Un prélèvement de 0,1 % des gains au profit de la reconversion des chevaux -  Oui, non, comment, pourquoi

Courses / 29.01.2019

Un prélèvement de 0,1 % des gains au profit de la reconversion des chevaux - Oui, non, comment, pourquoi

Par Charlotte Rimaud

Vous avez voté "pour" un prélèvement de 0,1 % des gains au profit de la reconversion des chevaux de course : 76,83 % de "oui" contre 23,17 % de "non". Mais comment mettre en place ce prélèvement ? C’était l’objet du second questionnaire que nous vous avons proposé. Voici vos réponses et vos commentaires, ainsi que l’avis de notre experte, Aliette Forien.

Nous avons pris contact avec Aliette Forien, présidente de l’association Au-delà des pistes, pour lui demander son avis sur un éventuel prélèvement sur les gains en faveur de la reconversion des chevaux après leur carrière en course. Soixante-dix-huit pour cent de nos lecteurs ont voté pour que tous les membres de France Galop confondus financent ce fonds destiné à la reconversion, en taxant tous les gains sans exception. À ce propos, Aliette Forien nous a dit : « Ce serait vraiment l’idéal. Maintenant est-ce réalisable ? Nous en sommes moins sûrs. Mais les propriétaires, via France Galop, vont donner 0,1 % de leurs gains. L’idée est que cela vienne directement de France Galop qui donnerait un montant équivalent à 0,1 % des gains des propriétaires. C’est ce qui nous a semblé le plus simple à mettre en place, cela offre plus de liberté également. » Les éleveurs aussi se mobilisent : « La Fédération des éleveurs nous avait déjà donné une enveloppe d’environ 10.000 € qui correspond à 0,1 % des primes que touchent tous ses membres, puisés sur les fonds de la fédération. » Les entraîneurs n’ont pas encore franchi le pas, mais comme l’explique Aliette Forien : « Nous sommes beaucoup soutenus par le président de l’Association des entraîneurs, Nicolas Clément. Il est aussi partie prenante de l’association. Mais aujourd’hui, rien n’est encore mis en place financièrement parlant. » Quant aux agences de ventes, « elles nous soutiennent par la vente de saillies. Il ne faut pas oublier que toutes les actions, quelle qu’en soit leur nature, représentent un soutien à l’association ».

Dans notre questionnaire, nous vous demandions par qui ces fonds devaient-ils être gérés. Pour Aliette Forien, la réponse est sans détour : « Il faut que ce soit à la fois Au-delà des pistes et France Galop. L’un ne va pas sans l’autre. France Galop étant impliqué, il est normal qu’il ait un droit de regard sur l’utilisation de ces fonds, qu’il puisse donner son avis à ce sujet. »

Des actions concrètes mais aussi de la communication. À quoi vont servir les fonds récoltés ? Cinquante-huit pour cent d’entre vous pensent qu’il faut avant tout financer des actions concrètes de reconversion des chevaux, 36,5 % estiment qu’il faut s’intéresser autant aux actions de reconversion qu’aux actions de communication envers le grand public. « Il est certes essentiel de financer des actions concrètes pour nos chevaux, mais aussi important de gérer la communication autour de ces actions. Nous devons développer nos journées de découverte, les concours destinés aux pur-sang réformés, et généralement, toutes les manifestations autour des ex-chevaux de course. On peut imaginer que les structures d’accueil soient aidées financièrement lorsqu’un cheval est momentanément indisponible pour blessure, par exemple. Cela leur servirait à payer des frais vétérinaires en attendant d’être replacés. » France Galop a besoin de faire plus d’accompagnement concernant la réforme de ses chevaux de course. Selon Aliette Forien, « il est important que France Galop fasse plus de pédagogie, d’accompagnement pour développer au mieux nos actions. Ce serait une manière de nous aider encore plus et de toucher un maximum de personnes. »

Chacun sa spécialité. Les votants s'étant sont prononcés en faveur d’une union galop-trot en matière de reconversion représentent 92,7 %. Mais cela semble compliqué. Aliette Forien nous explique pourquoi : « Nous devons tous aller dans le même sens pour que la boucherie comme destination finale ne soit plus qu’une exception. Nous devons être en phase avec les trotteurs, mais nous ne pouvons pas gérer ce côté-là. Ce serait trop énorme. Au-delà des pistes a été créée pour les galopeurs, à l’initiative des Aga Khan Studs et de Godolphin. Nous pouvons bien sûr avoir un lien avec les trotteurs sur ce sujet, nous sommes prêts à discuter, donner des conseils, les aider, mais nous sommes trop différents, quant à notre manière de fonctionner, pour tout assumer. Mais pourquoi ne pas imaginer l’équivalent d’ADDP au trot ? »

Voici les commentaires des lecteurs de JDG

Plusieurs d’entre vous ont souhaité commenter leur vote. Nous vous proposons une synthèse de ces remarques.

