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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Une étonnante maladie - Par Christopher Pellegrino, ancien journaliste

Courses / 11.01.2019

Une étonnante maladie - Par Christopher Pellegrino, ancien journaliste

Une étonnante maladie

« Une étonnante maladie semble ronger la France, et en premier lieu son état et ses institutions. Dans cette période de revendications sociales liées à des crises systémiques, les réponses sont homéopathiques, et ce pour deux raisons : l’incapacité à prendre des décisions, et le fait de ne plus être vraiment souverain sur certains sujets régaliens.

Cela fait maintenant plusieurs années que les institutions des courses n’ont que le mot "crise" à la bouche, sans que rien ne soit fait, car les personnes à leur tête sont partie prenante d’une technostructure sans culture politique et économique, tirant jusqu’au bout sur la corde pour perpétuer leur position jusqu’à la fin de l’entité. Un certain parasitisme de classe comme diraient les marxisants…

Mais qu’est-ce que les courses hippiques ? Un sport, certes, un jeu, aussi, mais surtout, un écosystème qui fait vivre des dizaines de milliers de personnes par leur travail quotidien. Éleveurs, entraîneurs, apprentis, jockeys/drivers, tous intrinsèquement liés. Ces gens-là font vivre la filière et vivent de celles-ci. Ils ne demandent pas à être financés, ils demandent à survivre. Une écurie qui met la clé sous la porte, ce ne sont pas simplement des partants en moins, ce sont des chômeurs en plus. Des drames personnels qui sont d’autant plus problématiques que la plupart de ces salariés n’ont jamais exercé que cette profession...

Parler indéfiniment de "l’Institution" c’est comme parler de "l’État" : on reste dans l’abstraction, car tous deux n’existent que parce que des travailleurs les font exister et non l’inverse. Les Comités Théodule peuvent proposer toutes les solutions homéopathiques pour pérenniser un système à bout de souffle, ne pas prendre en compte les réalités du quotidien ne peut qu’entraîner la mort des courses.

Être pragmatique. Sur tous les sujets politiques, la France est le seul pays à ne pas être pragmatique, et à se faire peur, divisant le monde entre libéralisme et socialisme, alors que tous les modèles qui marchent ont bien compris qu’il faut une dose de protectionnisme et une dose d’ouverture à la concurrence pour que tout le monde puisse vivre, plus ou moins bien selon ses capacités, dans un système mondialisé.

Économies ? Bien ! Faisons-le sur les allocations des plus grandes courses qui concernent une minorité d’écuries qui se partagent l’élite de la production équine quelle que soit la discipline, et qui peuvent supporter une baisse de revenus, car le marché de l’élevage, ô combien élitiste, reste finalement le régulateur pour ces entités.

Concurrence déloyale des étrangers ? Comme l’Union européenne qui a voulu créer un espace politique sans harmonisation économique, il ne doit pas être tabou de dire que le Français ne joue pas à armes égales du point de vue de la fiscalité, et dire qu’on peut penser à une hausse du prix des engagements pour les chevaux étrangers, par exemple, peut être pensé.

Repenser le pari. La filière est financée par le jeu, et il est désormais plus qu’urgent qu’une nouvelle génération, qui sait ce qu’est le pari hippique et sportif, soit aux manettes afin de faire rentrer notre sport dans le XXIe siècle. Quant à l’État, pour qui les courses hippiques sont une rentrée d’argent, il est urgent qu’il permette aux employeurs et salariés de baisser ses charges afin de donner une respiration à la filière pour ne pas se retrouver demain à assurer le paiement d’allocations chômage.

Les solutions sont innombrables, les ajustements possibles, la mort de l’activité n’est pas inéluctable. Encore faut-il des gens courageux, hors d’une technostructure immuable, capables de réfléchir sur le long terme. Du sang et des larmes, oui. De la moraline pour allonger la vie du condamné, non… »

Par Christopher Pellegrino, ancien journaliste