Télé first… Vaste programme !

Courses / 27.01.2019

Télé first… Vaste programme !

Par Anne-Louise Échevin

À la question "pour ou contre le retour du Quinté sur une grande chaîne nationale", vous avez été une immense majorité à voter "oui" : 91,37 %. La réponse est logique : nous sommes nombreux à espérer revoir les courses à l’honneur sur les plus grandes chaînes. Mais quelles chaînes ? Sous quelle forme ? Nous avons analysé les différentes réponses et commentaires et demandé l’analyse de Jean-Louis Burgat, homme de course et référence absolue dans le monde de la télévision. Son analyse est claire : ce n’est pas le Quinté qui nous sauvera, mais une révolution au sein des courses.

La réponse de Jean-Louis Burgat est simple : le Quinté, dans l’état actuel des choses, ne peut pas intéresser une chaîne nationale. D’événement du dimanche, il est devenu quotidien : ce que l’on appelle la course support d’événements n’en est de facto pas un : « Évidemment que le retour du Quinté sur une grande chaîne nationale serait positif. Tout le monde voudrait être une sur grande chaîne nationale, même n’importe quel concours de pétanque ! Mais ce n’est pas le problème. Le problème est de savoir si le Quinté est un événement qui peut être diffusé sur une chaine nationale. À l’époque, le Tiercé était l’événement du dimanche, présenté par les plus grands journalistes comme Léon Zitrone. Pour de multiples raisons, aujourd’hui, le Quinté a perdu sa valeur et, aux yeux des grandes chaînes nationales, il est tout doucement tombé au niveau d’un concours de pétanque ! »

La valeur Quinté ne vaut même pas six millions d’euros. Le Quinté n’a tellement plus d’intérêt pour les grandes chaînes nationales qu’elles refusent l’argent donné par les sociétés de courses pour le diffuser. Le budget actuel de l’Institution pour diffuser le Quinté, hors Equidia, est de 6 millions d’euros. Vous êtes 48,5 % à estimer qu’il faut conserver ce budget, 17,2 % à estimer qu’il faut l’augmenter et 34,3 % à estimer qu’il faut le réduire. Dans les commentaires, certains ont estimé que nous ne devrions pas payer pour être diffusé. Mais ce n’est pas aussi simple que cela : la vérité est que même six millions d’euros, peut-être même plus, ne donne pas de valeur au Quinté pour les grandes chaînes. Là où ces grandes chaînes sont prêtes à dépenser des sommes folles pour les droits TV du foot, par exemple.

Jean-Louis Burgat analyse simplement : « On paye pour être diffusé, donc on devrait nous ouvrir les bras. Donc cela montre que la valeur Quinté n’est plus là. Je pense que l’on gaspille la valeur course aujourd’hui en multipliant les réunions toute la journée avec des captations [la manière dont on filme les courses, ndlr] qui ne veulent rien dire. Par la même occasion, on a gaspillé la valeur Quinté et on a même gaspillé la valeur des grands événements. Il y a un vaste travail à reprendre sur plusieurs années et qui ne se concrétisera pas avec la diffusion sur une grande chaîne nationale avant longtemps. »

La valeur course… Pas Quinté. Le Quinté a été le jeu phare du PMU et a longtemps mis les courses sur le devant de la scène mais a eu un effet indésirable : le Quinté, qui est un pari, est devenu une course. Il y a un équilibre et une hiérarchie à respecter entre toutes choses. Prenez un film : vous pouvez faire appel à une star pour jouer le premier rôle, pour porter le film, mais cette star n’a pas le droit de prendre l’avantage sur le film en lui-même. Si tel est le cas, le film sera mauvais.

À la question : le Quinté n’a-t-il pas eu un effet pervers, l’idée du jeu prenant le pas sur le sportif auprès du grand public et transformant donc les chevaux en numéros, Jean-Louis Burgat nous dit : « Le Quinté tenait la main aux courses. Mais c’est le Quinté qui a pris le pouvoir, il a mis une corde autour du cou et il s’est pendu. Le Quinté pris seul ne veut rien dire. Ce sera la fleur au-dessus d’un parterre de fleurs, qui sont les courses. Si les courses ne se réveillent pas, le Quinté ne le fera pas non plus. Ce n’est pas un produit de la Française des Jeux, c’est un produit vivant. Il faudrait adapter le Quinté à une course grand public. On n’explique pas le Quinté – qui est souvent un handicap – comme une course de Groupe. Il y a des valeurs basiques qu’il faut retrouver. Il faut remettre en avant la valeur spectacle. Il faut remettre en avant la valeur cheval : nous sommes dans une période où les animaux sont chéris, respectés. Mais toutes ces valeurs ne sont pas utilisées par les sociétés de course pour mettre en avant leur produit. Ce qui est tout de même incroyable, c’est que nous sommes dans une période où les chaînes se battent même pour les petits événements sportifs : les championnats de football féminins sont devenus des événements diffusés sur les chaînes nationales. Le basket et le handball aussi. »

