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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les grands sujets qui vont animer les ventes et l’élevage en 2019

Magazine / 11.01.2019

Les grands sujets qui vont animer les ventes et l’élevage en 2019

Les grands sujets qui vont animer les ventes et l’élevage en 2019

Quels sont les grands sujets qui vont animer les ventes et l’élevage en 2019 ? De la montée en puissance de l’obstacle au Brexit, en passant par les nouveaux étalons ou la sélectivité du marché, nous avons listé neuf événements dont nous n’avons pas fini de parler !

Par Franco Raimondi et Adrien Cugnasse

Plus de trente débutants pour le parc étalon français

Il est loin le temps où les étalons étaient listes pleines avec une quarantaine de juments par an. En plat comme chez les sauteurs, certains sires français dépassent allègrement les 150 saillies. Avec un nombre de juments à saillir qui évolue peu, se pose donc la question suivante : les 98 nouveaux étalons qui ont démarré leur seconde carrière en France ces trois dernières saisons vont-ils avoir accès à suffisamment de poulinières pour émerger ? Même si le nombre ne fait pas tout, en dessous d’une quarantaine de mères lors de sa saison de lancement, il est rare qu’un débutant arrive à sortir suffisamment de gagnants pour garder la tête hors de l’eau. Les plus attractifs – en termes de conformation, de performance et de pedigree – et ceux dont l’entourage a le plus investi dans la communication tirent logiquement leur épingle de jeu.

Les autres connaissent des destins plus aléatoires et il est certain que ceux qui n’arrivent pas à attirer suffisamment de juments, et surtout de bonnes juments, ont une forte probabilité d’être victimes de l’important turn-over à l’œuvre sur le marché français. Plus de trente débutants sont annoncés dans notre pays. En Irlande, le nombre de nouveaux étalons a fortement baissé, pour accompagner la sélectivité du marché.

Cinq nouveaux étalons d’obstacle dans la cour des grands

Pour un père de sauteur, produire un lauréat de Gr1, en particulier outre-Manche, c’est franchir un palier important sur le plan commercial. Dans le top 5 français pour la saison 2018, si Saints des Saints (21ans) et Kapgarde (20ans) sont en pleine forme, deux d’entre eux sont privés – Network (Monsun) et Martaline (Linamix) – et Poliglote (Sadler’s Wells) n’est plus de ce monde. Mais la nature a horreur du vide et l’année 2018 a été marquée par le fait que cinq étalons français ont donné leur premier gagnant de Gr1 sur les obstacles.

Buck’s Boum (Cadoudal), proposé à seulement 5.000 € au haras d’Encki, est l’un des rares sires européens à avoir produit deux gagnants de Gr1 la même saison : Dynamite Dollars (Henry VIII Novice’s Chase, Gr1) et Al Boum Photo (Ryanair Gold Cup Novice Chase, Gr1). Kamsin (Samum), qui officie à 6.000 € au haras d’Étreham, présente un pourcentage de black types par partants peu commun sur les obstacles, son fer de lance étant bien sûr On the Go (Grand Steeple-Chase de Paris & Prix Maurice Gillois, Grs1). It’s Gino (Perugino), qui officie à 3.000 € à Rosières aux Salines, a donné la gagnante d’une préparatoire classique en Allemagne, alors que Lalor (Betaway Top Novice’s Hurdle, Gr1) assure sa promotion sur les obstacles anglo-irlandais. Avec la triple lauréate de Groupe Laurina (Irish Stallion Farms EBF Mares Novice Hurdle Championship Final, Gr1), Spanish Moon (El Prado) s’est fait un nom outre-Manche. Il officie à 5.000 € au haras d’Annebault.

La grande surprise de la saison 2018 vient du haras des Châtaigniers. Willywell (Jimble) n’avait jusqu’alors sailli qu’une petite dizaine de juments par an. Il a pourtant réussi à sortir Wildriver (Prix Alain du Breil, Gr1). Annoncé à 5.000 €, il va certainement saillir en 2019 plus de juments que depuis le début de sa carrière. L’avenir appartient donc à ces jeunes sires. Et la saison 2019 peut les propulser vers les sommets s’ils arrivent à surfer sur la vague de ces succès de prestige.

Vers moins de mouvements de juments en Europe ?

Au milieu du siècle dernier, Federico Tesio et Marcel Boussac, certainement les deux plus grands éleveurs de l’histoire de l’Europe continentale, envoyaient déjà des juments outre-Manche depuis la France et le nord de l’Italie. C’était bien avant la naissance de l’Union européenne et on imagine qu’il était forcément difficile de transporter des chevaux sur de longues distances avec les moyens de l’époque.