Une image à redorer. Parmi les commentaires de certains lecteurs, la communication des professionnels est primordiale pour redorer l’image des courses et la vie des chevaux après leur carrière en course. Un lecteur nous a fait part d’une mauvaise expérience : « Il faut former les socioprofessionnels à mieux communiquer publiquement. Nous avions convié des amis, prospects pour devenir propriétaires, aux courses. Nous leur avons transmis notre passion à travers l’élevage et notre métier d’ostéopathe équin. La soirée à Pornichet s’est déroulée à merveille, puis patatras, quand un entraîneur, que nous estimons par ailleurs, a raconté devant nous qu’il a fait, je cite « couper la tête à trois chiens cette semaine » pour rentrer des plus jeunes, accueillir de nouveaux chevaux et de nouveaux propriétaires. Inutile de dire qu’il a été très difficile de rattraper la chose vis-à-vis de nos amis, qui sont "refroidis". Malheureusement, ce genre de situation pourrit l’image des courses. Il faut que tous ensemble, nous améliorons les choses, et de toute urgence. »

Une communication accrue. La pédagogie, auprès du public ou des pratiquants d’autres disciplines équestres, revient souvent. Car même si l’on ne partage pas le même sport, le cheval reste notre point commun. Nous nous devons de leur donner une autre vie après les courses. Les pratiquants d’équitation "classique " devraient voir un réel potentiel et un vivier de futurs champions au sein de notre discipline. Un lecteur a écrit : « Il faut aussi faire beaucoup de pédagogie auprès des propriétaires, mais aussi des entraîneurs. Également faire la promotion du pur-sang en tant que cheval d'équitation et de sport, et cela auprès de la Fédération française d’équitation et de ses membres. Il faut aussi encourager la mise en épreuves de nos bons galopeurs réformés. Nous avons eu de nombreux champions olympiques pur-sang dans toutes les disciplines : Touch of Class, Snowbound en CSO, Bally Cor en CCE, Taine en dressage. »

Un autre souligne : « Les pur-sang sont de vrais athlètes. Encore faut-il savoir les respecter et bien les monter. Des stages peuvent être organisés avec de grands cavaliers spécialistes (par exemple Michel Robert en CCE et CSO ...) comme c'est le cas aux États-Unis, avec Bernie Traurig (CSO). » Un vrai lien entre France Galop et la Fédération française d’équitation pourrait-il éventuellement voir le jour ?

De nouvelles idées. « L’association Au-delà des pistes a besoin de nouvelles idées et de se rapprocher de propriétaires de chevaux reconvertis. Elle pourrait avoir une boite mail vers laquelle il serait possible d’envoyer des photos et vidéos illustrant de quoi sont capables les chevaux dans leur seconde vie (la sélection et le tri seraient attribués à l'association). Je reste persuadée que certains anciens propriétaires, jockeys ou entraîneurs aimeraient savoir ce que sont devenus leurs anciens protégés. Au haras de Précolette, nous recevons régulièrement sur notre page Facebook des nouvelles de nos poulains. »

Une limitation peut avoir un effet néfaste. Quant à un âge limite, cela bloquerait peut-être les débouchés. Si trop de chevaux sont à réformer en même temps, certains passeront peut-être à la trappe. Un lecteur a dit : « Les chevaux d'âge brillent souvent en cross. Si on fixe un âge, il y aura toute une génération à réformer en même temps. Ce n’est pas sûr qu'il y ait de la place pour tous. »

Préparer la reconversion dès le plus jeune âge. Pour certains d’entre vous, il est essentiel de préparer, dès leur plus jeune âge, les chevaux à leur éventuelle reconversion. Un lecteur a expliqué : « Le placement des chevaux doit être réalisé par l’association et leur préparation doit être effectuée chez leurs éleveurs afin de développer les contacts de ces derniers. » Un autre a ajouté : « La reconversion des chevaux se prépare dès leur naissance. Le débourrage et le préentraînement sont des étapes qui permettent d'orienter le cheval vers les courses ou le loisir. Il y a encore un gros effort de pédagogie à mettre en place pour faire accepter aux éleveurs et propriétaires qu'un cheval n'est pas destiné aux courses car ils perdent de l'argent et le rêve d’avoir un gagnant s’éloigne. Ce cheval est alors discrédité et son avenir n'est pas préparé par son éleveur et son propriétaire. »