LE MAGAZINE - La montée en puissance d’Oman

30.01.2019

LE MAGAZINE - La montée en puissance d’Oman

Ces dernières années, Oman a fait un grand pas en avant dans le monde des courses de pur-sang arabes. La cavalerie royale d'Oman a ouvert la voie sur la scène internationale, d'abord avec des chevaux qu'elle a achetés, comme Al Mouhannad (Nizam), Sylvine Al Maury (Munjiz) et Alsaker (AF Albahar). Il a cependant toujours été question d'élever et, à présent, les résultats sont obtenus grâce au succès de chevaux nés et élevés tels que Karimah (Munjiz), Maisoor (Burning Sand) et Nafees (Azadi).

Le développement du propriétariat

Jean-Pierre Deroubaix a joué un rôle déterminant dans le développement de l'élevage et des courses de la cavalerie royale, ainsi que pour les propriétaires privés. Pour favoriser le développement de la filière locale, il a promu l’idée d’ouvrir les courses nationales qui étaient auparavant réservées au sultan d'Oman, où les chevaux de la cavalerie royale couraient contre ceux de la police et des pompiers. Au cours des huit années qui ont suivi, les hippodromes existants ont été rénovés, en particulier à Barka, qui est situé dans la principale zone d'élevage, sur la côte. Ce fut aussi le cas dans d’autres régions. Le programme de cette saison à l'hippodrome d'Al Rahba, une piste en dirt à Wilayat Barka, comprend vingt réunions du 18 octobre au 6 avril, avec huit courses par jour pour les pur-sang arabes et les pur-sang anglais. Jean-Pierre Deroubaix a été surpris de la rapidité avec laquelle les locaux ont saisi cette opportunité, avec parfois jusqu'à dix-huit partants par course. L'élevage a été encouragé – les locaux reçoivent 2 kg dans de nombreuses courses – afin d'augmenter la population locale de chevaux. Néanmoins, les pur-sang arabes sont souvent achetés à l'étranger, principalement au Qatar, lors des ventes de chevaux à l'entraînement.

Un nouvel hippodrome

La réunion annuelle de la cavalerie royale d'Oman, qui met en avant la prestigieuse His Majesty's Cup, avait lieu sur l'hippodrome privé de Sa Majesté, c’est-à-dire dans les écuries de la cavalerie royale à Muscat. Cette année, l'événement s'est tenu à Nizwa, la plus vieille ville d'Oman et ancienne capitale. Le capitaine Salim Al Hakmani, chef de la section des courses de la cavalerie (également ancien jockey et entraîneur de la cavalerie royale), a expliqué que pour soutenir et encourager les courses sur l’ensemble du territoire, cette réunion devait se tenir dans un lieu différent chaque année. L'hippodrome de Nizwa a été construit au cours du mois qui a précédé les courses du 3 décembre, avec l'installation de la piste, d'une lice, ainsi que des tribunes temporaires pour les locaux, les invités et les médias. Le capitaine Salim Al Hakmani a également tenu à souligner que dans les cinq courses qui ont eu lieu lors de cette journée, tous les jockeys, sauf deux (le Polonais Szczepan Mazur et le Brésilien Maikon de Souza), étaient omanais.

Les chevaux français très en forme

Cette année, la réunion comprenait une course pour les meilleurs locaux, la Samail Castle Race. Elle est réservée aux 4 ans et plus sur 1 600 mètres. Parmi les dix partants figuraient des noms connus dans le monde entier, dont certains nés en France, comme Mahess du Soleil (Dahess), vainqueur du Derby arabe britannique en 2015, et des chevaux élevés par Umm Qarn, comme Rasheed (Amer). D’autres sont issus d'Al Shahania, à l’image de Raddad (Amer) et d’Al Mahdod (Munjiz). Mais c’est Khozan (Amer), un élève et représentant d'Al Shaqab en France, qui a remporté cette course. Jean-Pierre Deroubaix souligne l’importance des achats à l’entraînement auprès des grandes écuries internationales, qui n’ont besoin de garder que la crème de la crème. Cela signifie que les Omanais peuvent acheter à bon prix des chevaux à l’entraînement, bien élevés mais qui n'ont peut-être pas remporté une course de Groupe après quelques tentatives, ou qui ont fait le lièvre pour l’élite. De plus, l’entraînement à Oman, sur la plage et sans pression, permet de relancer la carrière de chevaux qui ont eu des blessures ou des problèmes mineurs. Ce changement de condition d’entraînement peut leur donner une seconde jeunesse.