En cette fin de semaine, dans les haras irlandais, le Brexit était sur toutes les lèvres. Tout le monde s’accorde pour dire que les étalons de tête, ceux qui officient dans le haut du panier, ne devraient pas être affectés par les probables difficultés pour faire voyager les juments. Galileo (Saddler’s Wells), Dubawi (Dubai Millennium), Invincible Spirit (Green Desert) et Frankel (Galileo) peuvent dormir tranquilles. Mais dans un contexte où personne ne sait vraiment ce qui va changer, ce sont probablement les sires du middle market qui vont souffrir de l’incertitude politique. En particulier en Irlande, car un certain nombre de poulinières anglaises, souvent suitées, n’ont pas l’intention de franchir la mer comme elles le faisaient auparavant. Les éleveurs français bénéficient aujourd’hui d’une offre supérieure à domicile et ils ont abondamment soutenu les étalons stationnés dans l’Hexagone ces dernières années. Mais l’élevage est fait de cycles, si bien qu’en 2019 un nombre plus important d’éleveurs français, malgré le Brexit, pourrait être tenté d’aller faire saillir à l’étranger. Certains à la recherche de nouveautés pour se singulariser sur le marché, d’autres en quête du bon rapport qualité/prix des étalons anglo-irlandais car, après une année difficile aux ventes, l’heure est aux propositions commerciales arrangeantes.

Le retour des étalons américains sur le vieux continent ?

On pensait l’Amérique moribonde et engluée dans ses problèmes de médication, au moment où, pour les amateurs de turf, tous les regards étaient tournés vers l’Europe. Les années 1970 et 1980 où le parc étalon américain brillait jusqu’en Europe semblaient bel et bien révolues. C’était certainement enterrer un peu tôt les États-Unis et l’incroyable réservoir de chevaux dont dispose ce pays immense. Et comme souvent, le changement se manifeste par l’intermédiaire de quelques étalons de tête.

Les pinhookers irlandais sont prêts à traverser les mers pour trouver des yearlings abordables dans l’objectif de les revendre avec une bonne marge dans les ventes de breeze up européennes. C’est en partie grâce à ces hommes de chevaux, mais aussi aux raids de Wesley Ward à Royal Ascot, que Medaglia d’Oro (El Prado), Kitten’s Joy (El Prado) et Scat Daddy (Johannesburg) se sont fait connaître en Europe. Mais en 2019, ces deux derniers vont encore franchir un cap avec de nombreux fils au haras. En Europe, Kitten’s Joy sera notamment représenté par deux sires en France (Taareef et Luck of the Kitten) et trois outre-Manche (Hawkbill, Roaring Lion, Bobby’s Kitten). Scat Daddy aura deux fils dans l’Hexagone (Seahenge et Seabhac) et cinq en Irlande (Caravaggio, El Kabeir, No Nay Never, Sioux Nation et Smooth Daddy). Le titre de champion first season sire de No Nay Never (Scat Daddy) continue d’alimenter cette vague américaine. Va-t-on assister à l’implantation de ces lignées mâles sur le vieux continent ? Qui vivra, verra, mais pour y parvenir, la saison de monte 2019 sera déterminante.

Dubawi attaque Galileo

Galileo (Sadler’s s Wells) a remporté en 2018 son dixième titre de Champion Sire en Angleterre et en Irlande. Il lui en manque quatre pour égaler son père, mais sa tâche en 2019 s’annonce plus compliquée. Galileo a terminé la saison avec une marge confortable de 2,92 millions d’euros d’avance sur Dubawi (Dubai Millennium) et il le devance dans toutes les catégories, sauf le nombre de victoires. Galileo a creusé l’écart avec ses 3ans qui ont gagné 4,64 millions, alors que les Dubawi du "millésime" 2015 ont décroché 2,11 millions. Les deux sont séparés par 39.000 € dans le créneau des chevaux d’âge, alors que les 2ans de Galileo ont gagné 357.000 € de plus… mais Dubawi peut compter sur les deux leaders de la génération, Too Darn Hot et Quorto.

Cette année pour la première fois Dubawi a un escadron de 3ans plus important (120) que Galileo (116) et on sait que les gains de la génération classique représentent plus de 60 % du total. Galileo reste le grand favori cette année, mais si les "Dubawi 2016" répondent aux attentes, il risque de perdre sa couronne. Ce serait un passage historique : depuis 1990, le titre de Champion Sire en Angleterre et Irlande est une chasse gardée des étalons Coolmore.

Southern Halo et Sunday Silence sont encore bien vivants

Le grand étalon argentin Southern Halo (Halo) est mort en 2009 et les plus jeunes de ses filles ont 8ans, en suivant le calendrier de l’hémisphère Sud. Elles lui ont assuré un quinzième titre consécutif de tête de liste dans la catégorie "père de mères". En ajoutant ses huit succès comme Champion Sire, il en est à 23 couronnes. En 2019, il est attendu pour un seizième titre de catégorie "père de mères". Malheureusement il n’a pas donné un étalon capable de continuer sa domination sur l’élevage en Amérique du Sud.

