Marie Vélon, l’étoile montante chez les femmes jockeys

Courses / 27.01.2019

Marie Vélon, l’étoile montante chez les femmes jockeys

Par Alice Baudrelle

Marie Vélon, 19 ans, monte en course depuis deux ans seulement mais affiche déjà des statistiques impressionnantes, et ce sans l’aide d’un agent. La jeune femme doit en grande partie son succès à son patron, Jean-Pierre Gauvin, qui n’hésite pas à lui faire confiance régulièrement.

Jour de Galop. – Comment avez-vous intégré le milieu des courses ?

Marie Vélon. – Je monte à cheval depuis que je suis toute petite. Mon oncle, Éric Antoinat, était jockey. Un jour, il m’a emmenée au centre d’entraînement de Chazey-sur-Ain et j’ai monté un lot chez Bernard Goudot. J’avais 12 ans, et la passion des courses m’est venue comme ça. J’y suis retournée tous les week-ends pendant presque trois ans. Après mon brevet, je suis entrée à l’Afasec de Chantilly et j’ai fait un bac pro sur trois années. J’ai été apprentie chez Alain de Royer Dupré, qui m’a fait monter de nombreuses courses-écoles et m’a beaucoup appris. Il m’a enseigné la technique à cheval, le dressage du matin, et m’a fait débuter en compétition officielle à la fin de l’année 2016. Je suis restée durant trois ans à son service, puis j’ai décidé de partir pour tenter ma chance en province. J’ai appelé Jean-Pierre Gauvin, car mon oncle avait travaillé chez lui lorsqu’il était jeune. J’ai commencé là-bas juste après mon bac, en juillet 2017. Il m’a fait monter en course dès la semaine qui a suivi, et de là, tout a été très vite.

Vous avez réalisé une très belle année 2018 : 42 gagnants et 123 places, pour 295 montes. C’est assez impressionnant. Comment expliquez-vous cette réussite fulgurante ?

Durant ma première année, j’ai monté 44 courses avec 4 gagnants et 23 places à la clé, ce qui était déjà très bien étant donné mon manque d’expérience. Au début de l’année 2018, je visais dix gagnants, et le résultat a été bien au-delà de mes espérances ! Je dois beaucoup à Jean-Pierre Gauvin. C’est lui qui m’a lancée. Il m’a fait confiance, il m’a toujours donné ma chance et expliqué ce que je faisais de travers. Il a été patient, c’est un patron formidable. Il m’a même fait monter dans un Quinté. Nous n’avons pas fait l’arrivée, mais c’était une belle marque de confiance.

Vous n’avez pas d’agent, ce qui est peu courant dans le domaine du plat. Est-ce un choix délibéré ?

En province, c’est plus simple de travailler sans agent. Il y a moins de concurrence, et puis mon patron me fait beaucoup monter. Je préserve aussi un peu ma décharge pour lui, même si je monte quelquefois pour des professionnels comme Franck Forési, Philippe Decouz, ou encore Matthieu Palussière. Je monte sur Paris dès qu’on m’en donne l’occasion, mais je me suis essentiellement formée en province. Lorsque je n’aurai plus de décharge, je ne pourrai compter que sur mon patron, et il pense que je n’ai pas besoin d’agent pour le moment. De plus, je suis salariée chez lui, et cela deviendrait compliqué si j’étais toujours par monts et par vaux.

Si on vous demandait d’énoncer vos points forts, que diriez-vous ?

Je suis quelqu’un de persévérant. Même lorsque je me retrouve dans une situation difficile, je ne lâche rien, que ce soit en course ou en dehors du milieu. Je dirais que mes points forts sont la motivation et le travail. Et puis, je suis patiente et je respecte les chevaux.

Quelle est votre position sur la décharge accordée aux femmes jockeys ?

Je suis apparue dans les pelotons en même temps que la décharge, mais auparavant, j’étais trop jeune pour monter en course. Je ne dispose donc pas d’éléments de comparaison avec ma propre expérience. Jean-Pierre Gauvin a toujours fait monter les femmes, et je crois que même sans la décharge, il m’aurait fait confiance. Ce qui est sûr, c’est que je n’aurais pas autant monté pour l’extérieur, et les filles sont désormais à la mode, pour longtemps j’espère. Cependant, mon but est d’être considérée comme un jockey à part entière, et de continuer à monter autant après la future perte de ma décharge.

Quels sont les succès qui vous ont le plus marquée ?

Ma victoire avec Petit Fils (Makfi) dans un handicap bien composé à Chantilly, en octobre dernier. L’opposition était relevée, et ça m’a fait plaisir de gagner sur ce prestigieux hippodrome. Lalyrose (Willywell), ma jument de cœur, m’a permis de faire l’arrivée à neuf reprises en dix sorties communes, dont deux victoires. J’ai aussi fait mon premier coup de trois l’année dernière à Vichy, grâce à Fast Berry (Fast Company), Premier Lion (Zanzibari) et Andalouse Eria (Rio de la Plata).