gleneagles à partir du mois de juillet.

Le soutien Coolmore et un marché solide. La galaxie Coolmore lui a envoyé une vingtaine de juments, ce qui est un signal plutôt positif. Beaucoup d’éleveurs commerciaux ont aussi investi sur lui. L’année dernière, il a eu 53 yearlings adjugés aux ventes pour un prix moyen de 128.789 €. Douze d’entre eux ont atteint un prix de trois fois la saillie et vingt-cinq (vendus ou rachetés) ne sont pas arrivés à 60.000 €. En 2017, ses foals ont reçu un bon accueil car quinze sujets ont été vendus pour un prix moyen de 117.995 €. Les chiffres de la production de Gleneagles aux ventes sont solides et Coolmore a confié huit poulains à Aidan O’Brien, dont un produit de la quadruple lauréate de Gr1 Peeping Fawn (Danehill). L’autre jeune Galileo, le Derby winner Australia, en a trois et l’année dernière, il en comptait neuf.

Neuf Gleneagles en France. Les entraîneurs français ont déjà enregistré neuf produits de Gleneagles dans leurs effectifs. Huit sont passés sur les rings et une seule – Curlew –, une fille de la placée black type aux États-Unis Medolina (Aragorn), appartient à ses éleveurs, les Wertheimer. Elle a été confiée à Yan Durepaire. Les pouliches, au nombre de sept, sont majoritaires et le seul entraîneur qui a plus d’une fille de Gleneagles dans ses boxes est Fabrice Chappet. Il dispose d’une pouliche issue d’Elitiste (Danehill Dancer), une demi-sœur de la championne Alpha Centauri (Mastercraftsman), achetée 50.000 € aux ventes du mois d’août d’Arqana par Horse France, pour le compte de Frédéric Bianco. Il a également sous ses ordres une autre femelle de la souche de Dalakhani (Darshaan), dénichée 62.000 € par Gérard Larrieu chez Osarus.

Le top price de Gleneagles en France est la demi-sœur du lauréat de Gr1 Intellogent (Intello), achetée 400.000 € à Arqana par Gatewood Bell & Cheyenne Stable, qui est à l’entraînement chez Nicolas Clément.

Golden Horn et ses clients. Golden Horn n’est pas l’étalon idéal pour avoir des 2ans précoces, comme sa carrière l’indique. Depuis la parution du Return of Mares, on avait compris que la clientèle du champion entraîné par John Gosden était surtout celle des éleveurs-propriétaires. Les 2ans par Golden Horn sont au nombre de 98 et, parmi eux, 41 sont passés sur les rings l’année dernière, alors que les foals vendus en 2017 sont au nombre de 9 sur 13 présentés. Trois de ces derniers ont été achetés par des pinhookers. Le prix moyen des produits 2017 de Golden Horn est de 176.000 €. Notons que les foals se sont vendus plus cher que les yearlings.

Godolphin et les foal-sharing. Godolphin, qui avait envoyé seize poulinières au cheval, a beaucoup travaillé sur les foal-sharing. Les hommes du cheikh Mohammed Al Maktoum ont acheté trois mâles pour l’équivalent d’un million d’euros à la Tattersalls December Foal Sale, et en 2018, un seul Golden Horn a été adjugé à Godolphin. Il s’agit d’un mâle par Ninfea (Selkirk), acheté 205.000 € à Baden-Baden. En réalité, Blandford Bloodstock a signé le bon pour deux autres yearlings, passés depuis sous pavillon Godolphin. Il s’agit d’un demi-frère du gagnant de Gr2 Bonfire (Manduro) qui a été payé 300.000 Gns et d’El Pelegrino (200.000 Gns). Les deux sont chez André Fabre.

Deux pouliches Aga Khan. Le maître cantilien dispose d’un troisième produit du héros de l’Arc 2015, un poulain du Gestüt Ammerland. C’est le premier produit de la lauréate du Qatar Prix Vermeille (Gr1) Baltic Baroness (Shamardal). Huit 2ans par Golden Horn sont déjà déclarés à l’entraînement en France. En plus du fils de Baltic Baroness, une autre pouliche portera les couleurs de l’éleveur, Son Altesse l’Aga Khan. Elle est issue de la gagnante de Gr1 Daryakana (Selkirk), qui est à l’entraînement chez Alain de Royer Dupré. L’élevage princier possède un autre produit issu de Golden Horn et d’une lauréate de Gr1 : la femelle Rosala qui est fille de Rosanara (Sinndar).

Dix-sept engagés au Derby. Comme ce fut le cas pour Galileo et Sea the Stars, il faudra se préparer à écouter cet été le refrain « Golden Horn est décevant, ses fils n’avancent pas. » Condamner à l’avance un étalon qui a été un très bon 3ans, c’est une futilité. Golden Horn a ouvert son palmarès le 29 octobre, Galileo avait attendu le 28 octobre pour faire ses débuts gagnants. Golden Horn a eu un premier book de poulinières plutôt orienté sur le classicisme. Dix-sept de ses 2ans sont engagés dans le Derby 2020 et six d’entre eux sont entraînés par John Gosden. Il en a quatre de plus que le chef Godolphin Dubawi (Dubai Millennium) et un de moins que Sea the Stars, une autre gagnant à Epsom issu de Cape Cross. Tout cela demande de la patience, mais on en reparlera à coup sûr…