Prime à l’éleveur pour les chevaux d’âge : quand deux mondes s’opposent

Courses / 28.01.2019

Prime à l’éleveur pour les chevaux d’âge : quand deux mondes s’opposent

Par Adeline Gombaud

Vous avez voté "pour" le retour de la prime à l’éleveur pour les chevaux d’âge : 74,53 % de "oui" contre 25,47 % de "non". Mais comment réintroduire cette prime ? C’était l’objet du second questionnaire que nous vous avons proposé. Voici vos réponses et vos commentaires – ainsi que les positions de la Fédération des éleveurs et celle de Génération Galop, exprimée par Georges Rimaud.

En 2018, la prime à l’éleveur pour les chevaux d’âge a été supprimée. Cette mesure, qui fait partie intégrante du plan d’économies engagé par France Galop fin 2017, n’a, globalement, pas été acceptée, si l’on en croit le score affiché lors de notre sondage pour le retour de cette prime. Et les éleveurs, conscient que l’enveloppe des encouragements n’est pas près d’augmenter, sont même majoritairement en faveur d’une diminution globale du taux pour la financer (oui à 54,3 %).

On s’en souvient, le plan d’économies de France Galop a fait beaucoup de remous, et il a été sérieusement remanié pour être finalement adopté à l’unanimité par le Conseil d’administration. Dans le remaniement, la décision de revenir sur la distinction des taux de prime à l’éleveur entre les produits conçus (15 %) et les produits non conçus (10 %) a été ajournée, mais la suppression de la prime pour les vieux chevaux a, elle, été adoptée.

L'argument des "pour" le retour à cette prime pourrait être résumé ainsi : ne pas priver les éleveurs qui produisent des chevaux qui durent (et qui fournissent des partants dans les handicaps et les réclamers) d’un revenu substantiel. Une corrélation est par ailleurs couramment faite entre "petits éleveurs" et les producteurs de ces "braves tontons" qui jouent les prolongations sur les pistes. De là à voir dans ce débat une bataille entre les petits et les grands…

Quand la Fédération des éleveurs monte au créneau, poussée par la base. La grogne est montée au fil des mois. En août dernier, Yves Frémiot, président du syndicat Ecsso, a adressé une lettre à Édouard de Rothschild pour demander le retour de cette prime. En novembre, lors de la nuit de l’Asselco, Pierric Rouxel, président de l’Association des éleveurs de l’Ouest, avait aussi mis l’accent sur les conséquences de la suppression de cette prime.

La Fédération des éleveurs, présidée par Loïc Malivet, a aussi communiqué plusieurs fois dans le sens du retour de cette prime. En décembre, elle expliquait : « La suppression des primes à l'éleveur pour les chevaux de 6ans et plus en plat, et 10ans et plus en obstacle fait toujours débat, presque un an après sa mise en application. Rappelons que cette mesure a été votée par le Conseil d'administration de France Galop dans le cadre des économies visant à réduire de 25 millions d'euros l'enveloppe destinée aux encouragements. La Fédération des éleveurs du galop précise que, lors des débats, sa volonté était d'obtenir une baisse linéaire des primes à l'éleveur afin que toutes les tranches d'âge et catégories de chevaux participent à l'effort collectif. La Fédération des éleveurs, à travers son Comité, a récemment déposé une motion demandant une réouverture de ce dossier, un retour des primes pour les chevaux d'âge et une baisse linéaire des primes à l'éleveur. Le Conseil d'administration de France Galop n'a pas donné de suite positive, la majorité de ses membres ne souhaitant pas apporter de changement dans la répartition de l'enveloppe dédiée aux primes à l'éleveur. La Fédération des éleveurs, son président et son Comité continuent d'œuvrer afin de préserver au mieux les intérêts de l'élevage français dans toute sa diversité. »

Plus récemment, le 16 janvier dernier, Loïc Malivet a envoyé une lettre au président Rothschild pour réaffirmer sa position : « Le Comité de la Fédération des éleveurs réuni hier a souhaité renouveler sa demande de réouverture du dossier des primes à l’éleveur, et que soit étudiée la réintroduction d’une prime pour les chevaux de 6ans et plus en plat et 10ans et plus en obstacle. Le rejet de la motion présentée à l’automne a provoqué chez les éleveurs une grande déception. Comme vous le savez, de nombreuses Assemblées générales se tiennent en régions en ce début d’année, et le sujet de la suppression de la prime à l’éleveur pour les chevaux d’âge y est systématiquement à l’ordre du jour, comme il est récurrent dans les conversations sur les hippodromes ou lors des salons d’étalons. Les articles de presse et le sondage effectué par Jour de Galop montrent qu’une large majorité des éleveurs souhaite un retour de cette prime (74,53 %). 2019, année électorale, est une année charnière cruciale pour l’avenir de notre filière. Il est essentiel d’être soudés et d'avoir gommé certaines divergences pour passer les différents caps et épreuves qui s’annoncent. Pour cela il est indispensable d’apaiser les tensions qui sont apparues sur tout le territoire, et de s’assurer du soutien du plus grand nombre. Je renouvelle donc, au nom du Comité de la Fédération des éleveurs, la demande de réouverture du dossier des primes à l’éleveur et un retour de la prime pour les chevaux d’âge. »

Une mesure d’une réforme plus large des encouragements. Les "contre" arguent que leur travail est déjà rémunéré pendant les quatre premières années de compétition du cheval (en plat), période où il accumule la majorité de ses gains (plus de 80 % selon les calculs de France Galop). Que la prime à l’éleveur doit être un encouragement à produire mieux, et non pas une source de revenus, lesquels devraient provenir de la vente de la production.

