Pour ou contre… - Taxer les chevaux entraînés hors de France

International / 18.01.2019

Pour ou contre… - Taxer les chevaux entraînés hors de France

Pour ou contre…

Taxer les chevaux entraînés hors de France

Oui : 65,18 %

Non : 34,82 %

Lorsque vous avez voté, la taxation des partants entraînés à l’étranger a donné lieu à un "oui" clair (65 % des voix), mais moins définitif que le retour du Quinté+ sur une grande chaîne (90 %) ou la prime à l’éleveur pour les vieux (75 %).

Cela illustre bien le fait que la question, en apparence assez simple, suscite en réalité plusieurs débats.

Le premier est philosophique et/ou politique. C’est la lutte éternelle entre libre-échangisme et protectionnisme. Lutte ô combien passionnée… mais pas dénuée de pragmatisme : on a vu des États qui n’hésitaient pas à changer d’attitude dans le temps. Les États-Unis ont montré l’exemple au XXe siècle ; l’Angleterre est en plein dedans.

Le débat perdure, car les deux camps ont de solides arguments. Dans les courses au galop, il y a matière à en débattre, avec un équilibre de fait entre un protectionnisme assumé (primes aux "FR") et un incontestable libre-échangisme (tout est international : les chevaux et l’argent).

Précisément, et sans faire le procès des 65 % de oui (nous verrons plus loin pourquoi il ne s’agit pas d’en faire le procès), il faut reconnaître que l’équilibre créé par la France entre les deux philosophies est habile, utile, et mérite d’être pérennisé. Tout fermer serait une énorme erreur (cela dit, le pourrions-nous ?) ; tout ouvrir le serait autant.

Nous disions qu’il y a plusieurs débats en un. Le second, donc, est économique. Nous l’avons effleuré plus haut. Choisir la voix du protectionnisme, c’est protéger les acteurs économiques locaux. Et même souvent, plus simplement, leur permettre de survivre. Aucun pays ni aucune filière ne peut, aujourd’hui, vivre sans une dose de protectionnisme. Celui-ci peut prendre des formes différentes, dont les deux grands actes sont les sanctions pour les étrangers et l’encouragement pour les locaux.

Mais le protectionnisme a aussi ses limites. Il est par exemple un frein, lorsqu’il est exacerbé, au commerce entre les pays. Or, dans les courses au galop, que ce soit en plat ou en obstacle, le commerce est un centre de profit très important. C’est même le deuxième pilier sur lequel repose notre système. Comme nous l’avions calculé dans un article, le galop vit à 65 % d’allocations et à 35 % du commerce (de la vente d’août aux réclamers, en passant par les amiables). Le sport lui-même est largement ouvert : le pur-sang est un animal international… et nos AQPS brillent dans les îles situées au nord-ouest de la France, où ils commencent même à faire souche. Et n’oublions pas le plus important : le profil international et mobile de tous les grands investisseurs. C’est vrai chez nous comme c’est vrai dans tous les secteurs économiques à forte valeur ajoutée. Quand on vise les hommes les plus riches du monde, on ne peut qu’avoir une attitude ouverte, faisant fi des frontières. Sinon, ils risquent de se détourner de vous.

Le troisième débat est juridique puisque, depuis que nous sommes en Europe, nous ne faisons plus ce que nous voulons. Impossible de bâtir le moindre semblant de muret à la frontière ! Nous vivons dans un espace où les hommes et les biens doivent pouvoir circuler librement.

Alors que faire nous direz-vous ? Première chose, ne pas utiliser Bruxelles comme prétexte à l’inaction. Deuxième chose, s’inspirer des Irlandais. Qu’ont compris nos amis et voisins ? Que Bruxelles supporte mieux les avantages donnés aux locaux que les sanctions applicables aux non-locaux ; que chaque pays ou chaque région a une vocation et que créer une distorsion pour favoriser cette vocation rend la distorsion plus tolérable ; et qu’il faut choisir les bons alliés et ne pas hésiter à en changer.

Ainsi, lorsque l’on parle de taxer les entraîneurs étrangers, on ne parle pas des Anglais et des Irlandais qui viennent gagner nos courses de Groupe, car leur barrer la route serait un suicide à l’European Pattern Committee. Pour rappel, les Pattern Races sont – par essence – un espace commun, ouvert, transnational. Non, le vrai sujet de la "taxation" des étrangers, ce sont plutôt les Allemands et les Espagnols qui viennent rafler la mise dans des catégories plus modestes et sur des hippodromes plus près de leurs frontières.

En 2018, trois cents entraîneurs ont gagné plus de 50.000 € sur le sol français. Outre l’échantillon global, nous avons créé deux sous-échantillons : celui des entraîneurs étrangers… et celui des étrangers "frontaliers" (Allemands, Espagnols… et le Tchèque Vaclav Luka). La comparaison entre l’ensemble et ses deux sous-ensembles, ainsi que la comparaison entre les deux sous-ensembles eux-mêmes est très éclairante.

Entraîneurs Chevaux Partants Courses/cheval Gains (€) Gains/partant Prime (€) "Taux" prime moyen

Top 300 300 8.842 40 500 4,58 112.979.000 2.790 34.419.000 30,46

Dont étrangers 63 926 2 576 2,78 19.210.000 7.457 1.780.000 9,27

Dont étr. frontaliers 25 655 2 196 3,35 5.025.000 2.288 1.233.000 24,54

Ce que l’on voit, c’est que les frontaliers courent plus souvent que les étrangers en général (ce qui est bon pour le PMU, toujours à la recherche de partants), disputent des courses plus modestes (gains/partant trois fois inférieurs), mais prennent presque trois fois plus de prime ce qui veut dire qu’ils travaillent avec du "FR" (ce qui n’est pas à négliger pour nos éleveurs).

Notons aussi que les chevaux étrangers se déplacent à leurs frais. Ils ne coûtent donc rien à la communauté. En ce sens, avec leurs 3.000 € annuels d’indemnité de transport, les Français ont déjà un avantage très important sur les autres. Et enfin, attention à ne pas lever trop haut les barrières. Méditons à ce sujet l’exemple allemand. Nos voisins germaniques font payer cher leurs engagements et imposent aussi une TVA sur les engagements, en plus d’une taxe sur les gains. Ils n’ont quasiment plus de partants étrangers !

Votez !

En cliquant ici, vous allez pouvoir voter sur la taxation des chevaux entraînés hors de France.

https://goo.gl/forms/xgeICrtfFShrGzu13

Voici les choix que nous vous proposons :

S’il fallait taxer, quand faudrait-il idéalement le faire ?

En début d’année, au niveau de l’entraîneur

À chaque engagement

Sur les gains de course

Finalement, il ne faut pas les taxer

Préféreriez-vous ?

Une flat taxe (X €/cheval/an)

Un pourcentage (X sur les gains)

Ne pas les taxer

Pensez-vous qu’il faut taxer ?

Uniquement les courses black types

Uniquement les autres catégories (courses à conditions, handicaps et réclamers)

Toutes les catégories

Aucune catégorie

Plutôt que de taxer, seriez-vous plutôt favorable à plus de courses réservées dans le programme ?

Oui

Non

Pensez-vous qu’il faudrait créer un programme protégé avec des courses réservées aux "jeunes" entraîneurs, installés en France depuis moins de dix ans ?

Oui

Non