« Nous nous sommes égarés sur des chaînes invisibles qui ne nous ont rien rapporté mais ont beaucoup coûté »

Courses / 17.01.2019

« Nous nous sommes égarés sur des chaînes invisibles qui ne nous ont rien rapporté mais ont beaucoup coûté »

Par François Forcioli-Conti, président de la Société des courses de la Côte d’Azur

« Jour de Galop à pris l’initiative louable, et très dans l’air du temps, de sonder son lectorat sur les grandes questions qui interpellent le monde des courses et auxquelles la mise en place de la gouvernance nouvelle du PMU confère une actualité toute particulière. La première des questions posées concerne le retour du Quinté sur une grande chaîne nationale. La réponse est écrasante. Une quasi-unanimité du lectorat de JDG y est favorable.

On mesure combien il est regrettable que les courses aient unilatéralement décidé de quitter TFI il y a près de 30 ans, pour aller se fourvoyer sur la "5" naissante et bien vite expirante ! Depuis, nous nous sommes égarés sur des chaînes invisibles qui ne nous ont rien rapporté mais ont beaucoup coûté. C'est sans doute la plus grave erreur que les sociétés-mères et le PMU aient jamais commise.

On peut cependant s'interroger sur la radicalité de la question posée par JDG, car le Quinté quotidien de 2019 n’est plus le Tiercé hebdomadaire de Léon Zitrone ou de Pierrette Brès. La quotidienneté de "l’événement" exclut que les grandes chaînes de télévision, c’est-à-dire TFI ou France 2, acceptent, même avec un financement exorbitant de l’Institution – qui n’en a plus les moyens – de diffuser tous les jours notre course principale.

Serait-ce d’ailleurs utile, alors que nous avons créé à grand frais la chaîne Equidia, dont la fonction essentielle est de porter l’image des courses à nos parieurs et qu’il semble assez raisonnable de penser que le parieur "de semaine" dispose de l’accès à un écran diffusant la chaîne du cheval. Si l’on a un doute sur ce dernier point, serait-il envisageable techniquement qu’Equidia diffuse "en clair" la course du Quinté ?

À supposer même que les chaînes nationales l’acceptent, la diffusion quotidienne du Quinté ne pourrait être que limitée au seul temps de l’épreuve, la médiamétrie nous étant peu favorable.

Alors que le sport hippique a disparu des écrans, l’image des courses, considérablement dégradée durant ces trente années, ne pourrait pas être améliorée par des apparitions aussi limitées. Pire, la quotidienneté d’un spectacle dont le grand public a perdu le goût pourrait en aggraver la perception négative.

Si l’Institution, ce qui est ardemment souhaitable, parvenait à revenir sur une grande chaîne de télévision, ce retour devrait se concevoir non comme un produit à destination des parieurs d’habitude, non comme un Equidia bis, mais comme un moyen de reconquête d’un public qui nous a oubliés… parce que l’Institution l’a oublié.

Il est réaliste de penser que ce public nouveau ne serait, dans un premier temps au moins, qu’un parieur occasionnel et sans doute qu’un parieur du week-end.

C'est donc sur le week-end que le temps d’antenne retrouvé devrait s’attacher exclusivement !

Mais nous ne reconquerrons ce public qu’en lui faisant (re)découvrir le plaisir du spectacle des courses qui trouve sa source dans la splendeur du cheval, la beauté du sport et celle de la plupart de nos hippodromes, l’excitation de la compétition sportive et l’émotion du pari.

Le jeu d'argent est profondément irrationnel. Statistiquement, on est sûr de perdre. Le prix de la perte, c’est le plaisir !

Or le plaisir des courses s’est étiolé. La faute en revient à l’Institution toute entière qui, convaincue que sa réussite passée était le gage d’un avenir radieux, est demeurée insensible à l’évolution des mœurs, sans comprendre que la désertification des hippodromes à laquelle sa politique a contribué se traduirait à terme par les difficultés d aujourd’hui.

La France n’est plus la "démocratie paysanne" décrite par Alfred Sauvy dans les années d'après-guerre. Le contact de tous les jours avec le cheval s’est perdu. La tendance moderne est plus à le percevoir comme un animal de compagnie que de travail.

C'est dès lors toute une "culture" qui doit être rebâtie. Le story telling que permettrait le temps d'antenne retrouvé ne servirait à rien s’il n’était pas consacré à cette reconstruction. Le concours d’un animateur et journaliste de grand talent sera nécessaire. La création d’un jeu du week-end rompant avec la monotonie des jeux de la semaine qui n’ont plus rien "d’événementiel" pourrait l’être également.

Si nous avons la chance de retrouver cette visibilité médiatique, il ne faudra pas faire "petit bras" ni changer de politique tous les six mois si les résultats ne sont pas instantanés. Il n’y aura de réussite que dans la fermeté de nos convictions et la permanence de nos actions.

Pour conclure : n’oublions pas que la Maison Course n’est pas (qu’) une maison de jeu. »