Un pharaon américain… mais sans frontière

International / 21.01.2019

Un pharaon américain… mais sans frontière

Par Franco Raimondi

American Pharoah (Pioneerof the Nile) a déjà signé un record, même avant les débuts de ses premiers 2ans, attendus cette année. Ses 162 poulains et pouliches de la génération 2017, conçus à 200.000 $, ont engendré un chiffre d’affaires de 32,4 millions de dollars (28,5 millions d’euros). Les 119 produits de Frankel en 2014 avaient affiché 14,87 millions de livres (17,92 millions d’euros à l’époque). La comparaison avec les autres lauréats de la Triple couronne n’est pas possible parce qu’en 1980, quand le prédécesseur d’American Pharoah, Affirmed (Exclusive Native), avait fait ses débuts, les étalons avaient droit à une quarantaine de poulinières. Affirmed fut syndiqué en 36 parts, dont 18 vendues à 400.000 $ (1,16 million d’euros d’aujourd’hui) et les autres gardées par son éleveur et propriétaire, Louis Wolfson. Lorsque les éleveurs ont payé les saillies de la première saison d'American Pharoah, la valeur commerciale d’Affirmed correspondait à 41,46 millions de dollars (39,34 millions d’euros) de 2017.

Quand Affirmed effectuait ses débuts. L’évolution du marché du pur-sang n’est pas un secret pour nos lecteurs. En 1982, quand les premiers yearlings par Affirmed sont passés sur les rings, onze sur quinze ont trouvé preneurs pour un chiffre d’affaires de 4,07 millions de dollars (10,59 millions de dollars ou 10,04 millions d’euros en 2018). Le top price (1,5 million de dollars, presque quatre millions d’aujourd’hui) fut payé par Robert Sangster pour un demi-frère d’un autre lauréat de la Triple couronne, Seattle Slew (Bold Reasoning). Sous l’entraînement de Vincent O’Brien et le nom d’Argousy, il a couru trois fois, en remportant une course black type avec à la clé un rating Timeform de 110, et il a ensuite été vendu comme étalon en Afrique du Sud. Affirmed a eu trois partants en Europe issus de sa première génération, dont le meilleur fut Claude Monet, un Wildenstein fils de la championne Madelia (Caro), qui était entraîné par Sir Henry Cecil. Il a gagné les Dante Stakes (Gr2) avant de terminer non placé dans le Derby.

Un accueil très chaud. Les premiers yearlings d’American Pharoah ont fait couler beaucoup d’encre l’année dernière. Soixante-sept ont été vendus pour 28,27 millions de dollars (24,8 millions d’euros) et un prix moyen de 421.940 $. Les amoureux du bon vieux temps passé seront heureux en découvrant que le prix moyen en dollars actualisés des premiers Affirmed serait de 962.727 $… Au chiffre d’affaires des produits d’American Pharoah, il faut ajouter les 4,45 millions de dollars générés par ses dix foals. Les passages sur les rings (quelques sujets ont fait plus d’un tour aux ventes) ont donc généré 32,72 millions de dollars, 320.000 $ de plus que les prix de saillie. Comme à l’époque d’Affirmed, le top price pourrait prendre le chemin de l’Europe.

Le top price à Godolphin. Le cheikh Mohammed Al Maktoum, qui n’avait pas envoyé de poulinières à American Pharoah en 2016 suite à la guerre froide avec Coolmore, était bien présent en blouson jaune à Keeneland, en septembre, et il a posé l’enchère gagnante à 2,2 millions de dollars (1,93 M€) pour un mâle issu de la placée de Groupe Kindle (Indian Charlie). Il a ensuite ajouté un poulain par la lauréate de Gr1 Joyful Victory (Tapit) pour 200.000 $. Les 2ans de Godolphin déjà à l’entraînement ne sont pas enregistrés dans le site de l’écurie et n’ont pas encore de noms. Il faudra donc attendre pour savoir s’ils feront carrière en Europe ou aux États-Unis.

Seront-ils bons sur le gazon ? American Pharoah n’est pas un candidat à la couronne de first crop sire en Europe par gagnants, mais il a toutes les chances de trouver sa place dans le classement par gains. Il ne fut pas un cheval de vitesse, mais après avoir raté ses débuts en août de ses 2ans, il a ouvert son palmarès directement dans le Del Mar Futurity (Gr1) en septembre, sur 1.400m, et il a remporté trois semaines après les Front Runner Stakes (Gr1). Il n’a jamais couru sur le gazon mais d’après son entraîneur, Bob Baffert, il n’aurait pas eu de difficulté à fournir les mêmes valeurs sur le turf. Quelques années plus tôt, interrogé sur le même sujet à propos de Medaglia d’Oro (El Prado), le grand Bobby Frankel m’avait dit : « Il est peut-être meilleur sur le gazon, mais les grosses courses et l’argent ici sont sur le dirt… » Medaglia d’Oro est devenu un grand étalon et il a produit 21 gagnants de Gr1 sur les deux surfaces.