L’incroyable retour de Chaddad

Très souvent, après leur achat, les chevaux se reposent six mois avant de revenir à l'entraînement. Et certains conservent des moyens suffisants pour courir à l'étranger. Chaddad (Mared Al Sahra) est un bon exemple. Ce demi-frère de Mkeefa (Amer), lauréate de la Qatar Arabian World Cup (Gr. I PA), a été élevé par le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani à Al Shahania Stud. Assez bon à 3 ans pour remporter le Qatar Arabian Trophy des Poulains à Saint-Cloud, en battant des vainqueurs de Groupe I PA comme Sir Bani Yas (Amer) et Nahee (Bibi de Carrère), sa carrière a été interrompue par une blessure. Après deux années loin des pistes, il a été vendu à 6 ans, lors de la vente Arqana 2016, pour 42 000 euros. Chaddad est réapparu à Oman, sous les couleurs d'Aaisha bint Yousuf Mohammed Al Balushi, à partir de 2017, remportant deux courses à conditions. Après les vacances d'été, il a couru la Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr. I PA), terminant troisième de Muraaqib (Munjiz). Il a disputé deux autres bonnes courses à Meydan et Abu Dhabi, puis il a été invité à retourner au Qatar pour participer à la H.H. the Emir's Sword, à l'issue de laquelle il s'est classé septième. Chaddad a ensuite effectué sa meilleure performance de la saison, où il a fait une belle valeur lors de la Dubai Kahayla Classic, finissant bon deuxième, battu de moins de deux longueurs.

La montée en puissance d’écuries privées

Jean-Pierre Deroubaix souligne l'importance de ces performances internationales. Il nous a confié : « C’est très motivant et important pour deux raisons. La première est liée à la réputation du pays. Oman était inexistant il y a cinq ans sur la scène internationale. À présent, on en parle. Les Omanais ont gagné des courses de Groupe à Abu Dhabi, à Dubaï, au Qatar et ils commencent à venir en France avec quelques chevaux. La deuxième chose vient du fait que c’est très incitatif pour toutes les personnes impliquées localement. Les Omanais ont commencé avec des chevaux clés en main. À présent, ils sont tellement motivés qu’ils commencent à acheter des chevaux plus jeunes. Je pense que d’ici cinq à six ans, nous aurons deux ou trois grosses écuries omanaises sur la scène internationale. Ils ont déjà commencé à élever à l’étranger. Ils ont acheté des juments qui restent en France, et quelques-unes en Angleterre. Le but est d’élever en Europe, faire courir en Europe ainsi que chez eux. Je parle bien sûr de chevaux arabes, mais certains se sont lancés dans les pur-sang anglais. »

Un propriétaire ambitieux

Khalid M. Zaman (aussi connu sous le nom de Khalid bin Mohammed bin Khasruzzaman sur les programmes) est l'un de ces propriétaires-éleveurs qui a l'ambition de rivaliser sur la scène internationale. Né à Mascate, la capitale d'Oman, il est directeur général du groupe de sociétés Al Zaman, l'entreprise créée par son père il y a vingt-cinq ans. Il nous a dit : « Je suis impliqué dans les chevaux et l'équitation depuis mon plus jeune âge. J'ai débuté dans la discipline de l'endurance, puis dans les courses de plat à Oman. La passion des chevaux m'a poussé vers les courses. Ma famille a quelques parts dans des syndicats, et nous élevons un petit nombre de chevaux arabes dans notre haras, juste en dehors de la capitale. » En 2014-2015, ce fut sa première saison en tant que propriétaire au Sultanat d'Oman. Cette année-là, il a eu un vainqueur pour douze partants. La saison en cours s'annonce comme la meilleure à ce jour, avec quatre vainqueurs à l'heure où nous écrivons ces lignes. Actuellement, il a sept pur-sang arabes à l'entraînement et trois pur-sang anglais, répartis entre plusieurs entraîneurs. Il nous a expliqué : « L'idée est d'encourager et de soutenir les entraîneurs locaux et de créer une concurrence interne. » Deux de ses pur-sang arabes, Fettah du Loup (Kerbella) et Akmal (General), nés en France, semblent prometteurs. Fettah du Loup fut le premier de ses représentants à courir en France. Il fut aussi son premier vainqueur européen. Le propriétaire précise : « Nous avons suivi les premières courses de la saison française et avons été impressionnés par les siennes. Un de mes entraîneurs, monsieur Al Ghunaimi, était à La Teste, en France, où il regardait la course de Fettah. C'est alors que nous avons décidé de contacter le propriétaire pour voir s'il comptait le vendre. »