Georges Rimaud, membre du Conseil d’administration de France Galop, nous a livré son point de vue à ce sujet : « Il faut d’abord rappeler que la suppression de la prime à l’éleveur pour les chevaux de 6ans et plus en plat et 10ans et plus en obstacle fait partie d’un plan de réforme des encouragements en France. Dans le contexte actuel, avec la baisse des revenus du PMU, je pense qu’il est important de réfléchir à rémunérer les éleveurs autrement que par des primes qui deviendront hypothétiques à long terme. Je peux comprendre l’effet psychologique que cette mesure a eu sur un certain nombre d’éleveurs, mais je pense que cette grogne vient d’un manque d’explication. On a demandé à chaque membre du Conseil d’administration de France Galop de faire des propositions pour réformer le système des encouragements en France. À Génération Galop, il nous avait semblé important de rémunérer davantage les 2ans, 3ans et 4ans pour créer un environnement favorable au renouvellement des effectifs de chevaux à l’entraînement. Cet environnement favorable devait contribuer à ce que l’éleveur tire sa rémunération de la vente de sa production. Comme vous le savez, des compromis ont dû être faits pour l’adoption du plan d’économies présenté par France Galop fin 2017, et clairement, j’ai été déçu de la tournure qu’a prise la réforme. Je pense que l’on aurait dû aller plus loin. Quand j’entends que la suppression de cette prime pour les vieux chevaux est injuste, que dire de la prime à deux vitesses selon que le produit est issu d’un étalon faisant la monte en France ou pas ? La prime à l’éleveur ne doit pas devenir une prime à l’étalonnier, or c’est ce qu’elle a eu tendance à devenir à l’époque de la surprime à 21 %... »

Voici les commentaires des lecteurs de JDG

Plusieurs d’entre vous ont souhaité commenter leur vote. Nous vous proposons une synthèse de ces remarques.

Dans les commentaires que vous avez souhaité nous transmettre, on retrouve cette opposition affichée entre le président de la Fédération des éleveurs et celui de Génération Galop, et les arguments se recoupent. Pour un socioprofessionnel qui estime que le retour de la prime aux vieux chevaux n’est pas souhaitable : « La meilleure dynamique est celle du propriétaire qui achète ou loue aux éleveurs. Mécaniquement, si vous baissez les ressources (allocations et primes) du propriétaire, il existera moins de revenus à recycler et donc les éleveurs écouleront encore moins leur production... La France représente l’un des rares pays où les primes à l’éleveur sont aussi importantes (supérieures à 10 %), et nous sommes plus dans une situation de pénurie de propriétaires que d’éleveurs. Le chemin à prendre semble donc clair... »

D’autres lecteurs estiment qu’il faut encourager l’investissement dans les jeunes chevaux, en diminuant la prime propriétaire à partir de 6ans, et même la supprimer à partir de 8ans : « Il faut diminuer à hauteur de 30 % la prime propriétaire à partir de l'âge de 6ans et supprimer totalement cette prime à partir de l'âge de 8ans afin d'encourager les propriétaires à investir dans de jeunes chevaux (yearlings ou 2 ans préentraînés). Ceci, considérant que les éleveurs doivent vivre de leur "métier" alors que le propriétaire n'en fait qu'une activité "plaisir". Une projection financière reste à établir pour évaluer une nouvelle répartition des primes (voir ainsi maintenir des primes éleveurs pour les 6ans  et 7ans). Et peut-être ainsi augmenter les primes propriétaires pour 2ans et 3 ans ? »

Ce lecteur évoque la même piste, mais souligne que le système actuel a provoqué une "guerre" entre les petits et les grands éleveurs : « Pourquoi ne pas considérer une baisse de la prime propriétaire pour les 6ans ou plus, ce qui entraînerait une diminution automatique de la prime éleveur et une réduction du budget total, tout en conservant la cohérence du système (et en ne touchant pas ou peu à la prime des plus jeunes chevaux). D'autres options peuvent aussi être envisagées, l'important étant de ne pas discriminer comme le fait le système actuel qui représente ce qu'il y a de pire et monte les uns (les petits éleveurs) contre les autres, ce qui est détestable. »

La dimension psychologique de cette suppression. Chez ceux qui souhaitent le retour de cette prime, l’argument qui revient le plus souvent est la récompense d’un éleveur qui produit des chevaux qui durent, donc participent à la recette : « Pour accrocher de nouveaux parieurs, il faut qu'ils retrouvent régulièrement les mêmes chevaux dans les courses support à événement, donc que ces chevaux courent longtemps, donc inciter les éleveurs à produire des chevaux qui durent et non des étoiles filantes. Inciter à produire précoce ne sert que les étalonniers qui peuvent tester leurs étalons plus vite. »

Pour ce lecteur, on a oublié la dimension psychologique de cette mesure qu’il estime injuste : « Votre analyse comptable est bonne mais il faut ajouter que les chevaux de 6ans et plus appartiennent le plus souvent à de petits propriétaires et surtout ont été élevés par de petits éleveurs. Ils font le spectacle des petits handicaps et font bouillir la marmite... Il y de ce fait trois paramètres objectifs d'analyse, comptable en terme de charge, financier en termes de recettes, et psychologique en terme d'égalité. »