Sunday Silence (Halo) est décédé en 2002 et, seize ans, après il continue de dominer l’élevage japonais. Cette année, il a décroché pour la douzième fois la couronne de champion de père des mères et il a été treize fois Champion Sire. Les gains des produits de filles de Sunday Silence – dont la championne Almond Eye (Lord Kanaloa) – sont plus du double par rapport à ceux de son dauphin. Sunday Silence, au contraire de Southern Halo, est dominant aussi comme père d’étalons. Son fils Deep Impact s’est assuré une septième couronne consécutive. Southern Halo et Sunday Silence sont issus de Halo (Hail to Reason), un cheval américain de gazon qui, dans l’élevage d’aujourd’hui, aurait eu des soucis à s’imposer.

Le marché low cost entre rêves et réalité

L’effondrement du troisième tiers du marché lors des ventes anglo-irlandaises a fait couler beaucoup d’encre. Les foals et yearlings bradés pour des cacahuètes en Irlande et dans les ventes de petit niveau en Angleterre sont un souci majeur pour l’ensemble de l’élevage européen. Encore plus que les risques qui se cachent derrière le Brexit.

Plusieurs observateurs se sont interrogés sur les solutions possibles au problème. D’après certains, il ne s’agit pas de surproduction et il faut protéger de quelque manière que ce soit les chevaux low cost, avec un programme plus favorable. L’élevage, c’est vrai, n’est plus seulement un loisir. Mais, en même temps, lorsqu’un petit éleveur décide de produire pour le marché, il faut qu’il s’adapte à ses lois. Un yearling à 4.000 € peut bien un jour gagner le Derby ou l’Arc de Triomphe, mais on ne peut pas obliger les propriétaires à l’acheter. Si un éleveur pense avoir trouvé la formule gagnante, il doit aller jusqu’au bout, c’est-à-dire payer chaque mois la pension pour son rêve…

Italie et Allemagne à la recherche du temps perdu

L’année 2019 sera décisive pour deux pays de l’Europe des courses. L’Italie et l’Allemagne sont en pleine crise depuis un lustre. Les allemands ont gagné l’Arc de Triomphe en 2011 avec Danedream (Lomitas) et deux fois les King George VI and Queen Elizabeth Stakes en 2012 avec la pouliche, ainsi qu’en 2013 avec Novellist (Monsun). Quand les deux sont nés, l’élevage allemand comptait sur plus de 1.200 naissances et, d’après les données de la Fédération internationale des autorités hippiques, il y a eu 851 naissances en 2016, soit pour l’année de la génération des 3ans 2019.

En Italie, les produits sont tombés de 2.100 à 650. C’est une chute de naissance, mais surtout de qualité. Les propriétaires et éleveurs italiens ont vendu toutes les meilleures femelles sorties du cycle de sélection bien avant que la crise n’explose en 2008. Sea of Class (Sea the Stars) est un produit de l’élevage italien, mais ses fils et filles ne le seront pas. Les Allemands ont suivi le même chemin, avec un peu de retard. Les éleveurs italiens rêvent d’une aide de la part de l’État, qui a beaucoup de soucis plus importants, alors que les Allemands ont l’habitude de se sortir eux-mêmes des difficultés. L’Allemagne a un petit avantage sur l’Italie.

La transformation de l’élevage des sauteurs

Boosté par l’arrivée d’investisseurs et d’éleveurs venus du plat et du trot, l’élevage des chevaux d’obstacle devrait poursuivre sa mue en 2019. Solide quand une partie du marché est en pleine tempête, celui des sauteurs est très fort dans sa partie supérieure. Surtout, alors que les amiables ont longtemps prévalu, un nombre croissant de chevaux d’obstacle passe aux ventes. De nouvelles vacations voient le jour, comme celle de Maisons-Laffitte pour Osarus ou celle du Grand Steeple-Chase de Paris du côté d’Arqana. C’est toute une filière qui prend son destin en main et cela passe par la production de ses propres étalons.

Rares il y encore quelques années, les étalons ayant brillé sur les obstacles sont, chaque année, plus nombreux : ils seront pas moins de 32 à officier dans l’Hexagone en 2019. Un record qui représente aussi une importante source de revenus pour la filière obstacle. Les centaines de milliers d’euros consentis par les haras pour acheter un entier ayant fait ses preuves à Auteuil vont alimenter les caisses des éleveurs et propriétaires qui l’ont mis sur le marché. Alors que ces mêmes haras se fournissaient dans le second choix des écuries classiques en plat par le passé.