Il a déjà un vrai cheval de Groupe !

À La Teste-de-Buch, Fettah du Loup a été battu d'une courte tête par Marid (TM Fred Texas). C’est lors de la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes (Gr. II PA) à Chantilly, qu’il a couru pour la première fois sous les couleurs de Khasruzzaman. Il s'est classé à nouveau deuxième, cette fois derrière Deryan (Mahabb), alors que Marid a pris la troisième place une longueur et demie derrière. De retour à La Teste pour le Prix Tidjani (Gr. III PA), Fettah du Loup a remporté sa première course d'une demi-longueur. Troisième à Deauville dans l'Al Rayyan Cup - Prix Kesberoy (Gr. I PA), derrière Marid et Deyran, le poulain, alors entraîné par madame Jean-François Bernard, a prouvé qu’il avait vraiment le niveau des Groupes I PA. Sa dernière course à Saint-Cloud était probablement celle de trop. Depuis, il a fait une pause et son propriétaire espère qu'il sera revu dans le Round II du Challenge Al Maktoum à Meydan. Ravi du succès de Fettah du Loup en France, son propriétaire a déclaré : « Nous prévoyons d'acheter un ou deux chevaux chaque année en France et de les faire courir avant de les envoyer au Moyen-Orient. Je m'implique personnellement et j'aime choisir mes propres chevaux en fonction de critères spécifiques, comme le pedigree et les performances en course. » Akmal a été acheté à Didier Guillemin dans le cadre de la vente de chevaux à l'entraînement d'Umm Qarn. Il est passé en vente chez Arqana en octobre dernier et a été acheté 20 000 euros par Chantilly Bloodstock. C'est un propre frère du gagnant de Listed My First General (General). Le cheval ne s'était pas placé en deux sorties en France. Khalid bin Mohammed bin Khasruzzaman a dit : « C'est un cheval bien fait, nous l'aimions bien quand nous l'avons vu à la vente Arqana. » Depuis, il a remporté deux courses sur le dirt et dans le Sultan Qaboos University Oman Derby, sur 2 000 mètres, monté par Harry Bentley. La prochaine course de Fettah du Loup's sera le Round II de l’Arabian Triple Crown à Abu Dhabi.

De réelles ambitions à l’international

Khalid bin Mohammed bin Mohammed bin Khasruzzaman est visiblement passionné par ses chevaux et la compétition. Il a fait monter des jockeys comme Christophe Soumillon et Olivier Peslier en France, et a été le seul propriétaire à travailler avec un professionnel étranger. Pour l'avenir, il a dit : « Nous aimerions être compétitifs au Royaume-Uni, en France et aux Émirats Arabes Unis. Notre objectif est de voir des produits de notre élevage courir à l'étranger ; c'est pourquoi nous construisons une base solide avec des poulinières très bien sélectionnées. » Il conclut l'interview en disant que la Kahayla Classic est la course qu'il aimerait le plus gagner : « Je pense que c'est la plus grande course de pur-sang arabes, le jour de la plus prestigieuse course dans le monde, la Dubai World Cup ! » L'élevage français a toute sa place à Oman, car les trois premiers du Derby étaient tous élevés en France : Akmal, Mouajdjiz (Nizam) et Acamar (Amer). Cerise sur le gâteau : ils ont tous été acquis à la vacation de Saint-Cloud organisée par l’Afac et Arqana.