Pour être diffusé à la télé, il faut offrir à la télé ce qu’elle veut. Nous sommes passionnés. Nous aimons notre sport et nous ne comprenons pas pourquoi les gens et les chaînes de télé ne s’y intéressent pas. Parce qu’ils n’y trouvent pas leur compte, simplement. Avec notre regard de passionnés, nous manquons certainement d’objectivité. Or, Jean-Louis Burgat est affirmatif : il faut donner à la télé ce qu’elle désire. « Les autres sports ont fait leur révolution. Ils ont évolué. Lorsque j’ai commencé à la télévision, le football était une valeur quasi inexistante. Et nous sommes arrivés avec Canal + et la chaîne a transformé le foot… Et le foot s’est donné au public. Il faut que les courses acceptent de se donner au public et ce n’est pas le cas aujourd’hui. Elles se donnent à quelques happy few, quelques professionnels capables de faire courir leurs chevaux à 11 h du matin dans le brouillard à Deauville, devant trois personnes. Faites cela dix fois de suite : vous signez l’arrêt de mort des courses. Il y a autre chose de terrible : une fois sur deux, il n’y a personne sur les hippodromes au moment de la diffusion du Quinté. J’ai un patron de chaîne qui me disait, il y a quelques temps, qu’il ne peut pas diffuser un sport dans lequel il n’y a pas de public ! Dans ce cas-là, on réfléchit à des horaires différents. À faire ce qu’ont fait les grands sports : se fixer sur des timings peut-être là, à faire des nocturnes… On ne réfléchit quasiment pas à cela aujourd’hui, même si on a bien vu quelques nocturnes à Longchamp. Il faut aller chercher le public. Il faudrait faire la révolution et installer des courses à horaires fixes, toute l’année. »

Une chaîne, ses codes, sa philosophie. La concurrence s’est renforcée entre les sports, mais aussi entre les chaînes. Ouvrez la grille de programmes de votre box : il y a de quoi être perdu. Pour être visible, il faut donc choisir les chaînes les plus fortes : « Il reste des chaînes nationales à forte audience : le paysage télé propose aujourd’hui des marques. Si vous allez sur Arte, vous n’aurez pas les mêmes programmes que sur TF1. Le Quinté était fait pour les grandes chaînes populaires. Des grandes chaînes comme TF1, France 2 ou France 3 sont faites pour nous, à condition qu’on leur propose un produit adapté à leur programme. Et pas un truc qui se balade au niveau des horaires : des horaires, cela se fixe ! Il y a une sorte de priorité que nous donnons au produit course actuellement mais, malheureusement pour nous, lorsque l’on veut aller sur une grande chaîne, il faut donner la priorité à la chaîne et adapter son produit à la chaîne ! Nous n’avons jamais fait cet effort. »

Une chaîne, des chaînes… Vous êtes 65,6 % à estimer qu’il faudrait diffuser le Quinté à la fois sur une chaîne traditionnelle et sur une chaîne jeune sur le web et 32,1 % à estimer qu’il faut se contenter d’une grande chaîne traditionnelle. Nous avons un peu extrapolé l’idée d’une jeune chaîne web en l’étendant aussi aux réseaux sociaux, et nous avons posé la question à Jean-Louis Burgat. Le paysage audiovisuel n’est plus de qu’il était : internet est aussi un concurrent. « Il y a une telle diversité médiatique dans ce qui peut être diffusé qu’il ne faut fermer les yeux sur personne. Mais vous ne ferez pas le même Quinté sur Facebook, sur TF1 ou Canal +. »