Le lot de Coolmore. Cette année, plus d’une douzaine de produits d'American Pharoah sont à l’entraînement en Europe. Coolmore a assuré un soutien important à l’étalon et sept sujets figurent dans la liste des 2ans à l’entraînement chez Aidan O’Brien. Cinq d’entre eux ont été achetés aux ventes. La plus chère est une demi-sœur du lauréat de Gr1 Cupid (Tapit), achetée 1,2 million de dollars à Keeneland, en septembre, alors que le demi-frère de Caravaggio (Scat Daddy) a coûté un million chez Keeneland January. Un demi-frère de la bombe Acapulco (Scat Daddy) est arrivé pour 300.000 $ et un mâle par la placée de la Poule d’Essai des Pouliches Up (Galileo) pour 750.000 $. Coolmore a aussi déniché une American Pharoah, la demi-sœur de Shareta (Sinndar), chez Arqana et l’a achetée pour 750.000 €. Deux sujets proviennent de la galaxie Coolmore : un demi-frère de la lauréate de Gr1 Chachamaidee (Footstepsinthesand) et une demi-sœur de l’étalon Requinto (Dansili). D’autres 2ans Coolmore par American Pharoah seront entraîné aux États-Unis, alors que le fils d’Aidan, le jeune Joseph, a reçu Pista, une fille de Mohini (Galileo), qui appartient à la souche de la regrettée Senga (Blame).

De Deauville aux États-Unis. L’autre American Pharoah deauvillaise, la fille de Marbre Rose (Smart Strike) élevée par l’écurie des Monceaux et le haras de Saint-Pair, est aux États-Unis. Elle a été baptisée Lashara et le courtier Deuce Greathouse l’avait payée 850.000 € pour deux des propriétaires de la championne Tepin (Bernstein). Elle figure parmi les 34 poulains et pouliches par American Pharoah qui étaient déjà nommés à la fin de l’année passée. Le demi-frère du lauréat de la Breeders’ Cup Classic Mucho Macho Man (Macho Uno), bradé pour 80.000 $ à Keeneland Septembre, a quant à lui pris le nom d’American Citizen.

DeuxAga Khan et une Niarchos. Les 2ans par American Pharoah répertoriés par le site de France Galop sont au nombre huit et deux sont déjà déclarés à l’entraînement. Il s’agit de Land of Maybe, une Niarchos qui est chez Pascal Bary, et d’une pouliche de Son Altesse l’Aga Khan, issue de la placée black type Dalayna (Anabaa), entraînée par Alain de Royer Dupré. Land of Maybe est le quatrième produit de la multiple gagnante de Groupe Pachattack (Pulpit), qui a été achetée 1,2 million de dollars par Flaxman Holdings et a déjà produit la lauréate de Gr3 Liquid Amber (Kitten’s Joy). La fille d’American Pharoah confiée à Alain de Royer Dupré remonte à la souche de Dalakhani (Darshaan) et Daylami (Miswaki). Le haras de Son Altesse peut compter sur un autre American Pharoah, un mâle qui est le troisième produit de la lauréate du Prix de l’Opéra Ridasiyna (Motivator) qui doit joindre l’écurie de l’entraîneur de maman, Mikel Delzangles.

Juddmonte, Qatar Bloodstock et Al Shaqab… Une autre grande opération d’élevage, celle du prince Khalid Abdullah, a fait confiance à American Pharoah. Il compte deux produits pour la célèbre casaque, baptisés Best Company, demi-frère de la multiple gagnante de Gr1 Emollient (Empire Maker), et Imperial Moment, issu de South Bank (Tapit), placée black type sous la férule de Criquette Head-Maarek. Les deux pourraient rester à l’entraînement aux États-Unis avec pour objectif le Kentucky Derby. En France se trouve actuellement au pré-entraînement un mâle élevé par Al Shaqab, qui est le premier produit de la placée du Breeders’ Cup Juvenile Turf Osaila (Danehill Dancer). Qatar Bloodstock détient aussi son American Pharoah, un mâle nommé Good Fortune qui a été acheté 800.000 $ à Keeneland. Il est engagé dans le Derby 2020, tout comme le fils d'Up entraîné à Ballydoyle, mais sans le nom de l’entraîneur.

Et le Japon aussi… American Pharoah sera-t-il capable de sortir un gagnant classique dès sa première génération ? Si tout se passe mal aux États-Unis et en Europe, il lui reste la possibilité du Japon, où un certain Frankel avait connu cette joie avec Soul Stirring, la fille de Stacelita. Cinq produits d’American Pharoah figurent à l’entraînement, quatre sont mâles, dont un produit de la lauréate des Santa Anita Oaks Crisp (El Corredor). Danox Company a mis 180 millions de yens (1,4 M€) pour l’acheter. Même s’il a sailli plus de cinquante poulinières lauréates de Gr1 ou mères de gagnants de Gr1, un American Pharoah de haut niveau reste un luxe.