Mais peu importe le support. Il nous faut raconter quelque chose qui parle aux jeunes et au plus grand nombre : « Il faut composer un produit qui s’adresse plus aux jeunes. À chaque fois que j’ai emmené des jeunes sur un hippodrome et que je leur ai permis de s’approcher des chevaux et de voir le spectacle depuis l’intérieur, c’est un magnifique spectacle. Mais les courses ne savent plus le donner. Regardez Longchamp : nous avons changé le fauteuil mais pas la salle de spectacle. Nous avons laissé une pièce qui ne marche pas. J’imaginais que nous allions bouger le rond de présentation ou, que de l’ensemble des tribunes, nous allions pouvoir voir les écuries. Les courses sont une dramatique, il faut la jouer ainsi : ceux qui gagnent, ceux qui perdent, les larmes de bonheur ou de tristesse. C’est aussi une valeur nature : cette valeur est importante aujourd’hui dans notre société. Les hippodromes sont de rares endroits de nature à l’intérieur des villes. Regardez Paris ! Quel bonheur d’être à Auteuil et à Longchamp ! Vous êtes en pleine ville et vous respirez la verdure. Cela doit être exploité et vendu. »

Et nous avons un homme de média à la tête du PMU… Vous avez été 82,1 % à considérer que Cyril Linette, directeur général du PMU, était l’homme de la situation pour gérer les négociations du retour du Quinté sur une grande chaîne nationale. Et c’est intéressant : parce que Cyril Linette est un homme de média…. Mais aussi parce qu’il ne considère pas le Quinté comme un outil de conquête du grand public ! Et que son plan est finalement télévisuel : réduire le nombre de courses pour redonner de la valeur aux courses. Ce n’est pas sans risque… Mais c’est peut-être une chance de – enfin – révolutionner le produit course.

Voici les commentaires des lecteurs de JDG

Plusieurs d’entre vous ont souhaité commenter leur vote. Nous vous proposons une synthèse de ces remarques.

Se faire payer pour être diffusé… « Il ne faut plus payer pour être diffusé » et « Nous ne devrions pas payer pour être diffusé, mais au contraire la chaîne devrait nous acheter les droits de diffusion. » C’est évidemment séduisant mais c’est une belle utopie à ce stade. Tant que les courses ne seront pas redevenues un grand sport populaire, nous serons condamnés à payer pour espérer avoir une diffusion sur une grande chaîne nationale. D’autres lecteurs ont estimé qu’Equidia devrait passer sur la TNT. Là encore, c’est impossible. Des tentatives ont été réalisées dans le passé et vite refusées parce que le rôle d’Equidia est de vendre du pari. Equidia est, basiquement, une chaîne de télé achat et ne peut pas passer sur la TNT. Sachant que Cyril Linette a annoncé vouloir renforcer ce rôle-ci, nous pouvons affirmer qu’Equidia ne passera jamais sur la TNT, sauf changement de législation.

Repenser un modèle. « Nous devons penser à aller chercher une nouvelle clientèle. Les aficionados des courses regardent déjà Equidia, chaîne sur laquelle il va aussi falloir repenser l’antenne... Les 18-50 ans ont maintenant un rapport très différent avec la télévision, il faut donc là aussi renouveler l’offre d’émissions : plus fun, plus ludique, plus appeler au rêve ! Les courses sont un amusement pas un enterrement de première classe comme c’est trop souvent le cas à l’antenne ! » La remarque est vraie : Equidia n’a pas le rôle d’une chaîne de télévision traditionnelle, c’est-à-dire s’adressant à une audience la plus large possible. Pour revenir sur une grande chaîne nationale, il faudra trouver un angle parlant au plus grand nombre. Pas évident.

Imposer les courses à une chaîne publique ? Un de nos lecteurs nous a fait la remarque : « Une chaîne publique [pour diffuser le Quinté, ndlr] puisqu'un des principaux bénéficiaires du développement des jeux sur les courses reste l’État, il devrait pouvoir apporter au moins cette contribution (en nature) à la relance des courses et de leur image... Je ne me fais cependant pas trop d'illusion sur la capacité et la volonté de l’État d'imposer cela à l'une de ses chaînes publiques. »

L’argument peut se tenir. Mais il y a plusieurs problématiques, outre le fait que l’État a d’autres chats à fouetter actuellement. Jusqu’où les sociétés-mères peuvent faire appel à l’État, sachant qu’il y a déjà des négociations tendues sur la T.V.A., sur les économies que les sociétés-mères doivent réaliser, etc. ? Utiliser l’argument de l’argent peut aussi amener un contre-argument redoutable : pourquoi l’État devrait dépenser tant d’énergie pour les courses quand la Française des Jeux rapporte bien plus ? Enfin, imposer la diffusion du Quinté ou des courses sur une chaîne publique n’est probablement pas le meilleur moyen d’obtenir sa pleine collaboration et d’engager, ensemble, une réflexion constructive pour redorer le produit course.